RSS

Le péché originel: son sens, sa portée théologique et psychologique (partie 2/2)

04 avr

Poursuivons notre lecture d’Adolphe Gesché (première partie ici, avec les références). Une modeste bibliographie est proposée à la fin de cette seconde partie, ainsi que des renvois vers divers articles de qualité accessibles en ligne.

* * *

Si la première partie avait une tonalité plus négative, bien que positivement orientée, dans cette deuxième partie, il sera question de la « charge de salut » qu’il y a dans la doctrine du péché originel. Je vais pour cela suivre les quatre étapes que propose Gesché (je reproduis ses intitulés).

Péché et présence du Dieu de salut

Pour faire le lien avec cette seconde partie, reprenons deux affirmations capitales de la précédente, à savoir que le péché n’entraîne pas de rupture avec Dieu (Gesché juge le terme ambigu), et que, par-delà son jugement et le châtiment administré, Dieu demeure malgré tout avec sa créature, qu’il n’enfonce pas davantage dans l’échec, qu’il n’abandonne pas dans son péché.

Gesché se demande alors ce qu’est, au fond, l’idée de salut: « Essentiellement ceci: que les choses peuvent être reprises, que rien n’est jamais perdu, définitif. Tout peut toujours reprendre, rien n’est inexorable (mentalité grecque), bref tout peut être sauvé. » (p. 113) On se demandera alors si le mal ne sert pas à construire l’idée de salut (où l’on entrevoit peut-être la felix culpa d’Augustin). Non, nous dit Gesché. Toutefois, « puisqu’il se fait que le mal existe, le salut prend évidemment cette coloration, où la présence de Dieu devient présence de libération. » (p. 113) En ce sens, le péché originel a un « caractère salutaire ».

Péché et préséance du bien

Le péché originel montre aussi que le bien est « en excès » (p. 113), en ce sens que la grâce divine prévaut toujours sur le péché. À cet égard, Gesché émet une observation étonnante: il n’y a aucune trace dans la tradition judéo-chrétienne de « ‘mal eschatologique’, de ‘péché eschatologique’, mais seulement de péché originel. » Gesché poursuit avec sa clarté caractéristique: « Si le mal était une grandeur eschatologique, nous y serions destinés, […] il n’y aurait plus rien à faire. Situer le péché dans une origine, dans un passé, c’est, du même coup, dire que place reste possible pour une réversibilité. Le mal n’aura pas, de principe, le dernier mot. » (p. 113-114)

Péché et rejet du culpabilisme

Le péché, s’il est originel, est aussi « de l’ordre du présent », et donne donc place, comme on l’a vu dans l’article précédent, à la responsabilité et la culpabilité.

♦ Culpabilité et culpabilisme. Qu’est alors la culpabilité? La « saine reconnaissance d’une faute », répond Gesché, qui « appartient à une responsabilité et à une liberté adultes » (p. 114). Face à cette « saine reconnaissance », l’auteur discerne une perversion de la culpabilité en « culpabilisme », « cette culpabilité morbide, à état permanent, et détachée de toute faute concrète » (p. 114).

♦ Culpabilisme et résignation. Ce culpabilisme conduit au fatalisme, à l’adoption d’une attitude résignée, une « solution paradoxale de facilité » (p. 114): « On se déclare définitivement coupable, mais sans plus rien faire ni vouloir faire. » C’est un processus qui « court-circuite la vraie responsabilité, celle qui ne casse pas d’avance tout avenir, mais qui demande action. […] La culpabilité malsaine, le culpabilisme, c’est cette culpabilité en soi, cultivée pour elle-même dans une morosité autodestructrice » (p. 115).

♦ Faute et pardon. Gesché explique que la culpabilité se mue en culpabilisme dès lors qu’elle n’est pas rattachée à une faute précise, « délestée de toute faute réelle », et que l’on s’estime « toujours et a priori coupable » (p. 115). Si la responsabilité est antérieure à l’acte, jamais la culpabilité. Pour le chrétien, la culpabilité surgit après l’acte n’est pas appelée à demeurer, et c’est là tout le sens du pardon.

♦ De l’accusation à la confession. Symptôme du culpabilisme et dévoiement de la responsabilité: l’auto-accusation permanente et destructrice. Non seulement elle engendre le mépris de soi mais déshonore Dieu. Non sans humour, Gesché écrit: « Reconnaissons donc que nous sommes coupables, mais, si j’ose dire, reconnaissons-le modestement! » Il poursuit: « Il ne faut s’accuser que pour se libérer, pour se sauver, ce que ne fait pas le culpabilisme. C’est tout le sens de la confession. » Et j’ajoute cette formule bien frappée: « L’accusation n’a de sens que si elle est rédemptrice. » (p. 116)

♦ Être ou ne pas être pécheur. Gesché plaide avec force que l’être humain n’est pas coupable à un niveau ontologique, mais de manière « transitoire », par ses actes; « je ne suis pas un être coupable, je suis seulement coupable de – coupable de telle action. […] Il ne faut pas dire: ‘Je suis pécheur’, mais ‘j’ai péché' » (p. 116-117).

Péché, conscience et pardon

Gesché termine son exploration en mettant en valeur un dernier aspect du péché originel: « la doctrine du péché originel est vérité de salut parce que annonce de pardon et de rémission. » (p. 117) Cette dernière étape fait ressortir les implications de ce que nous lisons en 1 Jean 1.8-9 ; 2.1 et 3.19-20 que je cite tel que dans le livre (trad. TOB, l’auteur souligne):

1.8-9 8 Si nous disons : « Nous n’avons pas de péché », nous nous égarons nous-mêmes et la vérité n’est pas en nous. 9 Si nous confessons nos péchés, fidèle et juste comme il est, il nous pardonnera nos péchés […] 2.1 Mes petits enfants, je vous écris cela pour que vous ne péchiez pas. Mais si quelqu’un vient à pécher, nous avons un défenseur devant le Père, Jésus Christ, qui est juste […] 3.19-20 19 à cela nous reconnaîtrons que nous sommes de la vérité, et devant lui nous apaiserons notre cœur, 20 car, si notre cœur nous accuse, Dieu est plus grand que notre cœur et il discerne tout.

Gesché commente: « Ce n’est pas ce que ma conscience juge péché qui est péché, mais ce que Dieu juge péché. Encore une fois, ceci est infiniment libérateur. Car notre conscience est infiniment plus dure et implacable que Dieu (celui que nous croyons tel). » (p. 117) Il faut veiller à ne pas identifier ni confondre systématiquement Dieu avec notre « conscience malheureuse ». Si le conseil est sage, avouons toutefois qu’il est parfois difficile de faire la part des choses!

Enfin, en christianisme, « il n’y a de péché que pardonné » (Gesché cite Jean Lacroix). Il nous arrive sans doute d’être à nous-mêmes un obstacle, parfois insurmontable, au pardon de Dieu. Nous lions davantage que nous ne délions (voir Mt 18.18), que ce soit vis-à-vis de soi ou des autres. Il importe sans doute de rappeler que le péché n’entraîne pas de rupture entre l’être humain et son Créateur: il importe de vivre « notre situation devant celui qui est resté avec nous. […] N’ajoutons pas au péché commis celui de ne pas croire au salut, de ne pas croire que Dieu est plus grand que notre cœur. » (p. 118)

__________________________

Illustration: Masaccio, Adam et Ève chassés du paradis, 1426-1427, fresque 208 cm x 88 cm, Chapelle Brancacci, Florence.

__________________________

Remarque

On pourrait se demander ici, puisque l’auteur parle de christianisme, pourquoi ne fait-il pas le pont avec le message de l’Évangile, pourquoi ne parle-t-il pas davantage du salut en Jésus-Christ. Je pense, d’une part, que l’auteur a circonscrit son sujet à la doctrine du péché originel. Dans ces deux articles, je n’ai fait que résumer l’un des chapitres d’un livre de Gesché traitant du problème du Mal. Ensuite, il faut préciser que la thématique du salut est abordée et largement traitée dans un autre de ses livres intitulé La Destinée. J’espère donc bientôt proposer aux lecteurs une autre série d’articles consacrée au salut, sur la base du livre de Gesché.

__________________________

Pour aller plus loin

LIVRES

Voir surtout:

— Jean-Michel Maldamé, Le péché originel. Foi chrétienne, mythe et métaphysique, Paris, Cerf, 2008, 352p. (table des matières dans le lien). Un tour d’horizon récent et très riche sur la question. Quelques écrits de cet auteurs sur la question sont disponibles plus bas.

Voir aussi:

— André-Marie Dubarle, Le Péché originel. Écriture et tradition, Paris, Cerf, 1999, 434p. Cet ouvrage réunit deux livres, l’un sur le péché originel dans les Écritures (1958), l’autre plus récent propose une réflexion théologique sur ce même thème (1983).

En plus de ces deux ouvrages de synthèse, on trouvera sans doute matière à réflexion dans les ouvrages suivants:

Lytta Basset, Le pardon originel. De l’abyme du mal au pouvoir de pardonner, Genève, Labor et Fides, 1994, 502p. D’une théologienne et pasteure protestante cette fois. Plus axé sur l’exégèse biblique et la spiritualité. Cet ouvrage a été publié en poche en deux volumes chez Albin Michel, Guérir du malheur et Le pouvoir de pardonner.

James Alison, Le Péché originel à la lumière de la résurrection. « Bienheureuse faute d’Adam… », Paris, Cerf, 2009, 384p. (le lien comprend aussi une table des matières).

Louis Panier, Le Péché originel. Naissance de l’homme sauvé, Paris, Cerf, 1996, 160p. Comme son auteur (catholique) est sémioticien, j’imagine qu’il met en oeuvre dans ce livre une approche sémiotique des textes.

Jacques Bur, Le Péché originel. Ce que l’Église a vraiment dit, Paris, Cerf, 1988, 136p. Catholique.

ARTICLES DIVERS EN LIGNE

• On profitera en premier lieu d’un article de Jean-Michel Maldamé consacré à « L’anthropologie théologique d’Adolphe Gesché. De l’excès au mystère par le chemin de l’énigme » (Revue d’Éthique et de Théologie Morale 232/4 2004, p. 77-93) et dont le propos rejoint largement celui de notre article.

Jean-Michel Maldamé, notamment « Mieux dire le péché originel grâce aux sciences de la nature » et « Péché originel, péché d’Adam et péché du monde« . [Mise à jour: Ces deux articles ne semblent malheureusement plus disponibles. Tout fout le camp...]

• Réflexions du père Teilhard de Chardin sur le péché originel (extraits de son livre Comment je crois). [Mise à jour: Lien devenu indisponible?; changement d'adresse? Inconstance d'Internet...]

Robyn Horner, « Problème du mal et péché des origines« , Recherches de Science Religieuse 90/1 (2002), p. 63-86.

Pierre Grelot, « Faut-il croire au péché originel« , Étude 327/3 (1967), p. 231-251 (via Gallica).

Paul Ricœur, « Culpabilité tragique et culpabilité biblique« , Revue d’Histoire et de Philosophie Religieuses 33/4 (1953). Voir aussi « ‘Morale sans péché’ ou péché sans moralisme?« .

Philippe Louveau, « Le péché originel. Les dossiers biblique, théologique et liturgique« , dossier proposé par le site catholique Port Saint Nicolas.

Ugo Bianchi, « Péché originel et péché ‘antécédent’« , Revue de l’Histoire des Religions 170/2 (1966), p. 117-126. Surtout axé sur le monde grec; approche de la philosophie des religions; aborde brièvement le récit de Genèse en fin d’article. Sans doute utile à titre de comparaison entre les diverses conceptions.

About these ads
 

20 réponses à “Le péché originel: son sens, sa portée théologique et psychologique (partie 2/2)

  1. Benoit

    5 avril 2012 at 09:24

    Bonjour Daras,

    Merci pour ce nouvel opus qui nous rappelle la grâce de Dieu en Jésus-Christ, de ne pas confondre culpabilité et culpabilisme.

    J’aime bcp cette analyse
    « Il ne faut pas dire: ‘Je suis pécheur’, mais ‘j’ai péché’” »

    L’affirmation qui me surprend est celle-ci : » le péché n’entraîne pas de rupture avec Dieu ». Veux-tu dire de rupture définitive?

     
    • Georges Daras

      5 avril 2012 at 10:59

      Bonjour Benoît,

      Merci pour ton commentaire. La formule que tu cites est certes bienvenue, même si elle peut être sujette à discussion.
      Quant à la « rupture », cela veut dire que Dieu ne brise pas sa relation avec les humains, qu’il continue de marcher avec eux. Je crois que Ricoeur – Bruno me corrigera – préfère parler de distanciation.

       
  2. Benoit

    6 avril 2012 at 08:16

    J’interprète un peu la formule comme, « je suis pécheur parce que j’ai péché » plutôt que « je pèche parce que je suis pécheur… »

     
    • Georges Daras

      6 avril 2012 at 11:29

      Bien dit! À retenir!

       
  3. Marc

    10 avril 2012 at 22:13

    Ouais, c’est juste le contraire de ce qu’on nous enseigne « depuis toujours ».

    Je ferai donc deux remarques :

    1. cette analyse mérite d’être confrontée aux nombreux passages du NT qui ont amené Augustin et le monde évangélique à croire fermement à la nature corrompue de naissance chez l’homme depuis la chute – l’article (et le livre ?) manque à mon goût de références bibliques. Mais ce travail peut être entrepris personnellement et est bien initié par Bruno sur son blog (http://lebigbadbruno.blogspot.fr/)

    2. Il va falloir sérieusement investiguer sur le thème du vieil homme / homme nouveau pour ne pas sombrer dans le piège du « en fait je suis pas si mal que ça » et manquer notre destinée en Christ qui est plus que rédemption…

     
    • Georges Daras

      12 avril 2012 at 16:40

      Rebonjour Marc!

      Je comprends ta réaction. J’ai eu à peu près la même. Néanmoins, d’un autre côté, je ne partage pas les abus de pessimisme de la tradition protestante, même si certains versets bibliques semblent l’appuyer (et d’autres l’infirmer: Noé et Job sont qualifiés de justes; même Paul se déclarait irréprochable quant à la Loi; voir aussi le « bon samaritain » que Jésus donnait en exemple dans la célèbre parabole).

      Tu fais bien de parler du Christ qui est plus que rédemption. Il me semble que certaines affirmations fortes sur la dépravation humaine dans le Nouveau Testament le sont par contraste avec la grandeur de l’oeuvre de Dieu en Jésus-Christ. Ainsi, bien que Paul rappelle les privilèges des Juifs dans son épître aux Romains, il n’hésite pas à les mettre au rang des païens face à la bonne nouvelle du salut en Jésus-Christ; de même qu’il estime ses propres privilèges de juif et sa propre justice irréprochable comme de la boue, des déchets ou des ordures à cause du Christ (Phil 3.8). Il est plutôt question d’un changement de regard sur soi, porté par une dynamique de l’homme sauvé (toujours en cours de « salvation »; toujours repentant et reconnaissant), que d’affirmer automatiquement un état de dépravation totale de nature (comme s’il y avait à l’opposé un état automatique de salut ou de sainteté) qu’il faudrait imputer à Adam et à sa descendance. Voilà donc mon idée.

      Quant au manque de références bibliques, Gesché propose une réflexion théologique, non une exégèse du texte.

       
  4. YiahiA

    22 avril 2012 at 22:29

    Encore un excellent article sur ce théologien!

    Bonne vision globale, si on s’en tient au seul point de vue de l’homme face au mal et au péché.

    Par contre, il reste un grand vide sur l’origine et la nature du mal, problèmes éludés.
    « Pour une part, l’homme a introduit sinon le mal (cela, c’est le serpent), en tout cas la faute, le consentement à ce mal venu d’ailleurs. »

    Qui donc a créé le serpent, et pourquoi?

    A développer, en tout cas, surtout sur la problématique de la liberté humaine (pour ce qui concerne la morale du mal). Mais les multiples souffrances imposées par la nature-création font également partie de la problématique éludée.

    J’apprécie beaucoup la finale:
    « N’ajoutons pas au péché commis celui de ne pas croire au salut, de ne pas croire que Dieu est plus grand que notre cœur. »

    Elle me rappelle la phrase souvent évoquée par les musulmans: Ne désespère pas de la Miséricorde de Dieu. « Et qui désespère de la Miséricorde de son Seigneur, sinon les égarés? » (Coran – Sourate 15 Al-Hijr – Verset 56).

    Précieuse rencontre au-delà des divergences?

    Je lirai avec curiosité d’autres articles sur cet auteur.

     
    • Georges Daras

      23 avril 2012 at 20:59

      Bonsoir YiahiA,

      Merci pour votre commentaire!

      Il est vrai que les questions de l’origine et de la nature du mal, ainsi que celle des « multiples souffrances imposées par la nature-création » ne sont pas traitées pour elles-mêmes dans le chapitre que j’ai résumé du livre de Gesché. Quoi qu’il en soit, je ne pense pas que ces questions aient jamais reçu de réponse précise et intellectuellement satisfaisantes (ce serait en quelque sorte justifier le mal). Elles demeurent pour une grande part des énigmes.

      Qui a créé le serpent, il me semble que le texte biblique est clair: « Le serpent était le plus avisé de tous les animaux de la campagne que le SEIGNEUR Dieu avait faits. » (Genèse 3.1; trad. Nouvelle Bible Segond) Quant à savoir pourquoi il l’a créé, il l’a simplement créé comme il a créé tous les autres animaux. Maintenant, comment se fait-il que le serpent soit doté de parole? Il me semble qu’il faut chercher la réponse dans le genre littéraire du récit, à la fois récit mythique, symbolique et parabolique. Pourquoi le serpent parle-t-il? La question ne se pose pas; il parle, c’est tout! C’est le genre littéraire qui veut cela (un peu comme pour les fables de La Fontaine ou les contes de Perrault). Mais si l’on pousse le raisonnement jusqu’à se demander pourquoi le serpent est ainsi doté d’un esprit malicieux et trompeur, opposé à Dieu et au premier couple qu’il tente de perdre, il n’y a pas de réponse. C’est encore le genre littéraire qui veut cela. Le récit nous montre ce qu’il veut bien nous montrer.

      Quant à la convergence que vous avez repérée, elle pourrait effectivement se révéler une « précieuse rencontre », comme vous dites. :)

      À bientôt (je n’oublie pas votre message dans l’autre article sur le « Dieu obscur » de Thomas Römer)

      PS: On pourrait peut-être se tutoyer, non?

       
  5. YiahiA

    24 avril 2012 at 12:08

    Le tutoiement, c’est comme vous voulez, Mr Daras.
    (LOL : bien sûr que oui, Georges)

    Il y a une autre vison sur le serpent, au travers de sa signification symbolique.

    Je le réfère aux travaux de PAUL DIEL (Psychologie de la motivation *Le symbolisme dans la Bible* etc.), continués par Jeanine Solotareff (Psychologie et Symbolisme).

    On peut voir dans le serpent et dans Satan le symbole de la vanité humaine, qui, dans son désir de manger le fruit de la connaissance du bien et du mal, est motivé en fait par l’exaltation illimitée des désirs. Dans cette vision donc le « mal » est interne à l’homme, non création externe, mais fonctionnement psychologique inadéquat. Voir Satan sous l’angle des milles et un pièges et faux-semblant de la vanité humaine me paraît fort éclairant. Je me rattache à ce type de réflexions.
    Et un des aspects qui m’intéresses est qu’il écarte le faux-fuyant consistant à dire ce n’est pas moi, c’est lui, le serpent…

    Cependant, la culpabilité excessive, à distinguer de la lucidité, est expliquée par eux comme une sous-valorisation de soi-même, des autres et de la vie. La disharmonie intérieure qui en résulte génère angoisse et souffrance, échecs et violences.

    Cette pensée psychologisante croise donc les réflexions théologiques. Je pense que tu aurais beaucoup de choses intéressantes à glaner chez ces auteurs. (Mais tu n’irais sans doute pas jusqu’au bout de leur logique, Dieu devenant lui-même symbole signifiant).

    Il reste encore à envisager le problème des souffrances physiques que l’on ne peut pas englober sous la même appellation moralisante de « Mal ».

     
    • Georges Daras

      24 avril 2012 at 23:38

      Bonsoir YiahiA,

      Voilà. On se tutoie. Parce que j’avais spontanément rédigé le message précédent en « tu, tu, tu », et j’ai dû tout changer en « vous, vous, vous »… Vois-tu? :)

      Une lecture symbolique et psychologique sont bien sûr possibles, surtout quand les récits renferment eux-mêmes une densité symbolique qui ne demande qu’à être explorée. Je ne connais Diel que de nom et j’ai déjà plusieurs fois rencontré son livre dans des librairies et des bouquineries. J’ai néanmoins tendance à me méfier des amateurs (en matière de Bible et d’exégèse; même d’un Alain Decaux qui écrit un livre sur saint Paul) qui se lancent dans des lectures trop personnelles ou particularistes des textes, lectures qui peuvent par ailleurs s’avérer très stimulantes. Tout examiner et garder ce qui est bon est une de mes devises. Je regarderai donc à l’occasion de ce côté-là aussi.

      Quant à la notion de « Mal » (le substantif, avec majuscule si l’on veut), son sens dans le titre du livre de Gesché et dans l’article que j’ai résumé implique une dimension métaphysique, donc au-delà des catégories morales, le « mal » (adjectif) par opposition au « bien » (comme dans mal agir). Les souffrances physiques ou un malheureux accident font partie de ce Mal, dans tout ce qu’ils peuvent avoir d’injustifiable, d’irrationnel et de scandaleux. Enfin, moi je dis ça, mais peut-être que tu as une appellation particulière qui ne soit pas moralisante.

      Je constate que certains internautes demeurent un peu sur leur faim avec ces deux articles (sachant que l’on ne sera jamais rassasié d’explications avec un sujet comme celui-là). Peut-être devrais-je envisager de présenter d’autres chapitres du livre de Gesché.

       
  6. Serviteur Souffrant

    15 novembre 2012 at 20:13

    Commentaire d’une autre voie:

    Si la Genèse est un genre littéraire , un récit symbolique(serpent=vanité=satan=Mal que Dieu dit lui-même avoir créer) alors tout ce qui en découle est nécessairement symbolique ancré sur une histoire remaniée sur fond théo-politique.
    L’Histoire Sainte c’est un mythe-histoire du Mystère Divin fondu par une acculturation des précédents mystères-mythes-Père-Ancêtres. Façade fascinante des croyances littérales voilant la Vérité du Sens mythique du Mystère. Ce Mystère symboliquement et psychologiquement éclairé par l’étude de la psycho-symbolique métaphysique des mythes de Paul Diel et dont le mythe chrétien clôt la période.

    La disharmonie primordiale de la nature humaine c’est l’insuffisante ou l’excès d’harmonisation, incarnation de l’Esprit Harmonique, Amoureux, organisateur et légal de la matière .Mais plus l’Homme prend conscience de la mystérieuse Surconscience Essence qui anime et motive ses désirs ,les harmonise,et les oriente vers le désir essentiel Harmonie du Bon, du Beau et du Vrai, plus la matière sera spiritualisée , sera sublimée et continuera à entretenir le sens et le Rythme Sage de la Vie.

    Le Christ, le Messie, l’Oînt du Mystère que l’on nomme Dieu, Est symboliquement essentiellement cette Surconscience-Rythme Primordial et c’est son message, Parole vibrante brûlante créatrice, qui est « sorti du tombeau de la mécompréhension » et qui permet aux hommes de se relever de la « mort de l’âme » et d’entrer à tout instant dans le « Ciel » de la Joie et de la Vie Eternelle (don et pardon à soi-même et aux autres par la grâce divine qui est en nous, en dehors de nous) où l’humanité sera réunie au Père-Mère Amour dans l’au delà du Mystère.

     
  7. yahia

    16 novembre 2012 at 18:08

    Je vois que je ne suis pas le seul à lire Diel… ;-)

     
    • Georges Daras

      16 novembre 2012 at 18:37

      En effet! Même si le commentaire de notre ami est quelque peu abscons.

       
      • serviteur souffrant

        17 novembre 2012 at 20:03

        Bonjour,
        Il est vrai que j’ai un peu de mal à transcrire la pensée de Diel, mais quand je le lis (même si il m’a fallu un peu d’effort pour entrer dans son écrit) , c’est comme une résonance intime et interne qui me submerge et me fait pleurer. J’ai retrouvé un enthousiasme(transport divin) spirituel grâce cette pensée qui est arrivée à élucider la profondeur et les ressorts psychologiques des symboles Théo-mythologiques et qui permet de réconcilier Science et Foi Nous ne sommes pas beaucoup à lire Diel mais c’est tellement limpide que l’on a envie que tout le monde en profite.

        Ses écrits sur le symbolisme dans la Bible ( la divinité, le symbolisme dans la Bible, dans l’ Evangile de Jean, science et foi)) sous tendus par sa méthode d’élucidation introspective sont vivifiants (la lettre tue, l’esprit vivifie) mais leur lecture n’est sans doute pas recommandés pour les chrétiens car c’est une interprétation subjective(moi je dirais psychologiquement universelle) en dehors du Magistère. François Dolto (l’Evangile au risque de la psychanalyse) est plus proche de la doctrine chrétienne romaine.

        « le mythe de la rédemption est inséparable du mythe de la chute originelle, car la rédemption est le redressement de la chute commune. Le mythe adamique-selon son sens caché- représente l’exaltation des désirs(devenir Dieu donc en être séparé, c’est mon interprétation personnel), le sens caché de la rédemption est l’harmonie des désirs(la victoire de l’élan sur l’obsession vaniteuse, la liberté). »
        Diel c’est la contraction de Dieu avec El et avec Paul devant ou derrière !! it’s joke ..

         
  8. Pharisien Libéré

    30 septembre 2013 at 09:44

    Oui. Gueshé est très stimulant. Mais, en retournant au texte, on peut se demander si Gn3 ne pose pas la question de savoir si la conscience du Bien et du mal est un poison pour l’humanité. Comme je n’ai pas encore lu les 4 articles sur son bouquin, peut-être est-ce que ma question n’a pas de sens.

     
    • Georges Daras

      2 octobre 2013 at 12:07

      Bonjour,

      Content de vous lire :)
      Oui, on peut se poser la question. Mais peut-on dire que cela ressort de Gn 3? À voir.
      Ensuite, cette « conscience empoisonnée » n’a-t-elle pas engendré la sagesse?
      Gn 3 est souvent catalogué dans le genre sapiential…

       
  9. YiahiA

    6 octobre 2013 at 19:44

    Bonsoir, Tu m’a finalement « forcé » à acheter ce volume de Geshé sur le Mal et à le lire en entier. Je viens de le terminer. Ton compte-rendu était bien fidèle, mais je reste sur ma faim. Essentiellement parceque que son argument principal, Dieu avec nous contre le Mal, centre de la théologie chrétienne, exige un acte de foi, et ne me convainc pas plus que son idée de Mal « accidentel », non prévu dans la création… Ce dernier point me semble plutôt une faille dans sa pensée théologique.

    Mais bon, de là toi et les « lacunes » de Gesché me « forcez » à relire JOB, comme si je n’avais rien d’autre à faire… ;)

    A + donc…

     
    • serviteur souffrant

      6 octobre 2013 at 22:11

      « le mal est la désharmonie de l’être » St Thomas d’Aquin , mais la désharmonie était nécessaire pour que la connaissance existât.Car celle-ci n’est que la réponse aux questions que l’homme est conduit à se poser par la non satisfaction de l’idéal d’harmonie qu’il porte en lui. La première souffrance de Dieu est inscrit dans la Genèse : »L’Éternel se repentit d’avoir fait l’homme sur la terre; et il fut affligé dans son cœur » (6,6) . L’amour est la justification de la souffrance. Et la souffrance est la raison de l’amour. Aussi la vie humaine est-elle un rythme sans fin de souffrance et d’amour. Lisez « rythmologie universelle et métaphysique de l’harmonie-de la théodicée à la théologie » André Lamouche.

       
      • YiahiA

        6 octobre 2013 at 23:02

        C’est justement ce type de réflexion qui ne « passe pas » la nécessité du mal chez l’un ( l’accident chez Gesché) , le « repentir » de Dieu, et toute la théologie du Salut qui en découle sont inacceptables à mes yeux. A lire cela , je comprends mieux pourquoi je ne suis pas et ne puis pas être chrétien.

         
    • Georges Daras

      7 octobre 2013 at 09:15

      Bonjour Yiahia,

      Attention, je ne « force » personne! Par contre si j’ai donné l’envie et la curiosité de voir plus loin, alors je m’en réjouis. Je précise également que cet article en deux volets ne parle que du troisième chapitre, non du livre en son entièreté. Même si je n’ai pas vraiment le temps d’entrer en discussion, sache que tes commentaires sont entendus et fort appréciés!

      Concernant ton tout dernier message:

      Dans ce volume sur le mal, Gesché parle assez peu de la notion chrétienne de salut. Par contre, ne te crois pas « forcé » d’acheter le cinquième volume, « La destinée« , où il traite du sujet, volume qui se révèle être par ailleurs l’un des plus stimulants de la série! ;)

       

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 106 autres abonnés