Adam et Ève ont-ils existé ? Réponse aux arguments évangéliques
La question est peut-être mal posée, mais c’est la question que les croyants peuvent se poser! Certains en toute sincérité et modestie; d’autres y répondront par un “non” catégorique, sans toutefois savoir quoi faire du récit de la Genèse. Il faut dès l’abord préciser ce dont il ne sera pas question dans cet article: ni de paléontologie ni d’archéologie, ni de biologie, mais du récit biblique seul. Le récit biblique invite-t-il, compte tenu de sa nature et de sa forme, à poser l’existence historique d’Adam et Ève? Plus simplement: le récit des origines est-il historique? Je discute de la question en confrontation au “oui” des évangéliques et à leurs arguments. Nous verrons chemin faisant que différents thèmes sont liés à ce questionnement, comme la vérité du récit biblique, son inspiration et son actualité.
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n évangélique (enfin, peut-être pas tous) répondra très certainement par l’affirmative. Non seulement Adam et Ève ont historiquement existé, mais ils doivent avoir nécessairement existé, sans quoi la doctrine du salut en Jésus-Christ ne tient plus. En effet, de quoi Jésus-Christ nous sauve-t-il s’il n’y a jamais eu de “chute”? Ce type de raisonnement découle d’une vision historiciste de l’histoire du salut (création – chute – rédemption), thématique que je ne traite pas pour elle-même dans cet article (j’espère la traiter une autre fois). Je vais passer maintenant en revue les principaux arguments avancés par les évangéliques.
Sommaire
I. LES ARGUMENTS
1. Jésus, Paul, Luc parlaient d’un Adam historique, donc Adam a existé.
2. Douter de l’existence d’Adam c’est mettre en doute celle de Jésus.
3. Le parallèle que Paul opère entre le Christ et Adam (Rm 5) exigerait un Adam historique.
REMARQUES PRÉLIMINAIRES
1. Paul ne dit rien sur l’historicité d’Adam.
2. L’historicité d’Adam est présupposée.
VERS UNE RÉSOLUTION DU PROBLÈME
Étape 1
Étape 2
Étape 3
4. Le seul véritable argument: La Bible est inspirée, donc c’est historique.
5. Autres arguments rencontrés.
a. Argument de l’orthodoxie, ou de la tradition.
b. Ce n’est pas écrit ou suggéré dans la Bible.
II. LE RÉCIT: OBJECTIONS ET PROBLÈMES
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I. LES ARGUMENTS
1. Jésus, Paul, Luc parlaient d’un Adam historique, donc Adam a existé1.
Posons-nous les questions suivantes:
— Comment est-il possible, en toute logique et saine méthode historique, de déduire l’existence d’Adam du simple fait que Jésus, Paul ou Luc en parlent? Même en supposant qu’ils pensaient qu’Adam a historiquement existé – comme cela devait d’ailleurs spontanément être le cas pour leurs coreligionnaires à l’époque -, comment passe-t-on de ce qu’ils pensaient à l’affirmation de cette existence?
— Ensuite, n’est-il pas évident que Jésus, Paul ou Luc ne parlent pas d’un Adam historique en soi mais se réfèrent à l’Adam tel que le dépeint le livre de la Genèse? Dans ce cas aussi, comment passe-t-on de cette référence au récit de la Genèse à l’affirmation de l’existence d’Adam?
Je n’ai jamais lu nulle part une explication montrant le bien-fondé de cet argument, qui ne consiste manifestement qu’à sauter de la prémisse (les auteurs bibliques pensent que…) à la déduction (…donc c’est historique)2. En réalité, il ne s’agit pas exactement d’un saut, mais d’un recours tacite (voire inconscient, parce qu’intériorisé) à un principe fondamental, que l’on peut résumer par “c’est dans la Bible, donc c’est historique” ou “la Bible est inspirée, donc c’est historique” (point I.4.). En d’autres termes, parmi tous les documents anciens que l’humanité ait produits, la Bible fait figure d’exception en matière d’approche historienne et d’historicité.
Un autre argument découle de celui-là: Je pense comme Jésus, donc j’ai raison. Ce qui revient en fait à dire: Jésus pense comme moi, donc j’ai raison. Revêtir un raisonnement ou un argument de l’autorité de Jésus, voilà qui devrait poser quelques problèmes de conscience! Mais non… D’une certaine manière, Blocher tombe dans ce travers quand il écrit (c’est l’historicité d’Adam qui est en jeu): “Un croyant cherchera-t-il un exégète plus autorisé que son Seigneur?” (Révélation, p. 160) C’est le même genre de raisonnement que j’ai pu lire sous la plume de l’apologète évangélique Timothy Keller (voir sa page amazon US) quand il écrit: “En ce qui me concerne, j’estime que la Bible dans son ensemble est digne de confiance non pas parce que je peux ‘prouver’ d’une façon ou d’une autre qu’elle est entièrement basée sur des faits; je l’accepte parce que je crois en Jésus et que telle est sa vision de la Bible.” (La raison, p. 280, note 4, je souligne)
2. Douter de l’existence d’Adam (ou celle de Job, de Jonas, etc.) c’est mettre en doute celle de Jésus.
Ce raisonnement revient chez nombre d’évangéliques avec qui je discute. Son erreur tient du fait qu’il n’a rien à voir avec l’histoire mais avec une représentation abstraite qui relève de la pure logique. La Bible est ainsi mise à plat, désolidarisée de ses contextes historiques multiples, présentée comme une succession de faits interconnectés ou en communication les uns avec les autres, tels une rangée de dominos prête à s’effondrer à la moindre secousse; on traverse les siècles en quelques coups de page… Un début de réflexion — cette activité quelque peu négligée semble-t-il! — mettrait déjà en évidence la distance des personnages dans le temps: entre Jésus et les évangiles il y a 30-40 ans, entre le supposé Adam historique et le récit de la Genèse, des millénaires! La critique historique et littéraire (en partie évidemment rejetée par les évangéliques pour qui Moïse demeure le rédacteur principal du Pentateuque) rend pour le moins difficile l’historicité de Gn 3, en raison notamment de l’omniprésence du symbolisme et de son caractère littéraire. Quand l’implication de ces facteurs est reconnue par les évangéliques, la notion floue et fort commode “d’historicité de fond” constitue le dernier rempart des tenants “modérés” de l’historicité3.
3. Le parallèle que Paul opère entre le Christ et Adam (Rm 5) exigerait un Adam historique.
Beaucoup d’évangéliques pensent que tout le raisonnement de Paul tombe à l’eau si l’on ne conçoit pas nécessairement Adam comme une personne historique4. C’est ce que je conteste fermement. Même si, à son époque, Paul pouvait spontanément penser qu’Adam fut un personnage historique, rien ne nous oblige aujourd’hui, avec les avancées des connaissances scientifiques et bibliques, à tenir pareille affirmation. Comment dès-lors concevoir le parallèle opéré entre Adam et le Christ, sans rien ôter de sa puissance et de sa vérité?
Il faut souligner la complexité de la question et la difficulté à en saisir les rouages, quand l’on est résolu à écarter les solutions simplistes.
REMARQUES PRÉLIMINAIRES
1. Paul ne dit rien sur l’historicité d’Adam (je l’ai déjà noté → I.1.). La question n’est pas posée, ce qui n’a rien d’étonnant à l’époque. Pour qu’un problème soit soulevé, il faut que les conditions nécessaires y poussent. Qu’est-ce qui en matière de science et d’histoire aurait pu, à l’époque de Paul, rendre inévitable la question de l’historicité d’Adam? Pas grand-chose. Tandis qu’à notre époque et depuis l’essor des sciences humaines et la progression des connaissances scientifiques, la Bible a été vue sous un angle nouveau et des questions inédites surgirent. Cette constatation préliminaire doit nous rappeler la distance historique et culturelle qui nous sépare de Paul et de son temps. Ensuite, Paul ne parle pas d’un supposé Adam historique, comme je l’ai également signalé (→ I.1.), mais se pose en interprète-théologien du récit de la Genèse.
2. L’historicité d’Adam est présupposée. Si le raisonnement paulinien ne part pas de l’historicité d’Adam ni ne l’affirme, il faut néanmoins admettre qu’il s’agit d’une présupposition5. La question qui se pose alors est de savoir si, dans notre contexte actuel, il est nécessaire de maintenir cette présupposition ou s’il est possible de s’en passer, sans pour autant invalider la démonstration de Paul.
Précisons qu’il ne s’agit pas de trouver une alternative faute de mieux! Au contraire, je pense que l’approfondissement suscité par la difficulté rencontrée contribue à améliorer notre compréhension du texte et de sa portée théologique. Les évangéliques s’imaginent souvent que la valeur d’un texte est amoindrie, voire sapée, si l’on évacue son caractère historique. Je pense au contraire que c’est l’historicisme qui entraîne un appauvrissement. Bien entendu, il ne s’agit pas d’évacuer allègrement toute historicité de la Bible, mais de ne pas tomber dans l’excès qui consiste à voir de l’histoire partout et en tout ce qui à l’évidence ne doit pas être considéré comme tel. Chez les évangéliques, l’historicité est élevée au rang de principe à cause de son implication étroite, même structurelle, dans la “vérité” de la Bible, telle qu’ils la conçoivent6.
VERS UNE RÉSOLUTION DU PROBLÈME
Si la pensée de Paul dans ce texte est réputée difficile et complexe, la résolution de notre problème ne l’est pas autant. En effet, il ne s’agit pas de faire l’exégèse du texte dans ses moindres articulations, mais de proposer un changement de perspective: au lieu de partir d’Adam pour aller au Christ, partir du Christ pour aller vers Adam. On passe d’un point de vue chronologique à un point de vue christologique.
Procédons par étapes:
Étape 1: Puisque Paul se pose en lecteur-interprète de la Genèse, il importe d’abord de montrer que le récit de la faute peut être lu de manière non historique. C’est le sujet d’un autre article auquel je renvoie le lecteur: “Si Adam n’a pas existé…“. Dans cet article, je montre que si la représentation du péché d’Adam en Genèse 3 est fictive, ce que l’auteur véhicule par le moyen de cette représentation ne l’est pas. J’ajoute que l’historicité que l’on chercherait vainement en Adam, il faut la situer chez cet autre “Adam” qu’est l’auteur du récit (individuel et collectif; de même que tout lecteur), dans son historicité et son humanité, accueillant dans sa conscience et sa foi la révélation de Dieu à laquelle il est rendu participant en tant que témoin. Ainsi, l’historicité d’Adam consiste dans l’historicité de la condition humaine devant Dieu, à la lumière de la révélation. J’insiste: l’historicité n’est pas niée, elle est déplacée; la réalité de la faute n’est pas niée, elle est située dans la profondeur.
Étape 2: Il importe maintenant de prendre connaissance du mouvement qui anime la comparaison du Christ et Adam en Romains 5: Le point de départ de Paul est le Christ et le salut qui est opéré par lui, à la lumière desquels le récit de la Genèse et la figure d’Adam sont interprétés. C’est le Christ Sauveur qui commande en retour l’affirmation de l’Adam pécheur, non l’inverse; l’universalité du péché en Adam découle de l’universalité du salut en Christ, non l’inverse; le rôle d’Adam en tant que père d’humanité et cause du péché est (ré)affirmé à partir du rôle du Christ, chef de file d’une humanité nouvelle et cause de son salut. Adam devient “le répondant tout entier négatif de l’oeuvre salvifique du Christ7“. Le théologien bénédictin Jean-Michel Maldamé écrit à ce propos: “C’est parce qu’il sait que le Christ est le sauveur de toute l’humanité qu’il reprend le texte de la Genèse. Le chemin de la Révélation n’est pas allé de la faute au Rédempteur, mais de la reconnaissance de l’action de Dieu sauveur à l’intelligence de la nature du salut et donc du péché qu’il surmonte. Pour en dire la dimension universelle, la référence à Adam est éclairante.” (Le péché, p. 197) En bref: La démonstration que Paul construit en Romains 5 est théologique; l’historicité d’Adam est celle que lui confère Paul à partir du récit de la Genèse (texte → histoire), dans un mouvement similaire mais inversé à celui de “l’auteur” de ce même récit, qui exprime son expérience historique dans un récit narratif fictif (histoire → texte).
Si je pense avoir montré que, d’une part, Paul ne tente pas d’établir l’historicité d’Adam et, d’autre part, que ce dernier n’est mis en relief qu’à la lumière du Christ, la question du rapport entre les deux reste encore posée et demande un éclaircissement supplémentaire. Ce sera l’étape suivante.
Étape 3: La critique de Blocher contre la lecture non historicisante est ferme: “à péché historique, rédemption historique. [...] Les deux fois il a dû s’agir d’un acte réel, sinon le second Adam n’aurait pas pu réparer l’oeuvre du premier.” (Révélation, p. 166) À mon avis, l’erreur de Blocher est de ne concevoir l’historicité que dans le sens étroit d’historicité du récit de la Genèse. Le récit n’aurait de sens qu’en rapport au fait réel qu’il rapporte. Là aussi, c’est réduire la notion de réalité à celle de réalité du récit de la Genèse. Or, j’ai montré que le péché et la faute peuvent être historiques et réels, non en raison d’une soi-disant correspondance entre le récit et des faits, mais en référence à l’expérience de “l’auteur”, de la communauté de foi, qui exprime cette expérience sous la forme de récit narratif, récit qui raconte une histoire mais qui n’est pas de l’histoire (on pourrait parler avec Robert Alter de “fiction historicisée”). Il s’ensuit que, si l’historicité et la réalité du péché et de la faute sont maintenues — bien qu’autrement que ne le fait Blocher, on l’a vu— alors le lien avec la rédemption en Jésus-Christ peut être fait sans problème. Et je peux même souscrire à l’affirmation de Blocher: “à péché historique, rédemption historique”!
L’absence du péché adamique comme cause ou explication de l’Incarnation dans le kérygme primitif et les évangiles (sauf peut-être le récit de la tentation de Jésus), n’est-il pas l’indice que la conscience et l’expérience communes du péché sont bien plus déterminantes que la référence “doctrinale”, voire “structurelle”, au péché d’Adam? Le kérygme ne dit-t-il pas que “Christ est mort pour nos péchés” (1 Co 15.3), qu’il a été “livré pour nos fautes”, qu’il est ressuscité “pour notre justification” (Rm 4.25)? Certes, il s’est trouvé un théologien génial nommé Paul qui a poussé la réflexion sur le sujet, mais n’est-il pas quelque peu abusif d’en déduire que Genèse 3 est historique, et en faire à cette stricte condition le fondement de l’Incarnation?
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Je pense par ces trois étapes avoir répondu au problème, souvent utilisé comme argument en faveur de l’historicité d’Adam. Cela étant fait, il est néanmoins nécessaire d’apporter une précision:
Pour moi, il est clair que ce dont parle le récit de la Genèse et ce dont s’occupent les sciences de la nature recouvrent deux domaines séparés, deux plans distincts de connaissance. Certes, il peut y avoir des tensions entre les deux domaines, comme il en existe aussi avec l’histoire et l’archéologie. Quand je parle de tension, c’est dans le coeur du croyant qu’elle se passe, il ne s’agit pas d’un antagonisme entre la Bible et les sciences. Par contre, la conception évangélique de l’inspiration implique cet antagonisme8 d’où il est évident que la Bible sort victorieuse. C’est pourquoi certains évangéliques supposent chez ceux qui n’admettent pas l’historicité des récits de la Genèse une posture évolutionniste. Ils s’imaginent parfois que c’est sous le coup des pressions de la culture ambiante et des théories scientifiques à la mode, que des chrétiens échangent la folie de Dieu contre la sagesse des hommes.9
Les limites humaines et l’humilité de la foi — que partageaient les auteurs bibliques — nous incitent à confesser notre ignorance10 sur certains sujets, notamment ce qui touche aux origines de l’humanité, au quand et au comment de la première faute. Pour conclure, je citerais cette sage parole de Jean-Michel Maldamé: “La théologie ne répond pas à la quête du premier homo sapiens. Elle a mieux à faire: étudier la relation de l’homme et de Dieu.” (Le péché, p. 328)
4. Le seul véritable argument: La Bible est inspirée, donc c’est historique.11
Nous avons vu que le premier argument était insuffisant en soi et que ceux qui l’utilisent supposent celui de l’inspiration. Ce qui, ma foi, est tout à fait logique! Paul, Luc et Jean dans la Bible, ce n’est pas seulement Messieurs Paul, Luc et Jean, mais Messieurs les auteurs inspirés par l’Esprit Paul, Luc et Jean! À fortiori quand il s’agit de Jésus… Cela dit, il s’en trouvent qui ne disent même pas Paul, Luc ou Jean, mais Dieu! Alors, quand c’est Dieu qui dit, il n’y a plus de discussion possible. Et quand l’on me voit contester l’une ou l’autre interprétation, soit je ne crois pas en l’inspiration, soit je ne crois pas du tout, soit je suis fâché avec Dieu.
Certains auteurs admettent comme improbable que le chapitre 3 de la Genèse, pourtant historique, ait été transmis de génération en génération12. Quoi de plus aisé que de s’en remettre à la révélation? Gleason Archer écrit que “l’origine de la race humaine ne peut qu’avoir été révélée par Dieu” et parle de “révélation couchée par écrit dans un document inspiré” (Introduction, p. 226). Blocher, plus réservé, “reconnaît [comme probable] que l’événement premier est atteint par une reconstruction mentale”, mais sans exclure “une forme de révélation plus immédiate”. Pourtant, il semble plutôt pencher pour la seconde option quand il écrit que “la Genèse entend offrir la reconstruction vraie, que l’inspiration divine a guidée et garantie [...]” (Révélation, p. 155-156). Comment, en effet, une “reconstruction mentale” peut-elle prétendre à l’historicité? Le recours à “l’inspiration divine”, comprise comme révélation d’un fait historique, est inévitable.
L’argument de l’inspiration de la Bible ou de la révélation divine est bien entendu irréfutable. C’est pourquoi ceux qui y croient devraient le mentionner en premier pour mettre les choses au clair dès le départ.13
5. Autres arguments rencontrés:
a. Argument de l’orthodoxie, ou de la tradition14. Cet argument fait valoir le fait que la tradition chrétienne et les réformateurs ont affirmé l’historicité d’Adam. La nier serait une nouveauté introduite en raison de l’influence de la modernité et des sciences sur les théologiens et les exégètes. Cet argument n’est pas pertinent, car il est anachronique et ne tient pas compte de l’inscription de la tradition chrétienne dans l’histoire15. On ne peut pas demander à saint Paul, Augustin, Calvin ou Luther de trancher une question qui ne s’est pas posée à leur époque. Bref. Cet argument fera l’objet d’un article à part entière qui sera bientôt publié.
b. Ce n’est pas écrit ou suggéré dans la Bible. Pour illustrer l’idée qu’un récit puisse être vrai sans être historique on voit souvent citer les paraboles de Jésus en exemple. Mais les évangéliques rétorquent que dans le cas des paraboles il est clairement indiqué qu’il s’agit d’histoires fictives, contrairement au récit de la Genèse. Voici ce qu’un interlocuteur écrit dans un forum: “Où est-il marqué dans la Bible que la généalogie de Adam à Noé est légendaire (dans le sens de fausse)?” Une telle question suppose qu’il y ait au début de chaque récit une petite note indiquant si tel récit est “historique” ou “fictif”. Mais cette supposition est-elle fondée? Je ne le pense pas. C’est trop demander à la Bible. Sinon, les évangéliques devraient s’abstenir d’attribuer les quatre évangiles à Matthieu, Marc, Luc et Jean puisque les évangiles n’ont pas été signés ni datés et que rien n’indique que les évangélistes que nous connaissons en sont les auteurs. Bien sûr, on invoquera le témoignage de la tradition. Mais la tradition ce n’est pas la Bible. Bref. Cet argument est un argument du silence. On pourrait aussi se demander: “Où est-il précisé dans la Bible qu’Adam n’a pas trois jambes et six têtes?” Même si mon exemple est grossier, c’est la même logique qui entre en jeu.
D’autres diront que les caractéristiques du récit, la chronologie des faits, les indications de lieu et des années, les généalogies, la continuité dans l’histoire, etc., tout cela indique que c’est historique. C’est tout simplement impossible à déterminer. On ne peut pas établir l’historicité d’un récit rien qu’en observant son contenu. Il faut des recoupements extérieurs, des possibilités de comparer. Les éléments énumérés sont des caractéristiques du récit narratif, donc d’un genre littéraire, comme c’est le cas des romans. On n’aurait pas idée de prétendre qu’un roman est forcément historique parce qu’il se déroule dans le temps, comporte des noms de lieu (peut-être ma propre ville!), des dates, s’étend sur plusieurs générations, etc.
Tous les arguments avancés échouent en ce qu’ils opèrent un saut de la prémisse à la déduction, sans qu’il y ait de lien de causalité entre les deux. C’est ce que j’ai fait remarquer dès le premier argument (I.1.).
II. LE RÉCIT: OBJECTIONS ET PROBLÈMES
Dans le fond, il y a encore une objection majeure au maintien de l’historicité d’Adam et du récit de la Genèse. C’est qu’après avoir commencé à historiciser Adam, il faut alors se mettre à historiciser tous les éléments du récit, y compris les éléments que nous considérons quasi spontanément comme symboliques. En effet, il n’est écrit nulle part où commence et où s’arrête le symbolisme. Selon quelle légitimité un évangélique se permettrait de faire un tri?
♦ Il faut supposer que le jardin d’Eden avait un emplacement géographique réel, localisable, dont l’accès est actuellement gardé par des chérubins: où est donc ce jardin?; où sont ces chérubins? On me dira que les chérubins sont invisibles… Très bien. Alors que l’on m’indique le chemin qui mène au jardin. Pour nous aider, le texte précise: “à l’est d’Eden”. Très bien! Où ça, puisque tout est historique! Pourquoi des chérubins pour garder le chemin qui mène à un jardin si ce jardin est introuvable et les chérubins invisibles? Il faut peut-être supposer que ce jardin s’est peu à peu détérioré, qu’il fut recouvert au fil des âges, qu’il a fini englouti par le paysage naturel… Allez! Tous à nos pelles, entamons les fouilles archéologiques à la recherche du jardin perdu (mais après avoir découvert l’arche de Noé bien entendu)!
♦ Qu’est-ce que, historiquement parlant, un “arbre de la connaissance du bien et du mal”?
♦ Ensuite, il faut, historiquement parlant, se figurer un serpent qui parle et qui entame la conversation avec Ève. Certains disent même qu’il devait avoir des pattes ou qu’il se tenait debout, puisqu’après avoir été maudit par Dieu, il fut condamné à se déplacer sur son “ventre”… Il faut aussi se demander pourquoi le serpent était le plus rusé des animaux. A-t-il été créé ainsi? Pourquoi? Était-il le seul de son espèce, ou bien tous les serpents du jardin partageaient ses qualités? Il faut peut-être chercher dans ses antécédents éducatifs, psychologiques, sociaux, qui l’ont conduit à entretenir la ruse et la malice (et à apprendre à parler…)! D’où vient qu’il soit ainsi porté à jouer le rôle de tentateur? Pourquoi donc Dieu a-t-il créé un tel animal portant le mal en lui? Plus énigmatique encore, cet animal n’est pas seulement doué de langage mais il sait qu’il y a un Dieu et il s’y oppose d’emblée, entraînant le premier couple dans son jeu. Selon le récit biblique, les serpents parlent (il n’est pas question de “miracle” dans le texte). Où a-t-on jamais observé un serpent parler? Le serpent aurait perdu ses pattes, aurait-il aussi perdu sa langue? Pourtant le jugement porté par Dieu sur le serpent n’envisage pas une telle éventualité.
♦ Ensuite, il faut supposer, historiquement parlant, que la manducation d’un fruit “ouvre les yeux” et fait prendre conscience de la “nudité”, qu’avant que leurs yeux soient ouverts, Adam et sa femme les avaient fermés (dans la même logique que le serpent qui marche), et qu’en les ouvrant, ils se virent nus comme des vers, ce qui suppose simplement qu’ils ne portaient pas de vêtements. Belle leçon!
♦ Un autre problème se pose pour les animaux. Étaient-ils tous herbivores? Qu’en est-il des prédateurs? Qu’en est-il du venin des serpents, des dents du lion, de la mâchoire puissante du crocodile, des griffes et des cornes d’animaux, de la toile d’araignée (qui capture les insectes), et de tout ce dont les animaux sont dotés en matière de défense et d’armes naturelles? Quelle était alors la physionomie des animaux? Y a-t-il eu des mutations? Elles devaient être considérables alors! Qu’en était-il de l’équilibre du monde animal et de celui de tout l’écosystème? L’homme et les animaux mouraient-ils un moment donné? Les végétaux pourrissaient-ils? Comment imaginer un Adam cultivant le sol du jardin, où l’on verrait des plantes croître sans supposer qu’à un certain moment elles se flétrissent? Si les hommes et les animaux ne mourraient pas, où donc trouver la place suffisante sur terre pour tout ce beau monde? Y aurait-il eu assez de place dans le jardin? La terre était-elle donc différente quand Dieu la créa, plus grande, plus vaste, apte à accueillir l’immortelle vitalité du vivant? Et le soleil, au commencement, était-il lui aussi immortel? Ne devait-t-il pas s’éteindre une fois ses combustibles épuisés, comme nous le disent les scientifiques? Et que se passerait-il alors? La vie continuerait son cours pénard, ou bien Dieu ferait le plein de combustibles et hop!, magique, c’est reparti?
♦ Il y aurait encore la question du péché. Qu’est-ce donc que le péché? Comment se transmet-il? Que nous dit le récit “historique” de la “chute”? De quelle “chute” est-il question? Dans le récit de la “chute”, il n’est indiqué nulle part qu’Adam ait acquis une sorte de maladie appelée “péché”; il n’est même pas dit qu’il avait acquis un penchant mauvais. Il est simplement dit qu’Adam est devenu comme l’un de nous pour la connaissance du bien et du mal (3.22). Il n’est même pas dit que le jugement de l’homme inclinerait désormais vers le mal ou quoi que ce soit.
♦ Autre épineuse question ayant été soulevée: qu’en est-il des rapports consanguins, incestueux? Ils se mariaient et avaient des rapports entre frères et sœurs? Le texte de Genèse n’en parle pas, comme si la question ne se posait pas. Alors, soit il faut encore supposer que Dieu a permis cela avec sa bénédiction (qu’est-ce qui l’empêchait de créer plusieurs couples?), soit que dans un récit qui ne se veut pas historique on ne se pose pas ce genre de question, tout comme il est “normal” de voir un serpent faire son apparition sur la scène et se mettre à parler.
♦ Je peux encore mentionner quelques “hasards” historiques tout à fait suspects: ainsi, comme par “hasard”, c’est le premier couple qui pèche entraînant ainsi toute l’humanité à sa suite. Ce n’est ni à la 3e, ni à la 5e, ni à la 27e génération que tout flanche. Non, c’est le premier couple, à la racine de l’humanité. Hasard… Comme par “hasard”, l’animal rusé qui s’adresse à la femme est un serpent. Pourquoi pas un koala ou un zèbre? Non! Un serpent, figure ambivalente ô combien chargée de symbolisme dans le monde moyen-oriental, et pas seulement. Hasard… Comme par “hasard”, le nom du premier homme est “l’humain”, et celui de la première femme est “Vie”, “mère des vivants”… Rien de symbolique là-dedans, juste deux noms, comme ça, pour faire joli. Hasard… Ces “hasards” historiques, qui sont bien entendu totalement indépendants du rédacteur qui ne fait qu’observer et rapporter les faits, me laissent toutefois perplexe…
Admettre l’historicité d’Adam conduit logiquement à admettre aussi celle du récit qui en parle et qui raconte son histoire, ainsi que celle des éléments qu’il renferme. Comme on le constate, il y a une foule d’absurdités qui apparaissent si l’on maintient cette idée jusqu’au bout.
Dernier sursaut et coup de grâce
Toutefois, Blocher estime qu’il est possible de maintenir les deux: les éléments symboliques et “l’historicité de fond”: ”la combinaison d’un fond historique et d’un revêtement parabolique, ou symbolique, est un genre littéraire connu de l’Écriture” (La doctrine, p. 72). Mais depuis quand l’historicité (quel que soit le degré de celle-ci) participe-t-elle au “genre littéraire”? Le genre littéraire dit bien ce qu’il veut dire: il concerne l’aspect littéraire. Le “fond historique” dont parle Blocher est juste une supposition qu’il ajoute, rien de plus. Il reproche ensuite à Edward J. Young, qu’il qualifie de “grand savant évangélique” (Révélation, p. 152), son excès de zèle littéraliste16. Que fait Blocher? Je me limite à un seul exemple: le serpent “c’est le diable” (p. 147), il “figure la séduction de la religion païenne et de ses sortilèges” (p. 149), il est “la figure de l’esprit mensonger qui anime le paganisme” (p. 150). Soit! Mais qu’en est-il de l’historicité du récit? “Historicité de fond”, ok, mais qu’est-ce que cela veut dire? Blocher ne répond pas et nous laisse dans le brouillard. Est-ce qu’il y avait un serpent dans le jardin d’Eden, oui ou non? S’est-il mis à converser avec Ève, oui ou non? Que s’est-il passé? Pour ajouter à ma confusion, Blocher évoque la thèse d’une possession du serpent par le diable, estimant qu’il n’y aurait “rien d’inconcevable” à cela. Seule la Bible, qui ne suggère rien de la sorte, l’empêche de l’envisager. J’en déduis donc que pour Blocher il y avait bien un serpent, qu’il ait été possédé ou pas! Quelle est donc cette lecture symbolique prônée par Blocher, et en quoi consiste cette historicité de fond? Est-ce symbolique comme la flamme d’une bougie bien réelle peut être symbolique? Ou bien est-ce symbolique comme p. ex. la figure du loup (qui parle lui aussi, mais ne se montre pas très rusé!) dans les contes populaires et l’imaginaire folklorique? Blocher vacille entre l’un et l’autre, car il évoque également “le monde des légendes et des fables populaires” et parle du “style des contes folkloriques” dont l’auteur de Genèse 3 partage la “naïveté de langage” (p. 146). Je reste dans le brouillard.
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1. Blocher écrit que “les écrivains inspirés comprenaient la transgression de la Genèse comme un événement particuliers (Jb 31.33; 0s 6.7; 2 Co 11.3; 1 Tm 2.14)” (Révélation, 159). Matthieu 19.3-8 et Romains 5.12ss “développent une réflexion qui présuppose l’historicité de la faute”. Romains 5.12ss sert “d’arme absolue aux champions de la compréhension historique” et Blocher qualifie ce passage de “preuve biblique la plus formelle” (La doctrine, p. 72). Pour répondre à l’interprétation “mythiste” de la chute, Brian Tidiman fait simplement valoir que pour “les auteurs bibliques, la première faute est un fait historique au même titre que celles commises par les descendants d’Adam” (Précis d’histoire, p. 39). Même raisonnement chez Pierre Berthoud concernant l’historicité de Job, qui évoque (entre autres considérations) Ézéchiel 14.14 et Jacques 5.11 en faveur “d’une référence historique”. Blocher répond que, “à cause de ces versets en dehors du livre [de Job], il me semble qu’il est plus prudent de penser qu’il y a un fond historique” (Table ronde dans Texte et historicité, p. 196). Gleason Archer écrit que “Paul considère comme historiques, au sens littéral, les détails de Genèse 2 et ceux de la tentation et de la chute dans Genèse 3″. Plus loin, “Christ et les apôtres l’ont [le récit de la chute] certainement considéré comme historique” (Introduction, p. 226). De son côté, Jules-Marcel Nicole écrit que “tous les êtres humains descendent du premier couple Adam et Ève », ce qui “n’apparaît pas seulement dans la Genèse, mais nous est confirmé par l’apôtre Paul et par Jésus lui-même [...]” (Précis de doctrine, p. 80). Plus loin de nouveau: “Il nous faut comme Jésus et les apôtres, accepter le récit de la chute tel qu’il nous est donné dans la Genèse” (p. 103). Face aux théories du mythe et de la légende, “le plus simple est de prendre le récit de la Genèse tel qu’il est” (p. 103), c’est-à-dire de manière historique. On ne sait comment ni pourquoi prendre le récit “tel qu’il est” voudrait forcément dire le prendre de manière historique.
Si l’on peut dire que ces affirmations sont exactes sur le plan biblique, elles perdent toute pertinence quand ces auteurs passent du plan biblique au plan de l’histoire, comme s’il n’y avait aucun décalage, aucune frontière entre les deux.
2. Pour Blocher, ces “diverses données scripturaires exigent, de façon plus ou moins nette, l’affirmation de l’historicité” (La doctrine, p. 72). Voilà, je pense, un exemple parlant où l’on voit un principe dogmatique prendre le pas sur la réalité sous couvert de “données scripturaires”.
3. Ainsi Blocher: “La présence d’éléments symboliques dans le texte [de Gn 3] ne dit rien contre l’historicité de la référence essentielle” (Révélation, p. 151-152); à propos de Job: “il y a un fond historique, mais [...] une mise en forme assez considérable” (Texte et historicité, p. 196). De même Pierre Berthoud selon lequel il faut reconnaître au récit de la tour de Babel “l’historicité de fond” dont la “référence principale est bien historique” (Texte et historicité, p. 25-26). “Référence essentielle”, “fond historique”, “historicité de fond”, “référence principale” ne sont que des formules creuses qui ne décrivent ni ne désignent quoi que ce soit. Il vaudrait mieux parler d’historicité de principe, posée comme une confession de foi: je crois que c’est historique, il faut que cela soit historique parce que mon système théologique et ma foi l’exigent (alors que Dieu n’exige rien de la sorte).
4. Gleason Archer: “Dans Romains 5, Adam est mis en contraste avec Christ. Par conséquent, si Christ a réellement vécu dans l’histoire, Adam lui-même doit avoir été un individu historique; ou alors, l’apôtre inspiré s’est trompé.” (Introduction, p.225-226) Blocher: “L’argument de saint Paul en faisant le lien entre les deux Adams, entre le Chef selon l’alliance originelle et le Chef selon l’alliance nouvelle, précisait justement cette logique: à péché historique, rédemption historique. [...] Les deux fois il a dû s’agir d’un acte réel, sinon le second Adam n’aurait pas pu réparer l’oeuvre du premier.” (Révélation, p. 166)
Blocher va plus loin, puisqu’il attribue à “l’interprétation mythiste” des conséquences théologiques inacceptables. Contrairement aux mythes du Proche-Orient ancien, le récit de la Genèse attribue au mal un commencement historique qui exclut toute intégration dans l’ordre et l’être du monde. Renier l’historicité de la faute conduit soit à l’inconséquence soit à l’inacceptable. L’inconséquence consiste à maintenir le sens biblique de la faute “sans le commencement historique” (Révélation, p. 164, l’auteur souligne); l’inacceptable c’est faire du mal un élément intégrant de l’ordre créé et de l’humanité. Je pense que l’erreur de Blocher dans son analyse et dans la critique qu’il adresse à Paul Ricoeur, c’est de présupposer que le récit biblique et l’histoire se trouvent sur le même plan, que le sens du récit renvoie à l’événement réel, de sorte que renier l’historicité sur le plan de l’histoire c’est forcément altérer le sens du récit, tandis que maintenir les deux simultanément est illégitime. Je pense toutefois qu’il est possible et même nécessaire de distinguer les deux plans, biblique et historique, sans quoi l’on tombe dans les invraisemblables excès évoqués dans cet article. Quand, de manière récurrente, une information biblique ne correspond pas à la réalité, ce n’est pas la réalité qu’il faut changer mais la manière de lire et de comprendre la Bible. Il me semble par ailleurs que pour Blocher et les évangéliques, ce qui vaut pour le récit d’Adam vaut également pour des récits moins “fondamentaux”. Que ce soit la Genèse, la conquête de Canaan (Josué) ou l’histoire de Jonas, le même principe est appliqué. Ce qui tend, à mon avis, à l’affaiblissement de l’argument avancé par Blocher en faveur de l’historicité de la faute, puisqu’à côté du caractère “décisif” qui rend l’historicité incontournable on retrouve l’application du principe selon lequel la Bible dit vrai “à tous les niveaux” et donc “aussi en histoire” (Blocher dans “Histoire, vérité et foi chrétienne“, Théologie évangélique vol 7, n°2, 2008, p. 134). En ce sens, tout est décisif, puisque le principe en dépend. Certes, Blocher admet “la possibilité de fictions inspirées », mais ce n’est que pour y cantonner “au moins quelques paraboles de Notre Seigneur [...]” (Texte et historicité, p. 186). Autant dire pratiquement rien! Admettre que “quelques paraboles” soient de la fiction c’est en quelque sorte comme admettre qu’un texte écrit en alexandrins soit un poème.
5. “Cet homme est l’individu Adam, premier homme et père de l’humanité entière.” (Simon Légasse, Romains, p. 361.) Les exégètes “critiques” ne doivent évidemment jamais chercher de “pauvres échappatoires”, comme le note justement Blocher (Révélation, p. 160-161) contre Leenhardt qui, dans son commentaire de Romains 5, nous assure que pour Paul, Adam “c’est l’humanité”. Voir aussi la critique de Légasse p. 361 de son commentaire.
6. Voir à ce sujet mon article “La Bible affirme, les sciences confirment“, note 1.
7. Gustave Martelet, Libre réponse à un scandale, Paris, Cerf, 1986, p. 48.
8. D’où découlent aussi les faux débats du type “création vs évolution”, “jours de 24h vs longues périodes géologiques”, “déluge local vs déluge universel”, mais aussi des questions que seuls des fondamentalistes peuvent se poser en des termes matériels: comment tous les animaux ont-ils pu rentrer dans l’arche?; la Bible parle-t-elle des dinosaures?; etc. Précisons qu’il ne s’agit pas de se taire sur les sujets sérieux en rapport avec les sciences. Au contraire! C’est l’approche qui en est faite que je critique.
9. Il faut bien sûr regretter et dénoncer toute dérive scientiste qui imposerait au texte son propre magistère. Il serait abusif de prétendre aujourd’hui que, avec le recul par rapport aux conflits du passé (notamment avec Charles Darwin), l’évolutionnisme est la raison inavouée qui pousse les exégètes non évangéliques à rejeter l’historicité des premiers chapitres de la Genèse. La Bible aux exégètes et l’homo sapiens aux scientifiques!
10. Mes lectures m’ont appris que les évangéliques ne confessent leur ignorance qu’à condition que la doctrine de l’inerrance soit saine et sauve. Voir mon article “L’ignorance dans les limites de la simple inerrance“.
11. “Si la Bible est le discours d’une communauté quelconque, il est normal qu’elle soit faillible et plus ou moins fiable sur le plan historique. Mais si elle est ‘Parole inspirée de Dieu’ comme le déclare l’apôtre Paul (2 Tim 3.16), pourquoi ne serait-elle pas crédible sur le plan historique de la même manière qu’elle est pertinente sur le plan spirituel?” pasteur Bernard Guy (clic), “La Bible: mythes ou réalités?“, Promesses n° 170, 2009; Gleason Archer, outre l’introduction, commence son Introduction à l’Ancien Testament par un chapitre sur “l’inspiration de l’Ancien Testament”, mettant ainsi les choses au clair: “Si [...] Dieu a inspiré les trente-neuf livres de l’Ancien Testament [...], il convient d’analyser avec soin tout ce qui semblerait être en contradiction avec l’exigence d’exactitude et de véracité que l’inspiration divine présuppose, pour arriver à une harmonisation satisfaisante des contradictions apparentes. Ainsi, notre postulat influence profondément tout le cheminement de notre recherche.” (Introduction, p. 14, je souligne) Jules-Marcel Nicole fait purement et simplement dépendre l’existence de Qaïnan cité dans la généalogie de Luc (3.36) de l’inspiration de ce dernier: “Si nous croyons à l’inspiration de Luc, nous devons donc admettre que Qaïnan a existé [...]” (Précis de doctrine, p. 80).
12. D’autres, par contre, n’hésitent par à soutenir une telle idée. La “tradition orale” est le concept tout désigné, facile d’utilisation, qui, grâce à son élasticité infinie, franchit les siècles et les millénaires. Pour nous convaincre faute de la moindre preuve, on nous assure de l’excellente mémoire des peuples anciens qui garantit la fidélité des traditions. Dans le Nouveau Dictionnaire Biblique, nous lisons à l’entrée “Pentateuque” (p. 1001) que “la connaissance des événements que rapporte le 1er livre du Pentateuque est parvenue jusqu’à l’époque de Moïse par la tradition orale et écrite.” (voir aussi “Genèse”, p. 517) D’autres encore envisagent un mixe des deux, à savoir une tradition orale exceptionnellement préservée par Dieu: “Dieu [...] pourrait avoir préservé sa vérité plusieurs siècles grâce à la tradition orale” (Gordon Wenham, “L’Ancien Testament et l’histoire” dans l’ouvrage collectif intitulé Vérité historique et critique biblique, Lausanne, PBU, 1982 [1re éd. angl. 1976], p. 69). Qu’est-ce donc que ce genre de “préservation” sinon une sorte d’extension matérielle de l’inspiration biblique?
13. Cette conception de la Bible et de l’inspiration entraîne de fâcheuses conséquences au niveau de la recherche scientifique. Voir mon article “La Bible affirme, les sciences confirment“.
14. Blocher: “La tradition a tenu fermement à l’historicité.” (Révélation, p. 151) Il parle d’exégètes orthodoxes (p. 152) et “d’exégèse orthodoxe” (p. 153). Il est plus explicite ailleurs: “… la tradition chrétienne a constamment tenu pour de l’histoire les choses racontées en Genèse 3 [...]. Les évangéliques restent fidèles à la même thèse.” (La doctrine, p. 69) Blocher parle des “tenants de la position orthodoxe” qu’il oppose à ceux qu’il qualifie de manière peu reluisante de ““mythologues”” (p. 70-71), comme étaient appelés jadis les amateurs de la thèse suivant laquelle Jésus n’a jamais existé. C’est comme si l’on qualifiait les créationnistes évangéliques de “scientifiques”, héritiers d’une longue et prestigieuse tradition remontant à l’Antiquité, et les tenants de la théorie de l’évolution de “secte darwinienne”.
15. À titre indicatif — tant pour m’en rappeler que pour informer le lecteur — je signale un chapitre sur la question intitulé “La lecture de la Bible renouvelée par la science”, dans le livre de Jean-Michel Maldamé, Science et foi en quête d’unité.
16. On peut trouver les analyses de Young des trois premiers chapitres de la Genèse dans le numéro 158 de La Revue Reformée, 1987, intitulé “Au commencement Dieu. Genèse 1 à 3 et l’autorité de l’Écriture” (1re éd. angl. 1976) (infos clic). Une telle initiative de traduction et de publication montre l’importance qui est accordée à la lecture littéraliste.
Ton article est très judicieux. De plus, on peut juste voir Adam, non comme le premier homme mais comme une figure collective de l’humanité, qui s’est éloigné de Dieu, mais qui cherche à s’en rapprocher, et le Christ en serait juste le vecteur, une sorte de médiateur pour Paul. De plus, ce concept de chute est complexe, car il y a deux récits de création, et dans le livre de Job, si l’homme a été chassé c’est parce qu’il écoutait en secret le conseil céleste. De plus, il y a aussi d’autres personnages qui seraient à l’origine de cette chute dans le livre de la Genèse, Caïn et ses fils, et les hommes avant le Déluge, qui sont pourtant des descendants de ces derniers et des fils de Seth, pourtant valorisé dans ce même livre. Il se peut qu’à l’origine, ces récits étaient tous indépendants les uns des autres, donc il y a peu de chances de rédiger une histoire de la chute de l’humanité à travers eux comme le font à l’heure actuelle les créationnistes chrétiens de tout bord, qui semble d’ailleurs ignoré par le Judaïsme de l’époque de Jésus, où le libre arbitre primait, comme le démontrerait la parabole de l’ivraie qui montre que chaque homme a une part double en lui, qui est démontrait dans le livre de Job déjà cité et celui du prophète Zacharie.
Merci pour ton commentaire freyr1978, et bienvenu sur mon blog!
Il est vrai, comme tu le soulignes, qu’il serait réducteur de parler de “chute d’Adam”, en ayant pour référence le chapitre 3 de la Genèse. Il faut tenir compte de l’ensemble des 11 premiers chapitres de la Genèse (le Déluge constituant une étape importante). Le vétérotestamentaire Walter Zimmerli écrit que “[c]hacun de ces épisodes éclaire à sa façon un aspect particulier de cette énigmatique rupture entre Dieu et l’humanité et la manière dont Dieu y réagit.” (Esquisse d’une théologie de l’Ancien Testament, Paris, Cerf, 1990 [1975²], p. 198). De même, Paul Ricœur ne parle pas de “chute” mais d’une “distance” qui se creuse entre Dieu et l’être humain (La Symbolique du Mal, texte recueilli dans Philosophie de la volonté, tome 2, Finitude et culpabilité, Paris, Seuil, 2009).
Je suis le frère de freyr1978 et je tiens à signaler que deux mythes mésopotamiens ont influencés l’histoire de la chute d’Adam et Eve.
Celui de Tag-Tug que le dieu Enki charge de surveiller l’arbre de vie. Par curiosité celui-ci mange un fruit de l’arbre. Enki furieux le chasse du Paradis. Le récit ressemble à celui de la Bible, non ?
Et celui d’Adapa, fils d’Enki, qui blessa un esprit du vent et dut en prendre la responsabilité devant An, le dieu du ciel. Enki lui conseilla de ne pas manger le fruit que lui donnera An, car ce fruit serait un fruit de mort. Et en refusant le fruit, Adapa refusa l’immortalité sans le savoir. Car ce fruit était le fruit de vie. An lui offrit ce fruit car il fut impressionné par sa probité morale.
Instructif non ?
Merci !
Taigong 788 a bien montré que les récits concernant Adam sont d’origine mésopotamienne. Certains exégètes et historiens suggèrent que le Jardin d’Eden serait cette région, située entre deux fleuves, le Tigre et l’Euphrate, et pourrait venir d’un mot babylonien Idinu. D’ailleurs, il faut savoir que le serpent du récit est en fait le dieu cananéen Anqa, qui serait le dieu mésopotamien Enki. Encore une preuve que les récits bibliques ont été inspirés par une bibliothèque plus importante qu’il n’y paraît.
Sinon, j’ai modifié mon article sur la Nativité et j’ai finit celui sur les récits concernant Hérode le Grand. Je travaille en ce moment sur celui concernant l’Annonciation. D’ailleurs, j’ai créé un tag Christianisme pour qu’on se reporte plus facilement pour les articles sur l’histoire du Christianisme de mon blog.
taigong788,
Vous avez tout à fait raison. Le récit biblique n’est pas une création ex nihilo. Il a été influencé par des récits antérieurs, récits millénaires qui tapissaient toute la culture proche-orientale ancienne. Cependant, cela n’empêche en rien les récits bibliques d’apporter leur nouveauté et leur originalité propres.
Très bon article, je m’impatiente de lire la suite ! La création-chute-rédemption m’est devenu insupportable.
Bonsoir Aryns,
Je partage votre sentiment. La suite ne sera pas pour bientôt malheureusement, je suis trop occupé. Probablement au cours du prochain semestre, fin septembre-octobre si j’ai l’occasion de plancher un peu là-dessus.
Cordialement
Je viens d’avoir aujourd’hui une conversation avec un Témoin de Jéhova! C’est spirituellement épuisant… Mais il me soutenait mordicus l’existence historique de Adam, tandis que j’essayais de lui faire comprendre qu’il pouvait être un mythe ontologique. À la fin, il me disait que j’étais quelqu’un qui attachait de l’importance à la Bible même si je considérais certains passages de la Bible comme faux (QUOI??? J’ai dit ça??). C’est vrai qu’il m’a sorti l’argument que si Adam n’a pas existé et n’a pas péché, pourquoi le Christ est mort? et que le Christ lui-même se réfère à un Adam historique. Et je ne savais pas quoi lui répondre. Je crois que je vais prendre le parti de ne même plus discuter avec des Témoins de Jéhova, j’en ressors toujours avec beaucoup de tristesse au coeur… avec le sentiment d’être “tué par la lettre”. Aussi, je voudrais vous remercier pour votre blog que je découvre, et pour cet article. J’avais vraiment besoin de mettre mes idées au clair, et vous m’avez bien guidé.
Bonjour Nicolas,
Je peux facilement comprendre ton exaspération face à un TdJ (permets-moi de te tutoyer). Il est pratiquement impossible de discuter avec un fondamentaliste pur et dur, pour qui tout est simple et les réponses faciles. Moi-même j’ai discuté avec certains chrétiens évangéliques fondamentalistes très obtus dans le forum TopChrétien, que tu connais peut-être. C’est d’ailleurs en partie grâce à ces discussions que j’ai développé les arguments que je présente ici. Je suis heureux que cela apaise ton âme et contribue à développer une réflexion profonde et sérieuse sur la Bible.
Amicalement
Non, je ne connais pas TopChrétien… j’avoue que je n’aime pas trop les forums, car les discussions tournent très vite en disputes et en insultes. Mais j’ajoute d’ores et déjà ton site parmi mes favoris.
Bonjour,
Une petite précision quand même au passage… Dans le texte original on ne parle pas de serpent on parle du “luisant” une créature qui brille. Par la suite, on a traduit le “luisant” par serpent, c’était donc un être “luisant”: “Satan lui-même se déguise en ange de lumière” (2 Cor. 11:14).
Bonjour,
Pourriez-vous donner une explication ou une source qui étaye votre précision? D’où tenez-vous que le mot traduit par “serpent” signifie “luisant”?
Il est très agréable de tomber sur des publications très proches de ses pensées les plus intimes!
Ton article de mars 2011 cadre de façon très proche avec ma manière de lire les livres de la Genèse.
Dans la même foulée, on pourrait aussi se poser la question:
« CAÏN et ABEL ont-ils existé? ».
Je crois que le « jardin d’Éden tel que tu (nous) le conçois (cevons) rejoint ta réflexion sur Adam et Ève » et que la réponse va dans le même sens!
Déjà l’étymologie de ces noms en dit long. ABEL = buée: CAÏN … c’est malheureusement moins précis (à ma connaissance).
Certes, quand CAÏN tue ABEL, cela symbolise le premier meurtre de l’homme sur un autre homme pour une autre raison que de se nourrir. C’est en quelque sorte le premier meurtre « gratuit », sans aucune raison.
C’est sur ce fait que le lecteur « flash » et … où sa réflexion reste bloquée, et c’est normal.
Mais j’ai assisté un jour à la prédication d’un pasteur qui a dégagé 3 choses positives de ce douloureux moment: (il se reconnaitra certainement s’il tombe sur ces quelques lignes …)
a) 1re condamnation de DIEU: CAÏN est chassé du jardin … c’est tout. Que pouvons nous en déduire?: DIEU EST CONTRE LA PEINE DE MORT!
b) 2e condamnation : chassé où? Le texte ne précise que « vers l’Est ». L’est symbolise le renouveau, la renaissance, le re-départ; soit un départ vers un renouveau! C’est le pays du soleil levant.
Ceci dit, quand il quitte le jardin, il rencontre d’autres humains … d’où viennent-ils ? Du symbolisme de la Genèse ou de l’inceste … Honnêtement, contrairement à ce que j’entends parfois, moi je ne me pose pas la question: le symbolisme ; cela me semble évident!
DIEU EST DONC UNE PUISSANCE DE RENAISSANCE POSITIVE !
c) CAÏN est effrayé devant ce qu’il a fait, devant sa « punition »; il a peur des représailles des autres humains qu’il va rencontrer. Dieu le marque d’un signe pour le protéger!
LA PUISSANCE DE RENAISSANCE POSITIVE DE DIEU EST DONC NON SEULEMENT POSITIVE; EN PLUS, IL LA PROTÈGE!
… Quand on lit les livres de la Genèse, l’éclairage en est complètement changé … et ce sont des livres merveilleux!
Hugues GUENOT
M. Guenot,
Je suis content que mon article vous plaise. La question que vous posez sur Caïn et Abel est bien sûr tout à fait légitime. Car, en nous demandant s’ils ont existé (question somme toute un peu limitée), on peut se demander s’ils existent toujours et sous quelle forme: en nous, dans notre prochain, dans nos comportements, etc. Ainsi, ce récit prend une valeur et une saveur parabolique, valable pour tous les temps.
Je serais moins affirmatif sur les déductions de ce pasteur que vous rapportez. C’est somme toute assez simpliste. Par exemple, déduire que “Dieu est contre la peine de mort” est quelque peu relativisé par la législation mosaïque qui la prévoit en plusieurs cas, y compris celui de meurtre. Mais il est vrai que les récits de la Bible apportent souvent un autre éclairage sur Dieu que les codes de lois. En ce sens, le récit de Caïn et Abel peut être à la source de profondes méditations sur l’être et l’agir de Dieu.
Cordialement,
Daras
Merci pour toutes réflexions!!
Pourrait-on envisager une publication de cet article par morceaux sur le blog création et évolution…?
Bonjour!
Content que vous ayez apprécié. Je n’ai pas d’objection à ce que cet article soit hébergé par votre site, à condition que mon pseudo y figure (Daras) ainsi que la source. Je répondrai bientôt avec plaisir à vos autres commentaires.
Merci pour votre intérêt et à bientôt!
Cordialement,
Daras
Ce sera fait ! merci bcp pour les lecteurs du blog création et évolution (une centaine par jour).
Merci pour toutes les réponses rapides à mes interventions!
Je posterai dans les jours qui viennent votre article en 5 morceaux, en mettant à chaque fois les notes correspondantes. J’ai essayé de faire un découpage logique.
Ce serait super si vous pouviez réagir sur le blog création et évolution à d’éventuels commentaires. J’en ferai personnellement quelques-uns.
L’intérêt de cet article et son actualité réside dans l’analyse poussée des thèses de Blocher dans révélation des origines. Si mes information sont bonnes, Henri Blocher sera intervenant à la journée de rencontre des scientifiques évangéliques sur ce thème le 21 janvier à Paris.
Pour la publication de mon article, je vous fais confiance. Bonne chance avec toutes les notes! J’interviendrai avec plaisir aux différentes discussions.
Après vérification, j’ai pu constater la validité de ce que vous avez dit sur la rencontre du 21 janvier. Mais bon, comme je suis à Bruxelles, je me contenterais de l’éventuelle publication ultérieure de ces conférences.
Daras
bonjour Daras,
le premier volet de votre article est en ligne sur le blog création et évolution. J’ai déjà posté un commentaire avec qq questions. Merci!!
BH
Très bien! Je vais aller faire un tour du côté de chez vous!
Cela dit, je ne vous ai pas demandé si vous souhaiteriez que je vous envoie mon article en HTML, ça va être plus facile pour vous, non?
Lu avec interet votre texte
Pour ma part , la genèse est une source de conflit pour la foi
Il faut penser aussi a l évolution
rapidement
en partant du chimpazé sans aller plus en arrère
ou alors un autre chemin :
qui a fait les merveilleux dessins dans les grottes il y a 35000 ans
Je voulais écrire un livre sur la question mais je suis un peu trop agé
Sincérement je pense que Adam a été un homme choisi car il a bien fallu qu’un jour cette race humaine rencontre le créateur
D’ou la question de savoir lesquels avaient des soucis métaphysiques sur leurs origines et appartenances
remonter l histoire des religions
ce qui entraine aux sacrifices humains
j’ai un excellent livre sur la question