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Deutéronome 18.15,18 fait-il référence à Mahomet?

25 Oct

Note: Pour les lecteurs pressés, j’ai présenté deux arguments décisifs dans une version courte.

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À consulter également sur le site du Pharisien Libéré:

> Zéro en hébreu, pas mieux en latin!
> Mais pourquoi donc les musulmans falsifient-ils la Bible?

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Je lis dans un article Wikipédia intitulé « Annonce de la venue de Mahomet » (consulté le 25/10/2009):

Selon Ahmed Deedat, Rahmatullah al Hindi, le Pr Hamidullah et d’autres savants du monde musulman Mahomet serait de la sorte l’autre Moïse annoncé dans le Deutéronome.

♦ 18:15 L’Éternel, ton Dieu, te suscitera du milieu de toi, d’entre tes frères, un prophète comme moi : vous l’écouterez!
♦ 18:18 Je leur susciterai du milieu de leurs frères un prophète comme toi, je mettrai mes paroles dans sa bouche, et il leur dira tout ce que je lui commanderai.

[…]

D’entre tes frères signifierait selon ces savants musulmans des descendants d’Ismaël, le frère d’Isaac – les exégètes musulmans affirmant que si ce prophète devait venir d’Israël, il aurait été dit: « du milieu d’Israël ».

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Examinons si cette dernière affirmation est défendable.

1. La place d’Ismaël et des Ismaélites dans la Bible

out d’abord, il faut simplement signaler que, dans l’Ancien Testament, le rôle d’Ismaël et des Ismaélites est extrêmement limité. Non seulement leur rôle est limité, mais tout à fait secondaire. Ismaël ne parle jamais, il n’est à l’initiative d’aucune action (sauf en Gn 25.9, où il enterre son père avec Isaac, et en Gn 25.19, où il est dit qu’il meurt). Dans les récits narratifs où il apparaît, il n’est qu’un enfant qui subit passivement l’évolution des circonstances et des situations. D’un Ismaël adulte, nous ne savons rien, si ce n’est par quelques brèves mentions dans les listes généalogiques et le fait anecdotique qu’Ésaü épousa l’une de ses filles (Gn 28.9). Ismaël n’est mentionné que 20 fois dans toute la Bible, plus particulièrement dans les chapitres 16, 17 et 25 de la Genèse (contre environ 112 fois pour Isaac, dont 80 dans la Genèse). Quant aux Ismaélites, ils ne sont mentionnés que huit fois dans toute la Bible, principalement dans l’histoire de Joseph (Gn 37 et 39.1). Le seul rôle qu’ils jouent est lui aussi très secondaire (ils ne disent rien): c’est en effet à eux que sera vendu Joseph. Les quatre autres occurrences ne sont que des allusions (p. ex. Jg 8.24; 1Ch 2.17).

Au regard de ces informations, je me demande ce que viendraient faire les Ismaélites dans le livre du Deutéronome, soi-disant désignés par une expression aussi vague que « d’entre tes frères » (vague, s’il faut y voir les Ismaélites). Pourquoi les Ismaélites auraient-ils soudainement pris une telle importance, alors qu’ils n’en avaient aucune jusqu’alors? Pourquoi donc le narrateur n’a-t-il pas précisé que cette référence totalement insolite du Deutéronome désigne les Ismaélites? De plus, qu’est-ce que les Ismaélites ont à voir avec l’histoire d’Israël? Le Deutéronome fait d’abondants rappels de cette histoire, notamment des deux événements centraux et fondateurs que sont la sortie d’Égypte et le don de la Loi à l’Horeb-Sinaï. Quel rapport avec les Ismaélites? Aucun. Ces derniers sont totalement étrangers à ces événements, tout comme ils sont étrangers aux lois et aux préceptes que Dieu donne aux israélites, tout comme ils ne sont pas concernés par le pays que Dieu a promis de donner à Israël. Autrement dit, les Ismaélites ne sont concernés ni par le passé ni par le présent ni par le futur d’Israël. Comment dans ce cas prétendre que le prophète que Dieu suscitera sera un Ismaélite? C’est difficile à concevoir.

Ce constat montre que ces savants musulmans – comme dans les milieux chrétiens fondamentalistes –, ont tendance à traiter les Écritures comme une « réserve » de versets où il suffit de puiser pour alimenter leur argumentation. Ils ne tiennent pas compte des textes dans leur ensemble ni de ce qu’ils racontent tel qu’ils le racontent. D’après leur interprétation, le texte biblique devient ésotérique, codé. Ce qu’on y trouve n’a plus rien à voir avec les contextes littéraire, narratif et théologique de la Bible. De cette façon, la valeur et l’utilité de la Tora se limitent malheureusement à l’unique mot susceptible d’annoncer Mahomet, non dans son étude et son entière exploration. C’est selon cette même logique que des apologistes musulmans interprètent le Paraclet de l’évangile de Jean comme une annonce de la venue de Mahomet par Jésus. Il n’est pas nécessaire d’entrer dans des débats philologiques pour se rendre compte qu’une telle attente est non seulement étrangère à tous les récits du Nouveau Testament, y compris Jean, mais également contraire au rôle décisif et à la place exclusive donnés à Jésus reconnu comme Christ, Seigneur et Sauveur.

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2. « d’entre tes frères » peut-il désigner autre chose qu’Israël?

Pour le savoir, il nous faut déterminer à qui se rapportent les deux expressions que l’on trouve dans les versets 15: « du milieu de toi », « d’entre tes frères » et 18: « du milieu de leurs frères » (dans ce dernier, Dieu s’adresse à Moïse en parlant d’Israël; il s’agit d’une fusion des deux premières expressions).

a) « du milieu de toi »

À qui donc s’adresse Moïse dans le livre du Deutéronome? La réponse est claire dès le début:

Dt 1.1: Voici les paroles que Moïse adressa à tout Israël, au-delà du Jourdain, au désert…

On peut encore citer, parmi beaucoup d’autres références:

Dt 4.1: Et maintenant, Israël, écoute les lois et les coutumes que je vous apprends moi-même à mettre en pratique…

Cela étant fait, il est clair que dans « du milieu de toi », le pronom personnel désigne Israël. Est-ce que Israël comprend aussi les Ismaélites? Rien dans la Bible ne permet de l’affirmer. Bien au contraire, les descendants d’Ismaël forment leur propre peuple et nation: Pour Ismaël, je t’exauce. Vois, je le bénis, je le rends fécond, prolifique à l’extrême; il engendrera douze princes et je ferai sortir de lui une grande nation (Gn 17.20).

b) « d’entre tes frères »

♦ Ismaël était-il le frère d’Isaac? Oui, certainement. Tout comme Ésaü était le frère de Jacob, chacun représentant pourtant un peuple différent (Gn 25.23). La plupart des peuples et des nations qui apparaissent dans la Bible (qu’ils soient amis ou ennemis) sont référés à des ancêtres communs (voir les généalogies). Il n’est pas pour autant légitime de projeter les relations familiales des ancêtres sur celles de leurs descendants. La plupart du temps, elles n’ont rien à voir les unes avec les autres (sauf p. ex.  les Édomites,  fils d’Ésaü, frère de Jacob/Israël: Nb 20.14s; Dt 2.4; 23.7; voir Annexe). C’est parce qu’il y a une coupure entre la réalité des peuples observés et la mise en récit mythique de leurs origines, que ce soit en Adam, patriarche de l’humanité, Noé, Terah ou Abraham. La généalogie n’est qu’un genre littéraire commode utilisé par les anciens pour maîtriser le temps et l’espace, créer des liens entre les peuples, les lieux et les époques (voir p. ex. la « table des nations » en Genèse 10!).

♦ Dans la Bible, les Israélites considéraient-ils les Ismaélites comme leurs frères? Cela n’apparaît nulle part (j’apporte une nuance dans l’Annexe 2). Le déduire de la fraternité entre Isaac et Ismaël est pour le moins forcé. Par ailleurs, Israël doit son nom à Jacob et non à Isaac. Ésaü, frère de Jacob, est un meilleur postulant au titre de « frère » que ne l’est Ismaël. Compte tenu de la remarque précédente, le raisonnement de ces savants musulmans est purement spéculatif et ne reçoit aucun appui dans les textes bibliques. Il consiste à dire que: Isaac et Ismaël sont frères, donc les Israélites et les Ismaélites sont frères, donc « d’entre tes frères » ne désigne pas Israël mais les descendants d’Ismaël. Cependant, les récits bibliques ne reflètent pas ce genre de raisonnement syllogistique. C’est ce que je suis en train de montrer.

♦ L’expression « parmi leurs frères » se trouve en Dt 18.1-2, où nous lisons que les membres de la tribu de Lévi n’auront aucune part au patrimoine d’Israël (v. 1), qu’ils n’auront pas de patrimoine parmi leurs frères (v. 2). Dans ce passage l’élément “Israël” correspond à l’élément “parmi leurs frères” avec lequel il est mis en parallèle. Il faut bien évidemment comprendre leurs frères israélites, ceux qui composent les autres tribus d’Israël.

♦ L’expression « d’entre tes frères » apparaît également en Dt 17.15, où on peut lire (Moïse s’adresse à Israël): …tu pourras placer un roi à ta tête, celui que le SEIGNEUR, ton Dieu, choisira; tu placeras à ta tête un roi d’entre tes frères; tu ne pourras pas avoir à ta tête un étranger qui ne soit pas ton frère. Ces deux dernières phrases (l’une positive, l’autre négative) ont une seule et même portée: placer un roi « d’entre tes frères » à la tête du peuple revient à ne pas y placer un étranger « qui ne soit pas ton frère ». Il apparaît clairement que « d’entre tes frères » ne peut s’appliquer qu’aux membres du peuple israélite. La remarque suivante va confirmer qu’il n’est pas possible de prêter aux Ismaélites la « fraternité » que supposent certains savants musulmans en Dt 18.15,18.

♦ Dans le 1er livre de Samuel, ce qui est dit dans le passage sus-cité du Deutéronome à propos du roi (le passage entier est 17.14-20) se concrétise en la personne de Saül (1S 10.17-24). On peut dès lors se rendre compte de ce que signifie exactement l’expression « d’entre tes frères »:  17 Samuel convoqua le peuple auprès du SEIGNEUR à Miçpa. 18 Il dit aux fils d’Israël: « Ainsi parle le SEIGNEUR, le Dieu d’Israël: C’est moi qui ai fait monter Israël d’Égypte et qui vous ai délivrés de la main de l’Égypte et de tous les royaumes qui vous opprimaient. 19 Et vous, aujourd’hui, vous avez rejeté votre Dieu, lui qui vous secourt dans tous vos malheurs et toutes vos détresses, et vous lui avez dit: Tu nous donneras un roi. Maintenant donc, présentez-vous devant le SEIGNEUR, par tribus et par clans. » 20 Samuel fit approcher toutes les tribus d’Israël: la tribu de Benjamin fut désignée. 21 Il fit approcher la tribu de Benjamin par clans: le clan de Matri fut désigné. Puis Saül, fils de Qish, fut désigné. On le chercha sans le trouver. 22 On demanda encore au SEIGNEUR: « Quelqu’un d’autre est-il venu ici? » Le SEIGNEUR dit: « Le voici, caché près des bagages. » 23 On courut l’y chercher, et il se présenta au milieu du peuple: il dépassait tout le peuple de la tête et des épaules. 24 Samuel dit à tout le peuple: « Avez-vous vu celui qu’a choisi le SEIGNEUR? Il n’a pas son pareil dans tout le peuple. » Tout le peuple fit une ovation en criant: « Vive le roi! » (TOB) Il n’y a aucune ambiguïté possible: le « d’entre tes frères » de Dt 18.15,18, que l’on retrouve en 17.15, se rapporte bien aux douze tribus d’Israël, comme l’illustre le passage de 1 Samuel 10 que je viens de citer.  

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3. Un argument contextuel

Je l’ai déjà dit et je le répète: les apologètes musulmans ne s’embarrassent pas d’analyser les versets qu’ils citent dans leur contexte. C’est éminemment le cas de Deutéronome 18.15 et 18. Ces deux versets font partie d’un contexte plus large, qui traite des pratiques occultes interdites par Dieu, ainsi que du faux et du vrai prophète (18.9-22). Cette péricope se trouve elle-même insérée dans un contexte plus large. Mais ce n’est pas ce dont je veux parler maintenant. Ce sur quoi je veux attirer l’attention, ce sont les versets 16 et 17. Je cite le passage en entier, afin de l’avoir sous les yeux:

Dt 18.15-18 : 15 L’Éternel, ton Dieu, te suscitera du milieu de toi, d’entre tes frères, un prophète comme moi: vous l’écouterez! 16 Il répondra ainsi à la demande que tu fis à l’Éternel, ton Dieu, à Horeb, le jour de l’assemblée, quand tu disais: Que je n’entende plus la voix de l’Éternel, mon Dieu, et que je ne voie plus ce grand feu, afin de ne pas mourir. 17 L’Éternel me dit: Ce qu’ils ont dit est bien. 18 Je leur susciterai du milieu de leurs frères un prophète comme toi, je mettrai mes paroles dans sa bouche, et il leur dira tout ce que je lui commanderai. (Nouvelle édition de Genève)

Aux versets 16 et 17, il est fait allusion à un épisode qui s’est déroulé au pied de l’Horeb, relaté en Dt 5.23-33. Il n’est pas nécessaire de le rapporter. J’aimerais simplement faire la remarque suivante: Le prophète que Dieu promet d’envoyer répond à une demande du peuple. Autrement dit, il y a, d’une part, une dimension relationnelle d’échange et de dialogue entre Dieu et son peuple, et, d’autre part, la demande du peuple et la réponse de Dieu se situent dans un cadre particulier et circonstanciel. Où veux-je en venir? C’est que j’imagine mal Dieu répondre à la demande du peuple par l’envoi d’un prophète étranger, non israélite, qui viendra des siècles plus tard, sous le nom de Mahomet. Il n’y a absolument aucune raison biblique et logique à cela, ni une once de vraisemblance. Cette réponse serait totalement insolite par rapport à la demande du peuple, demande que Dieu a agréée sur le champ et jugée bonne. Que voulait le peuple? Un médiateur entre lui et Dieu. Dieu accepte. Pourquoi leur donnerait-il un médiateur étranger? Est-ce le peuple qui le lui a précisé? Non. Il n’est pas question que le médiateur soit un étranger. Donc Dieu ne suscitera pas un médiateur étranger, mais quelqu’un qui soit « d’entre leurs frères », c’est-à-dire un israélite. Il est dit de l’annonce de la venue du prophète « comme Moïse » au verset 15 que c’est (littéralement) comme tout ce que tu as demandé d’auprès du Seigneur ton Dieu (כְּכֹ֨ל אֲשֶׁר־שָׁאַ֜לְתָּ מֵעִ֨ם יְהוָ֤ה אֱלֹהֶ֨יךָ֙). Autrement dit, Dieu répond à Israël exactement selon sa demande, préalablement jugée comme bonne. Pour quelle raison Israël aurait demandé un médiateur étranger ou qui ne soit pas issu de son propre sein? Il n’y en a aucune.

Quand est-ce que cette promesse s’accomplit? Moïse est le premier à répondre à la demande du peuple (lire Dt 5.27), c’est lui qui médiatise la parole divine. Cette promesse s’accomplit aussi chaque fois que Dieu suscite un prophète, c’est-à-dire un médiateur entre Dieu et son peuple, qui rappelle et transmet Sa Parole en disant « Ainsi parle le Seigneur! ». D’où viennent ces prophètes? De quel peuple sont-ils issus? Israël. Tout comme Moïse, le prophète par excellence, selon le passage tant discuté du Deutéronome.

Interrogeons-nous pour terminer: un prophète « comme Moïse », qu’est-ce que cela veut dire? Qu’il fera tout ce que Moïse à fait?: sauver un peuple de l’esclavage, promulguer une Loi, instituer le sacerdoce et mener ce peuple vers une terre promise? Je ne pense pas. Le verset 18.18 est clair à ce sujet: je mettrai mes paroles dans sa bouche, et il leur dira tout ce que je lui commanderai. Voilà ce que rapporte ce passage, rien de plus. C’est un résumé saisissant du ministère prophétique, tel qu’on le rencontre depuis Samuel aux grands prophètes de l’Exil. Les rédacteurs deutéronomistes (j’anticipe sur la section suivante) font de Moïse, en quelque sorte, le « saint patron » des prophètes, ce qui n’est pas forcément la cas dans d’autres parties de la Bible. Dans la section suivante, je donne un exemple qui illustre cela.

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4. Un argument rédactionnel

Les spécialistes de l’Ancien Testament, tels que Thomas Römer, ont constaté qu’il existe de nombreux parallèles entre le livre du Deutéronome et celui du prophète Jérémie. Il faut comprendre ces ressemblances dans le cadre de la théorie de l’Histoire Deutéronomiste, selon laquelle les livres de Josué à 2 Rois forment un ensemble historico-théologique composé par un milieu juif dont l’activité se situe aux VIIe-VIe siècles. Leur théologie est concentrée dans le livre du Deutéronome, à la lumière duquel est relue l’histoire d’Israël. Il existe un style deutéronomiste bien spécifique lié à des notions théologiques propres et au vocabulaire. Ce style se retrouve également dans certains livres prophétiques, dont Jérémie, où l’on peut constater les retouches/relectures qui ont été effectuées. L’exemple le plus frappant en rapport avec notre sujet est le parallèle qui existe entre Dt 18.18 et Jé 1.7-9:

Dt 18.18: Je leur susciterai du milieu de leurs frères un prophète comme toi, je mettrai mes paroles dans sa bouche, et il leur dira tout ce que je lui commanderai.

Jé 1.7-9: Et l’Éternel me dit: Ne dis pas: Je suis un enfant. Car tu iras vers tous ceux auprès de qui je t’enverrai, et tu diras tout ce que je te commanderai8 Ne les crains point, car je suis avec toi pour te délivrer, dit l’Éternel.  9 Puis l’Éternel étendit sa main, et toucha ma bouche; et l’Éternel me dit: Voici, je mets mes paroles dans ta bouche.

L’édition d’étude de la Nouvelle Bible Segond (p. 940) propose un tableau fort pratique qui énumère toute une série de parallèles:

Jérémie et le Deutéronome

Quelles sont les observations que l’on peut faire? Tout d’abord, que certaines parties du Deutéronome et de Jérémie sont issues d’un même milieu théologique, appelé « deutéronomiste ». Ensuite, que ce milieu rapproche formellement Dt 18.18 de Jé 1.7-9, faisant de Moïse le modèle par excellence du prophète et Jérémie le « digne successeur de Moïse » (Thomas Römer, source, p. 422). Comment les rédacteurs deutéronomistes ont-ils compris leur propre expression « du milieu de tes frères »? Faut-il préciser que Jérémie est un israélite, issu de Benjamin (Jé 1.1)? On m’objectera sans doute qu’en Dt 18 il s’agit d’un autre prophète, qui lui, ne sera pas israélite… Oui, bien sûr, un autre prophète comme Jérémie, sauf qu’il ne sera pas israélite, comme Moïse… Il y a de quoi s’embrouiller à nier l’évidence!

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Conclusion

Il n’y a plus aucun doute possible. Non seulement « du milieu de toi » mais aussi « d’entre tes frères », ne peuvent se référer qu’à Israël et à rien d’autre. Dès lors, il est vain de chercher à savoir si Mahomet est oui ou non un prophète comme Moïse. Quant aux « exégètes musulmans affirmant que si ce prophète devait venir d’Israël, il aurait été dit: « du milieu d’Israël » », ce n’est qu’une supposition gratuite et sans fondement. Il n’en est pas fait mention dans Dt 17.15, en ce qui concerne le roi. De plus, on pourrait en dire autant des Ismaélites qui ne sont pas cités dans le texte. Bref. L’interprétation qui est défendue par ces savants musulmans est intenable.

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Annexe 1

Un livre d’apologétique musulmane a attiré mon attention sur le fait que l’on trouve des passages où les Édomites sont qualifiés de frères d’Israël. Par exemple:

Nb 20.14: De Kadès, Moïse envoya des messagers au roi d’Édom, pour lui dire: Ainsi parle ton frère Israël: Tu sais toutes les souffrances que nous avons éprouvées.

Dt 23.7: Tu n’auras point en abomination l’Édomite, car il est ton frère; …

Dt 2.4: Donne cet ordre au peuple: Vous allez passer à la frontière de vos frères, les fils d’Ésaü, qui habitent en Séir. Ils vous craindront; mais soyez bien sur vos gardes.

L’auteur de ce livre, un certain « Dr » Mounquidh Assaquâr, prétend que « d’entre leurs frères » en Dt 18.18 désigne les « cousins germains » des fils d’Israël. « Il est bien connu, écrit-il, que, dans la Torah, le mot “frère” est utilisé pour désigner le “cousin germain”. » (p. 135) Et il invoque les passages que j’ai cité ci-dessus. Il se réfère également au second livre des Chroniques (36.10) où Yoyaqin est appelé frère de Sédécias alors que, dans le passage parallèle du second livre des Rois (24.17), ce dernier est désigné comme l’oncle de Yoyaqin. L’auteur conclut que « le mot frère signifie donc l’oncle et les frères sont les cousins germains » (p. 136).

Ces éléments sont-ils suffisants pour conclure comme le fait cet auteur? Je ne pense pas. Il ne suffit pas d’invoquer quelques passages où les Édomites sont qualifiés de frères d’Israël pour déterminer la portée du mot frère en Dt 18.

♦ D’abord, il ne s’agit pas seulement de déterminer la portée du mot frère, mais celle de toute l’expression « d’entre tes frères ». Or, comme je l’ai développé dans mon exposé, cette même expression est utilisée en Dt 17.15, à propos du roi qui doit régner sur Israël. J’ai clairement démontré que ce roi ne pouvait être qu’un israélite. Il n’est pas étonnant que M. Assaquâr ignore complètement ce passage, car lui seul suffit à miner sa théorie.

♦ Ensuite, l’auteur cite des exemples où les Édomites sont qualifiés de frères d’Israël. Ésaü fut effectivement le frère de Jacob/Israël. Ce qui n’est pas le cas de Ismaël, qui fut le frère d’Isaac. Autrement dit, Ismaël serait l’oncle d’Israël, non son frère. Qu’est-ce que fait l’auteur? Il cite des exemples qui illustrent un rapport de fraternité pour conclure que le mot frère signifie « cousins germains »… Bien sûr, je n’ignore pas que le mot frère peut avoir un sens large et désigner de proches parents, ou même des amis. Néanmoins, le rapprochement que fait l’auteur me paraît faible, et la conclusion forcée.

♦ De plus, comme c’est souvent le cas dans l’apologétique musulmane, l’auteur ne tient aucun compte de la place d’Ismaël et des Ismaélites dans l’histoire d’Israël. C’est ce que j’ai relevé dans la première partie de mon exposé. S’il y a effectivement un rapport de fraternité qui est rappelé entre les fils d’Ésaü et Israël, c’est parce que ces peuples ont eu ponctuellement certains contactes entre eux. Ce qui n’est pas le cas des Ismaélites (je nuance dans l’Annexe 2), qui ne jouent pratiquement aucun rôle dans l’histoire biblique. Il n’y a aucune raison pour que les « frères » d’Israël et les Ismaélites fassent soudainement surface dans le Deutéronome, d’autant plus qu’ils ne sont même pas nommés.

♦ Enfin, en ce qui concerne Yoyaqin et Sédécias, l’argument de l’auteur est faible, et sa conclusion pour le moins précipitée. Les récits bibliques se rapportant à la succession de Josias (2 Rois 23-24; divers passages en Jérémie) montrent clairement que Sédécias est l’oncle de Yoyaqin. Pourquoi le 2e livre des Chroniques en fait son frère? Une explication consiste à faire remarquer que, en 1Ch 3.15-16, le chroniste distingue deux Sédécias, un oncle et un frère de Yoyaqin: 15 Fils de Josias: le premier-né Yohanân, le second Yoyaqim, le troisième Sédécias, le quatrième Shalloum. 16 Fils de Yoyaqim: Yekonya son fils, Sédécias son fils. Il se peut donc que, sur cette base, 2Ch 36.10 ait fait de Sédécias le frère de Yoyaqin. Je ne vois pas pour quelle raison le chroniste, dont le livre des Rois était une des sources principales, aurait changé le mot oncle pour frère. Qu’il ait utilisé « frère » dans un sens générique pour désigner un proche parent me paraît douteux. Cela impliquerait qu’en lisant « oncle » dans sa source, le chroniste s’est dit qu’il allait plutôt mettre « frère », sans que l’on comprenne pourquoi. Par contre, cela s’explique facilement s’il n’avait pas l’information nécessaire pour savoir que Sédécias était l’oncle de Yoyaqin, et non son frère. Il me semble que le genre « chronique » du récit ne plaide pas pour une désignation aussi floue. Ce n’est pas pour rien que le chroniste signale le nom du père ou le nom de la mère de tel ou tel roi, leur relations filiales et fraternelles. Utiliser le mot « frère » dans un sens large n’aurait aucune utilité, bien au contraire, il aurait porté à confusion. Il est significatif que la traduction grecque des Septante de 2Ch 36.10 porte « frère de son père », autrement dit son « oncle ». En conclusion, le mot « frère » dans ce passage est davantage la marque d’un malentendu plutôt que l’exemple avéré d’une utilisation au sens large.

Dans sa démonstration, l’auteur a volontairement gardé le verset 18.15 pour la fin. Pourquoi? Parce que l’expression « du milieu de toi » est bien gênante. Elle implique, en effet, que « d’entre tes frères » s’applique à Israël. Comment l’auteur s’en sort-il? Il affirme que c’est « une déformation volontaire que Moïse n’a pas dite » (p. 147), une « addition qui n’est pas originelle » (p. 148). Comment justifie-t-il cela? Il lui suffit de comparer le passage aux citations qui en sont faites dans le livre des Actes des apôtres, où l’expression « du milieu de toi » n’apparaît pas.

Ac 3.22: Moïse d’abord a dit: Le Seigneur Dieu suscitera pour vous, d’entre vos frères, un prophète tel que moi ; vous l’écouterez en tout ce qu’il vous dira.

Ac 7.37: C’est lui, Moïse, qui a dit aux Israélites: Dieu vous suscitera d’entre vos frères un prophète comme moi.

♦ L’auteur écrit que « les enquêteurs spécialisés dans les études bibliques pensent que c’est une déformation volontaire que Moïse n’a pas dite » (p. 147). Aucun « enquêteur spécialisé », aucune « étude biblique » ne sont mentionnés. Cette affirmation n’a donc aucune valeur.

♦ Pourquoi prétendre d’emblée que c’est le texte hébraïque qui est une « déformation » et non la reprise qui en est faite dans le livre des Actes? L’auteur n’apporte pas la moindre justification. Son but est clair: il faut faire tomber tout ce qui gêne le déroulement de la démonstration. Les citations et allusions de l’Ancien Testament (surtout dans la version des Septante) dans le Nouveau sont souvent modifiées, adaptées au nouveau contexte, etc. C’est normal, habituel. Ceci dit, les textes hébreux et grecs tels que nous les connaissons actuellement ne reflètent sans doute pas exactement les textes tels qu’ils devaient se présenter au Ier siècle de notre ère. Ça aussi, c’est normal.

♦ Ensuite, l’auteur fait complètement fi du contexte narratif dans lequel apparaissent les deux citations. En admettant que le texte cité dans le livre des Actes est le texte original et authentique, cela n’a pas empêché Pierre et Étienne (ou l’auteur qui rédige leurs discours) d’interpréter ce passage en le rapportant à Jésus, lui, l’israélite issu de ses frères!

♦ De plus, même s’il s’agissait d’une glose (l’expression n’apparaît pas dans la Septante), l’auteur n’avance pas les bonnes raisons pour le démontrer (aucune remarque de critique textuelle).

♦ Enfin, éliminer l’expression « du milieu de toi » n’a rien de décisif et ne rend pas l’opinion de l’auteur plus crédible.

Conclusion: Les éléments que fournit l’auteur sont systématiquement conçus comme des occasions pour soutenir une idée de départ plutôt que comme prémisses à la vérification d’une hypothèse convenablement menée.

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Annexe 2

Dans une publication intitulée Mahommed dans les écritures bibliques, Ahmed Deedat cite deux passages qui m’ont échappé où il est question des frères d’Ismaël:

Gn 16.12: Il sera comme un âne sauvage; sa main sera contre tous, et la main de tous sera contre lui; et il habitera en face de tous ses frères.

Gn 25.18: 17 Et voici les années de la vie d’Ismaël: cent trente-sept ans. Il expira et mourut, et il fut recueilli auprès de son peuple. 18 Ses fils habitèrent depuis Havila jusqu’à Schur, qui est en face de l’Égypte, en allant vers l’Assyrie. Il s’établit en présence de tous ses frères.

Qu’est-ce que M. Deedat déduit de cela?

« Si Ismaël et Isaac sont les enfants d’un même père, Abraham, c’est qu’ils sont frères. Et donc, les enfants de l’un sont les frères des enfants de l’autre. Les enfants d’Isaac sont les juifs et les enfants d’Ismaël sont les Arabes, ils sont donc frères les uns des autres. […] Les enfants d’Isaac sont les frères des ismaëlites. »

Il en déduit donc que:

« Les enfants d’Isaac sont les frères des ismaëlites. De même que Mohammed est issu des frères des israëlites car il est un des descendants d’Ismaël, le fils d’Abraham. […] »

Ce que dit M. Deedat est approximatif, puisqu’il met curieusement Jacob (auquel Dieu donnera le nom d’Israël; voir Gn 32.29) de côté, afin de valoriser le couple Isaac/Ismaël, étant donné que le frère de Jacob est Ésaü (Ismaël serait donc l’oncle de Jacob/Israël et non son frère!).

♦ Au-delà de cette première imprécision, il faut dire que M. Deedat se préoccupe davantage d’échafauder des raisonnements que de vraiment lire la Bible. Que fait M. Deedat? Il ne fait que nous présenter un syllogisme: puisque Ismaël et Isaac sont frères, alors leurs descendants le sont aussi, donc Mahomet etc. Cependant, la réalité est que la Bible ne propose pas des syllogismes mais des histoires, et qu’à travers ces histoires il faut bien se rendre à l’évidence que la Bible ne s’intéresse pas aux Ismaélites, mais à Jacob et aux douze tribus d’Israël. Après le livre de la Genèse, Ismaël et les Ismaélites disparaissent de la scène (seules subsistent quelques maigres allusions; voir la première partie de mon exposé). Leur temps dans l’histoire biblique est terminé. Au moment de l’Exode, lors de l’assemblée du peuple d’Israël au Sinaï, lors des 40 années d’errance dans le désert, jusqu’au discours de Moïse dans le Deutéronome, aucune trace des Ismaélites. Ils ne jouent plus aucun rôle, ils font partie du passé. Et je ne parle pas de la période qui va de l’installation en Canaan jusqu’au retour d’Exil, en passant par la royauté.

♦ Pour bien saisir l’invalidité du raisonnement de M. Deedat, on peut établir un parallèle avec les frères de Jésus: bien qu’il ait eu plusieurs frères et sœurs (Mc 6.3; Mt 13.55-56), un seul d’entre eux nous est vraiment connu, à savoir Jacques dit « le frère du Seigneur » (Mc 6.3; Ga 1.19; 1Co 15.7; Ac 15.13; 21.18; Jc 1.1), qui fut une figure marquante de l’Église apostolique. Il serait inutile de chercher les autres frères et soeur de Jésus dans l’histoire du christianisme primitif: ils ne s’y trouvent pas, on ne raconte rien sur eux ni sur ce qu’ils sont devenus. C’est pareil avec Ismaël: il est vain de le rechercher dans le livre du Deutéronome. Il ne s’y trouve pas.

Comment M. Deedat interprète-t-il la prophétie du Deutéronome?

« [L]a prophétie mentionne distinctement que le futur prophète, qui sera comme Moïse doit être issu, non pas d’entre les « enfants d’Israël » ou du « milieu d’eux », mais doit être issu du milieu de leurs frères. Mohammed était donc du milieu de leurs frères!« 

Qu’est-ce que l’on constate?

♦ L’auteur suppose que si le prophète devait venir d’Israël, il aurait été question des « enfants d’Israël ». Ce qui n’est pas justifié. D’autant plus que cela est contredit par Dt 17.15.

♦ L’auteur ignore (?) que l’expression « du milieu de toi » se trouve bien au verset 18.15. Il ne nous dit pas ce qu’il en fait.

♦ M. Deedat s’est focalisé sur le mot « frère » afin de faire correspondre la prophétie à Mahomet. Cependant, il ne s’est pas posé la question de savoir si « du milieu de leurs frères » n’est pas une expression idiomatique qui en hébreu signifie tout simplement « l’un d’entre eux ». C’est ce qui ressort de manière assez claire de Dt 17.15, que M. Deedat ignore ou passe délibérément sous silence. Un exemple d’expression idiomatique se trouve dans le récit de la tour de Babel. Alors que les hommes s’apprêtent à fabriquer des briques, « ils se disent l’un à l’autre: fabriquons… » (Gn 11.3). S’il faut traduire littéralement ce serait: « ils dirent [un] homme vers son compagnon… » La formulation hébraïque est caractéristique et a besoin d’être rendue par une expression équivalente dans la langue de traduction (ou langue « cible »), en l’occurrence le français. C’est ce que fait avec Dt 18.15 la Bible en français courant (éd. 2000): Il vous enverra un prophète comme moi, Moïse, qui sera un membre de votre peuple…

Conclusion générale

Nous avons constaté que les savants et les apologistes musulmans se contentent de quelques considérations d’ordre sémantique (sur le sens du mot frère), et raisonnent par déduction en se référant aux versets bibliques qu’ils jugent aptes à servir la thèse qu’ils veulent démontrer. J’ai souligné la faiblesse de ce genre d’argumentation. En réalité, ni la polysémie du mot frère ni les rapports familiaux d’Ismaël dans la Genèse ne constituent des éléments assez caractéristiques pour permettre de mieux comprendre Dt 18.15 et 18. Par contre, j’ai fait valoir des arguments bien plus logiques et pertinents, tenant compte de l’histoire biblique dans son entièreté et de la place spécifique qu’occupent ses différents acteurs, sans oublier, entre autres, l’apport décisif du verset 17.15, auquel aucun apologète et savant musulman – à ma connaissance – ne semble vouloir se confronter.

(Dernière retouche le 10 septembre 2012)

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39 Commentaires

Publié par le 25 octobre 2009 dans z (Divers)

 

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39 réponses à “Deutéronome 18.15,18 fait-il référence à Mahomet?

  1. pharisien libéré

    5 novembre 2009 at 10:19

    Les citations et allusions de l’Ancien Testament (surtout dans la version des Septante) dans le Nouveau sont souvent modifiées, adaptées au nouveau contexte

    Je n’arrive plus à me souvenir si c’est dans un bouquin de Marguerat (ce serait dans la fin de l’introduction au nouveau testament, là où il étudie la formation du, en fait des canon du NT) ou dans un bouquin de Étienne Nodet o.p. (Ce pourrait-être dans « Le Fils de Dieu », au début, là où il compte les citations de l’ancien testament dans les récits de la passion). Mais l’un de ces 2 auteurs dit que les rédacteurs des évangiles et des actes citent « de mémoire », le livre étant rare. Il en résulte des adaptations, justement comme dans les cas où je prête à Marguerat le propos de Nodet.

    Quant à Ahmed Deedat, j’ai beaucoup de mal à penser qu’un vendeur de meubles, ayant quitté l’école à 14 ans, puisse devenir un « spécialiste de la Bible » (comme le nomme le site « Iraqshop ») en 3 ans, ni qu’il puisse dire des choses aussi définitives sans avoir étudié le grec et/ou l’hébreu. D’après sa biographie officielle, c’est un certain Fairfax (évangélique converti à l’islam) qui lui aurait enseigné la Bible et « comment convertir les chrétiens ».

    On m’aurait dit en 7 ans, j’aurais dit « pourquoi pas ?« , mais en 3 ans, franchement ?

     
  2. Ahmed Esmer

    20 octobre 2010 at 21:44

    Je trouve cet article intéressant. Mais il y a quelques points que je crois qu’il est utile de soulever. D’abord, il y a un parrallèle apparent entre ce passage et un autre passage Biblique où il est dit que le peuple d’Israël a rendu Yahvé Jaloux par des non-dieux (Baal etc.) et que Yahvé va le rendre jaloux par un non-peuple, une nation ignorante. Une prophétie de la bouche de Jacob dit que le sceptre ne quittera pas Juda jusqu’à l’arrivée de Schilloh, or Judas est le fondateur doctrinaire et canonique du judaïsme rabbinique. Par ailleurs, l’idée que le peuple d’Israël peut perdre le privilège de son élection est suggéré dans les Neviim tout le long du Tanak. Dans le Nouveau Testament, Jean-Baptiste dit à ses coreligionnaires : « engences de vipères, ne vous ventez pas d’être les fils d’Abraham, car Dieu peut susciter des enfants à Abraham des pierres que voici« . D’ailleurs, le fait que Moïse parle dans l’assemblée du peuple d’Israël ne signifie pas qu’ils vont garder le privilège de l’élection éternellement, il peut les avertir au contraire d’un changement important : un prophète comme Moïse qui prendra le sceptre de Judas va arriver parmis leurs frères. D’Elie jusqu’à Jérémie, le peuple Juif est critiqué d’avoir altéré les écritures et d’avoir trahi Yahvé par les idoles. Enfin, le Deutéronome ne dit-il pas dans la cantique de Moïse que vers la fin des temps, le peuple subira des souffrances, et que ceux qui plongeront dans leurs coeurs trouveront la vérité ? Cordialement. Esmer.
    ____________
    Ajout du 21 octobre:

    Bonjour, merci de la rapidité de votre intervention, je suis vraiment débordé de travail en ce moment, je vai donc vraiment racourcir ce message. Mille excusez pour ne pas pouvoir mieux préciser mes interventions, mais je suis pris de court.

    Pour votre première question voyez, dans Deutéronome (32,21), il est écrit : (je me réfère toujours à la traduction du rabinnat) : « Eux m’ont irrité par des dieux nuls, m’ont contristé par leurs vaines idoles; et moi je les irriterai par un peuple nul, je les contristerai par une nation indigne. » (Rachi intreprète la nation indigne comme une nation n’ayant pas de réputation, une nation insensée.

    Au sujet de la perte de l’élection, cette menace est évoquée en premier par Moïse, dans Lévitiques (26 ; 13, 46), le peuple courant après d’autres idoles peut être abandonnée. Il ne faut pas abandonner les mistvot. Le Coran accuse en de nombreuses occurences des juifs d’avoir corrompu le shabbat, d’avoir demandé beaucoup de détails et d’avoir fini par ne plus suivre les mitsvoi (dont le nombre a été progressivement réduit).

    En fait, je me suis forumulé de façon inexacte. Les accusations commencent avec Moïse dans les citations supra, dans la scène du veau d’or etc. Au sujet du Coran qui accuse les scribes d’avoir falsifié la Bible pour appuyer qu’ils vont rester élus (alors pourquoi Yahvé les châtie ?) et en éliminer les allusions à Muhammad par des déformations des sens des textes… Jérémie écrivait parielles choses dans, Jérémie (8,8-9) : « Comment pouvez-vous dire: « Nous sommes des sages! Nous sommes en possession de la doctrine de l’Eternel! » Oui, mais le stylet mensonger des scribes en a fait un mensonge! 9 Ils seront couverts de confusion, ces sages. Ils seront pris de terreur, ils seront capturés; aussi bien, ils ont traité avec dédain la parole de l’Eternel: en quoi consiste donc leur sagesse? 10 C’est pourquoi je livrerai leurs femmes à d’autres, leurs champs à des conquérants; car, du plus petit au plus grand, tous sont âpres au gain; du prophète jusqu’au prêtre, tous pratiquent le mensonge. 11 Ils ont bien vite fait de remédier à la ruina de mon peuple en disant: « Paix! Paix! » et il n’y a point de paix. 12 Ils devraient avoir honte de commettre des abominations. » Ceci est un exemple des textes de la Bible qui n’ont pas subis de remodellage. Ou que nous pouvons penser être ainsi, selon les allégations du Coran qui affirme que les israélites ont finalement perdu leur statut de peuple élu à cause de leurs exactions.

    Cependant, je désirerai préciser que selon la tradiction musulmane, un très grand nombre de Juifs s’islamiseront en cherchant au fond de leur coeur dans la fin des temps. Une armée de 100.000 Juifs suivront le Sauveur (Mahdi) depuis Ispahan (Iran) contre l’Antéchrist. Le Mahdi sera de la descendance mâle de Muhammad mais sa mère sera juive. Ce sera le Messie Universel. Jésus l’accompagnera en tant que Messie de la Maison de David. Ainsi, la promesse de Dieu de revenir vers Israël n’est pas vraiment complètement faux, même après voyellisations etc. des manuscrits. Voici enfin, l’interprétation de Rachi du texte Deutéronomique en question (18 :22) : « Ce que déclarera le prophète Lorsqu’il dira : « Voici ce qui vous adviendra ! », et que vous verrez que cela ne se réalisera pas, « cette parole-là est ce que Hachem n’a pas déclaré », et tu le mettras à mort. [Le présent verset] s’applique à celui qui prédit un événement à venir. Mais si quelqu’un vient dire : « Faites ceci ou cela, et c’est sur l’ordre du Saint béni soit-Il que je le dis ! », un autre texte (supra 13, 4) est déjà venu édicter le précepte que si quelqu’un vient te fourvoyer hors de l’une des mitswoth, tu ne l’écouteras pas, à moins qu’il ne soit reconnu comme un juste parfait (Sanhèdrin 89b). Cela a été le cas, par exemple, pour Eliyahou au mont Carmel lorsqu’il a offert des sacrifices sur une bama (« autel individuel ») (I Melakhim 18) à une époque où cela était interdit, cela afin de détourner Israël [de l’idolâtrie] (Yevamoth 90b). Tout dépend des circonstances du moment et de [la nécessité d’élever] une haie protectrice contre une brèche. Voilà pourquoi il est écrit : « “Lui” vous l’écouterez » (verset 15). Un texte des manuscrits la mer Morte (des grottes de Qumrân) stipule, dans « le Manuel de Discipline » : « Seuls les fils d’Aaron décideront des questions de droit et de biens et leurs ordres fixeront le sort qui déterminera les règles des hommes de la communauté. Quant aux biens des hommes saints dont la conduite est parfaite, qu’on ne les mêle point aux biens des hommes de fraude qui n’ont pas purifié leur conduite en se séparant de l’erreur et en agissant sans commettre de faute. Et qu’eux-mêmes ne s’éloignent d’aucun conseil de la loi pour marcher dans l’obstination de leur cœur , mais qu’ils jugent d’après les premiers préceptes par lesquels les hommes de la communauté ont été d’abord disciplinés jusqu’à ce que viennent un prophète et les messies d’Aaron et d’Israël. » (Les Manuscrits de la Mer Morte, p. 345).

    להתברך
    Esmer.

    Enfin, je voudrais en attendant votre réponse, préciser la source exacte vers les Ménuscrits cités au sujet du Prophète et des deux Messies : « Les manuscrits de la Mer Morte », Millar Burrows, traduit vers le français par M. Glotz et M.T. Frank. éditions Robert Laffont, Paris (1970), p. 345. Et ajouter un point qui m’a échappé dans la première rédaction. Il est bien écrit « d’entre tes frères, du milieu de toi ». Cela est très intriguant, car Mahomet a été annoncé par les rabbins Juifs de Yathrib selon la tradition musulmane (ibn Kathir, As-Sîra, éditions Universel ; p.142-143. Paris, (2007). ISBN 2-911546-59-8.). Ils s’attendaient à ce qu’il fuit chez eux dans la future Médine, ibn Kathir évoque la rougeur dans les yeux, l’âne et les habits lavés dans le vin d’après un érudit Quraïdite de façon manifestement déformée. En fait, les Arabes de Yathrib étaient géographiquement et démographiquement encerclés par les communautés juives, y compris dans la banlieue de Yathrib-même. La mère du prophète Arabe était elle-même originaire de Yathrib, et les mariage inter-ethnique y étaient courrants (Montgommery Watt, « Muhammad at Madina », pp.192 et suite.). Mahomed avait d’ailleurs selon les chroniqueurs des cousins germains de mères Juives par son grand-père qui avait dit-on épousé une Juive de Khaybar. Donc, Muhammad est arrivé « au milieu d’eux », d’entre leurs frères en Abraham.

    Cordialement.
    Esmer.

     
    • exégèse et théologie

      20 octobre 2010 at 23:33

      Bonjour Esmer,

      J’ai unifié vos interventions et mis vos citations en gras pour clarifier votre propos.
      J’ai lu votre commentaire avec attention. Vu que j’ai également un emploi du temps assez chargé, je ne pourrais pas vous répondre en détail. D’autant plus que vous soulevez des questions dont le traitement pourrait constituer un dossier à part (p. ex. la question de l’élection). Dernière précision: je recours à l’hébreu qu’en cas de nécessité (p. ex. sur Jérémie 8.8,9).
      _____________________

      1. Vous parlez de l’idolâtrie dont s’est rendu coupable Israël de même que des menaces divines proférées à son encontre. Votre première référence (Dt 32.21) est exacte, mais la seconde (Lv 26.14-46) ne laisse pas entendre que Dieu abandonne totalement son peuple (vous parlez de « perte de l’élection »). Au contraire, lisez les versets 42, 44 et 45 (TOB):

      42 Je me souviendrai de mon alliance avec Jacob, je me souviendrai aussi de mon alliance avec Isaac, et aussi de mon alliance avec Abraham; je me souviendrai du pays.
      […] 44 même alors, quand ils seront dans le pays de leurs ennemis, je ne les aurai pas rejetés ni pris en aversion au point de les exterminer et de rompre mon alliance avec eux, car c’est moi, le SEIGNEUR, leur Dieu. 45 Je me souviendrai, en leur faveur, de l’alliance conclue avec leurs aïeux que j’ai fait sortir du pays d’Égypte sous les yeux des nations, afin que pour eux je sois Dieu, moi, le SEIGNEUR.»

      Vous voyez que le non-abandon d’Israël (ou son élection) est pratiquement garanti par l’alliance conclue par Dieu avec Abraham-Isaac-Jacob, de même qu’avec la génération qui fut délivrée d’Égypte. Malgré tout, Dieu demeure fidèle envers son peuple.

      Ensuite, ce que l’on rencontre effectivement chez les Prophètes (Neviim), ce sont des menaces et des jugements divins. Cependant, il faut les comprendre dans leur contexte global. C’est-à-dire qu’aux menaces et aux sanctions correspondent des promesses de rétablissement et de bonheur (p. ex. la théologie du « reste d’Israël » en Ésaïe; voir p. ex. 11.1 à 12.6; voir également dans le même livre les chapitres 25 à 27 et 40 à 55; en Jérémie, voir p. ex. les chapitres 30 à 33 où il est question d’une restauration et d’une « nouvelle alliance » avec Israël; etc.). Aussi dures que soient les paroles des Prophètes contre Israël, Dieu demeure malgré tout fidèle et promet une restauration.

      2. Maintenant, sur le cas précis de Dt 32.21, il me semble qu’il s’agit d’abord d’une figure de style (également pour la citation de Jean-Baptiste au ton hyperbolique), où à la vanité des idoles offensant Dieu répond la vanité du peuple censé offenser Israël. Il y a un parallélisme clair, le style est poétique: il s’agit d’un chant. Ensuite, comme cela est mainte fois illustré chez les Prophètes, on peut supposer que cette rivalité entre Israël et la nation « folle » ou « insensée » est un rapport d’opposition guerrière et d’invasion. C’est un thème bien connu dans la Bible: Dieu « se sert » des autres nations pour châtier son propre peuple. Bref. Il me semble forcé de déduire de ce passage l’avènement de l’islam, si telle est votre intention. J’opposerais le même scepticisme, pour les mêmes raisons, à la référence que vous faites à Gn 49.10. Je n’ai pas l’occasion d’en faire une étude poussée, mais une note de la TOB indique qu’une partie du verset est obscure, et c’est bien l’impression que j’en ai eu. En tout cas, il me paraîtrait également malavisé de tirer profit de l’obscurité du texte pour y greffer je ne sais quelle théorie. Enfin, vous dites que « Judas est le fondateur doctrinaire et canonique du judaïsme rabbinique ». Mais le Juda dont il est question en Gn 49.10 est la tribu de Juda dont est issue la lignée royale davidique, non Juda Hanassi auquel vous faites référence.

      3. Ensuite, à propos de Jérémie 8.8-9 (vous allez jusqu’au v. 12). Vous conviendrez qu’il y a un « certain » écart (c’est un euphémisme) entre des scribes qui « falsifient la Bible » et le verset 8, parce que c’est bien ce dernier qui vous permet de faire le lien avec la théorie de la falsification. S’il s’agissait réellement de la falsification de la Bible, comment expliquer qu’un seul passage biblique y fasse référence? Vous allez peut-être me dire: « c’est parce que la Bible est falsifiée, sauf certains passages dont Jérémie 8.8-9. » Sans compter que la théorie de la falsification demeure une pure supposition, que faites-vous de toutes les graves accusations portées par les Prophètes contre Israël, qui laissent au contraire entendre qu’Israël, loin de rejeter la critique ou de donner une image fantasmée de lui-même, l’accepte et la transmet au travers de la Bible? Ce n’est pas cela que j’appellerais falsifier la Bible! Pour moi, il est clair que passer de ce verset à la théorie de la falsification c’est opérer une généralisation abusive. Car non seulement ce passage de Jérémie fait référence à un contexte donné et un groupe de scribes donnés (et non à tous les scribes de tous les temps), mais en plus il n’y est nullement précisé quels textes auraient été modifiés ni dans quel sens. Il n’est même pas établi que la référence implicite est le texte biblique! Il est tout à fait possible que ce qu’écrivent ces scribes avec leurs « stylets mensongers » n’est pas la « Loi » elle-même mais un écrit qui contredit cette « Loi » (voir És 10.1; de même que la note p de la TOB p. 947). En effet, c’est ce que le passage laisse entendre quand l’on voit les sages s’exclamer que la loi du Seigneur est avec eux (l’hébreu dit littéralement « avec nous », v. 8). En d’autres termes, ils n’ont pas l’intention de toucher à cette loi, mais elle est avec eux, pensent-ils, dans leurs entreprises frauduleuses. De plus, il est bien dit qu’ils ont rejeté, méprisé la parole du Seigneur, non qu’ils l’on falsifiée ou changée (v.9). Enfin, toutes les précisions que vous apportez, comme quoi la falsification concernerait des passages faisant allusion à Muhammad ou à l’élection déchue d’Israël, sont simplement projetées sur le texte qui n’en fait guère allusion. Comme pour les passages précédents, je ne peux que constater et déplorer que vous fondez nombre d’éléments sur de bien maigres prémisses; ou, pour le dire avec humour, c’est un arbre robuste et fier que vous entendez greffer sur une brindille!

      4. Vous citez enfin un passage du « Manuel de discipline ». Vous n’êtes pas sans savoir que la communauté à la source de cet écrit, entre autres écrits, entretenait sa propre vision du monde, développant un scénario eschatologique particulier. Ils avaient une éthique religieuse, une doctrine particulière, etc. Maintenant, vous citez un passage d’un de leurs écrits tiré hors de son contexte, et on sait à peine ce qu’il signifie. Vous ajoutez un commentaire de Rachi. De plus, vous mêlez des croyances issues de la tradition islamique ou d’une de ses composantes. Cette manière de procéder par touches hétéroclites me paraît fort nébuleuse! Je n’ai pas d’autre commentaire à faire à ce sujet.
      _____________________

      Votre commentaire est sérieux et argumenté. Il contribue à la qualité que je souhaite pour mon blog. J’ai toutefois l’impression que vous avez un peu évité le thème précis de mon article, pour faire un grand détour du côté de Jérémie, Rachi, Qumrân… Je me permettrais donc de vous poser la question: pensez-vous vraiment que les passages de Dt 18 que j’ai analysé puissent s’appliquer à Muhammad?

       
      • Ahmed Esmer

        22 octobre 2010 at 00:12

        Bonjour. En fait, je crois en effet que ce passage du Deutéronome s’applique à Muhammad. Comme je l’ai écrit plus haut en citant le rôle des scribes sur la déformation textuelle du Tanakh, je crois aussi après une étude comparée intra-biblique et entre Bibles différentes que les écritures ont subies des altérations. Je n’ai pas une idée très précise sur la part du volontaire, de l’inconscient ou de la malveillance à l’origine des ces incohérences au sein des écritures saintes. En revenche le fait de trouver en tout et pour tout une seule occurence traitant de cette question ne peut se comprendre que par …nous. Une personne étrangère à la culture Juive voit la lettre, alors que nous y voyons les schémas mentaux. Mais je ne peux que souligner qu’il est scientifiquement impossible d’affirmer que la Bible dans sa forme actuelle n’aurait pas déformée les enseignements des prophètes.

        Par ailleurs, je ne crois pas que les enseignements des prophètes seraient des mots formulés par Dieu phonétiquement et grammaticalement. Chaque prophète devait avoir sa propre réceptivité, et notre sensibilité personnelle peut orienter leurs représentation sémantico-cognitives lors de la révélation. Il a existé des prophètes qui ont pu annoncer des prophéties concurrentes. C’est pour cela que j’ai dit, et je suis fort conscient que cette grille de lecture n’est évidement pas celle de nos coreligionnaires. Je ne cros pas que la forme prime sur le fond, l’idée fondatrice étant comme enseignée par Jésus :  » Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton coeur, de toute ton âme. » La midrachisation a conduit à l’augmentation du corpus des écritures saintes, des commentaires se sont infiltrées dans le corpus du texte. Comme vous le dites, si nous devions faire le tours du sujet plus que millénaire, il faudrait des dizaines de dossiers traitant d’autant de thèmes complémentaires.

        En fait, comme je l’ai écrit, je ne crois pas que notre peuple sera abandonné. Dieu reviendra vers les Juifs sincères ( » Suivez votre engagement, je suivrai le mien « ), par l’entremise du Messie, je dirais même presque en le Messie. Lorsque Dieu noya le peuple de Noé, il sélectionna bien peu d’hommes. Mais Il est revenu vers nous… Ainsi, la suite des versets que vous citez ne contrevient pas au fait que l’élection a été perdue en cours de route. L’alliance est éternelle pour tout Juif qui revient à Dieu. Et vous n’êtes pas sans savoir que les mitsvot appliquées par nos frères, ne dépassent pas les mitsvots appliquées par les musulmans.

        Vous avez raison, je pensais à une chose et ai écrit autre chose, en fait Judas le partiarche est l’ancêtre de tous les rois de la lignée de la maison de David, par Perets. D’ailleurs, cela me rappelle un autre point qui m’a autrefois fort interpellé. Dans la Genèse nous lisons que douze rois seront issus d’Ismaël. Qui se recoupe encore de façon émouvante avec le passage (oui obscur) évoquant le Pacificateur (Islam ?). Je vous remercie de m’avoir consacré de votre temps, ainsi que vos travaux interressants sur Exégèse et Théologie.

        Je vous salue fraternellement

        Esmer.

         
  3. exégèse et théologie

    22 octobre 2010 at 12:27

    Bonjour Esmer,

    Je n’ai aucune raison de douter de la sincérité de votre démarche. Votre dernière réponse se situe dans un registre affectif et sur le plan de la croyance. Vous pensez bien que je n’ai rien à répondre à cela. Vous avez votre conception des choses, votre approche de la Bible que vous lisez à travers le filtre coranique. Cependant, je trouve un peu facile de dire que je ne peux pas comprendre parce qu’étranger à la culture juive, ce qui n’est peut-être pas votre cas. Cela ne peut avoir valeur d’argument. Aussi, je suis quelque peu surpris par votre dernier message qui a le ton du témoignage plutôt que celui du débat d’idées. Cela dit, j’aimerais toutefois répondre à certaines de vos remarques.

    Vous écrivez qu’« il est scientifiquement impossible d’affirmer que la Bible dans sa forme actuelle n’aurait pas déformé les enseignements des prophètes ». Je vous réponds que le contraire se vaut aussi, à savoir que rien ne permet d’affirmer que l’enseignement des prophètes a été déformé. Cependant, vous prétendez que « les écritures ont subi des altérations » en avançant le « rôle des scribes sur la déformation textuelle du Tanakh » et l’« étude comparée intra-biblique et entre Bibles différentes » que vous avez faite. Sur le rôle des scribes, je vous ai montré que votre raisonnement ne tient pas, que le passage de Jérémie que vous avez cité ne veut pas dire ce que vous lui faites dire en opérant une généralisation. Vous n’y avez pas répondu. Ensuite, je suis curieux de connaître la teneur de vos études bibliques qui vous ont convaincu que la Bible actuelle est altérée ou falsifiée. Donnez-moi des exemples que je puisse comprendre. Dans la même logique, vous écrivez que la « midrachisation a conduit à l’augmentation du corpus des écritures saintes, des commentaires se sont infiltrées dans le corpus du texte ». De quoi parlez-vous? Pourriez-vous donner des exemples?

    Enfin, pour revenir au sujet de l’article, vous me dites croire que Dt 18 fait référence à Muhammad. J’ai commencé mon message par dire que je ne peux discuter une croyance. Permettez-moi toutefois de vous rappeler que j’ai écrit un article à ce sujet et que vous n’avez pas répondu aux objections que j’ai soulevées, objections qui m’ont amené à conclure qu’il est impossible de prétendre que Dt 18 puisse faire référence à Muhammad. Qu’auriez-vous à y répondre?

    Pardonnez-moi de solliciter à nouveau votre contribution, mais c’est vous qui alimentez ma curiosité par certaines de vos affirmations. Vous êtes bien sûr libre de ne pas poursuivre ce débat.

    Cordialement

     
  4. Ahmed Esmer

    23 octobre 2010 at 00:37

    Salut. En fait, une étude analytique et critique de la la Bible me conduit à penser que celle-ci n’est pas ou plus sous sa forme originelle. Il faut conduire cette étude systématique en trois étapes.

    Critique intra-Biblique : comparaison des versets d’une version disponible les unes avec les autres. Inter-Biblique : compraison de versions distinctes entre-elles. Et extra-Biblique : par rapport aux connaissances positives de type hystoriographique, archéologique ou anthropologique etc.

    Je ne vai pas pouvoir produire le détail de toutes mes conclusions critiques sur une page consacrée sur votre site, faute de place et de disponibilité. Je vai donc exemplifier pour montrer ce qui semble émerger après une approche critique.

    Approche intra-Biblique :

    1) La fin du Deutéronome explique le décès de Moïse à la troisième personne, il précise qu’après lui aucun prophète aussi grand n’est venu. Cela est donc écrit dans le futur par rapport à Moïse. Il s’agit d’un commentaire d’un scribe qui s’est ajouté dans le Deutéronome, le livre de la loi le plus inviolable. Dans Deutéronome (Dt. 3,14) on lit de la plume de Moïse parle de l’établissement des tribus en Palestine après sa mort, et ajoute que le nom de Jaïr a été conservé jusqu’à ce jour. Il s’agit donc d’une autre interpolation. D’ailleurs dans les Nombres (Nb. 32,41) on lit que Jaïr donna son nom à cette ville.

    2) Le récit de la création de la Genèse présente deux versions distinctes : (Gn. 1,1-2,3 ou Gn. 2,4-25), le récit du Déluge y est présenté en deux version présentant des différences palpables (Gn. 6,5 à 9,17) entremêlées entre-elles. La généalogie depuis Adam présente deux séries concurrentes : (Gn. 4,17-26), (Gn.5,1-28).

    Ces points émergent de façon évidente, or, rien ne permet de s’avancer sur le fait que d’autres transformations plus profondes n’ont pas été apportées (j’y reviens plus loin).

    Approche iter-Biblique :

    1) Dans Genèse (35,22), il y a une différence entre la version en hébreu et la version en grec : la version en grec présente un passage en plus qui dit « et ce fut mauvais à ses yeux ».

    2) Genèse (4,8) présente deux variantes différentes, la version hébraïque dit « Et Cain parla à Abel, et quand ils furent dans les champs », or dans la version commune Samaritaine, Grecque, syriaque et la Vulgate nous lisons : « Et Caïn dit à Abel son frère, sortons dans les champs ».

    Approche extra-Biblique :

    1) Israël Finkelstein a fouillé la Palestine jusqu’aux moindres recoins, et rien ne conforte l’invasion massive de la Palestine dans le cadre des textes de la Sainte-Bible. On dirait même que se sont les mêmes personnes qui ont changé de mode de vie sur place.

    2) Les frontières de l’Egypte étaient fortifiées et très solidement gardées à l’époque concernée pour des raisons militaires évidentes, Ramsès II étant en bataille sur tous les fronts. Même le Sinaï grouillait de soldats, le récit d’une évasion de plus d’un demi-million d’hébreux paraît clairement incohérente.

    Pour votre question au sujet de la midrashisation progressive, je vai essayer de condenser les raisonnements qui conduisent à cette conclusion logique. Les avancées en archéologie et la paléographie montrent qu’une écriture hébraïque ou araméenne n’existait pas à l’époque de Moïse. Peut-être que les tables de la loi gravées dans de la pierre ont pu présenter les grandes lignes des commandemants dans une langue sémitique archaïque. Mais un langage aussi sophistiqué que celui du Tanakh ne peut pas sérieusement avoir été mis par écrit dans une écriture connue pour l’époque. L’hébreu ou l’araméen n’existant même pas. Tout témoigne que la Bible a été largement travaillée par les scribes sur plusieurs siècles au moins.

    En fait, il est clair qu’une version orale a précédé la version écrite au moins plusiers siècles. Celle-ci a été couchée par écrit et a évolué progressivement, les interpolations (etc.) dans certains manuscrits et pas d’autres, les textes différents de mêmes récits dans un même chapitre montrent que des variantes orales disctinctes ont été assemblées par souci de ne rien abandonner de la part des scribes. Qui y ont ajouté des interprétations pour expliciter des points obscurs.

    Enfin, et c’est le point le plus essentiel, les techniques de midrash (מדרש) signifie d’un point de vue étymologique et philologique  »exiger » ou  »rechercher ». C’est ce dont le Coran accuse les Juifs qui abandonnent les mitsvoi. Ils ont exigé et recherché sans relâche et ont ensuite réduit progressivement le nombre des mitsvoi. Du texte des tables de la loi, et de récits fragmentaires oraux qui se divisèrent en Torah orale et Torah écrite de façon progressive, ils élaborèrent par des techniques tout à fait admises et canoniques, par midrashisation des récits entiers. A partir d’un mot ils ont établi des dates, à partir de deux mots ils ont reconstitué un récit sur la vie d’Abraham. Selon une étude critique, le Deutéronome a été en grande partie rédigée au VIIe S sous le nom de Livre de la Loi. Le contexte historiographique en est connu. Il s’agit d’une forme  »midrashisée » des tables de la loi, selon la sémantique cognitive hébraïque. A partir de procédés herméneutiques typique. Le meilleur exemple c’est la version en détaillée dans la Mishnah et la Gémara. Ainsi la lutte de Jacob avec Yahvé représente l’oubli d’Israël jusqu’à l’époque de Moïse et est lié au repos shabbatique.

    Pour votre dernière proposition au sujet des objections que je présente par rapport à votre étude critique du passage deutéronomique qui est retenu en islamisme comme une annonce de Muhammad, je vai également me résumer pour ne pas envahir d’avantage votre page aimablement mis à la disposition des personnes inscrites sur Exégèse et Théologie dans le but de partager les savoirs. En fait, la Vérité n’existe pas. La Réalité est un condensé absolu de nuances et de subtilités infinies. L’esprit limité de l’homme lui fait vite croire qu’il a tout compris. Et c’est alors qu’il n’a rien compris. Un proverbe de chez nous dit  »L’homme pense. Dieu rit. »

    En fait, vous avez souligné que le rôle attribué à Ismaël dans la Bible est trop petite, et que l’Alliance c’est faite avec Isaac, son cadet. Ce qui rend cette lecture étrangère à la Bible et tombe comme un cheveu dans la soupe. En second point, vous avez écrit que le récit s’adresse à Israël, et que le Prophète serait issu de son sein. La traduction du Rabbinat rend cela par  »de tes rangs ». En troisième lieu, vous avez souligné que cela a suivi une demande de ce moment, et que le contexte concerne sans doute cette époque, et non un futur très lointain. Votre quatrième argumentation ou analyse disait que le récit présente un parallèle avec Jérémie.

    Voici en bref les quatre objections respectives à ces quatre déductions critiques : 1) J’ai écrit que le sceptre ne quittera pas Judas jusqu’à l’arrivée de Shilloh, et que le même Deutéronome met une nuance multiple sur ce point. a) L’Alliance peut se perdre passagèrement, et être donnée à un peuple ignorant si Israël suit d’autres dieux et abandonne la loi (Muhammad accusera entre autes les Juifs d’avoir abandonné la loi, comme par exemple la lapidation, ok. C’est choquant, et c’est un sujet à part/). Muhammad a dit selon les hadiths considérés sains, que vers la fin des temps la science se perdra, que celui qui témoignera simplement de l’Unicité de Dieu sera sauvé. Il aurait précisé que le Messie va abroger la capitation, et enfin que le Caliphat prophétique ressurgira, mais qu’il y aura dedans du trouble (bukhl). Donc, Jésus sera là pour reconstituer la Loi, et l’adapter à cette brèche. b) La Bible qui parle de la fin du règne de la lignée de David en évoquant le sceptre de Judas leur patriarche deutéronomique, écrit que douze Rois seront issus d’Ismaël. Muhammad aurait dit qu’il y aurait douze Califes Orthodoxes jusqu’à la fin des temps, tous descendants d’Ismaël par Qoraïche. Le douzième étant le Mahdi, le Messie Universel. Meshiah signifie l’idée de Royauté philologiquement. c) Le style biblique nous conduit à penser que ce peuple ignorant qui rend jaloux Israël sera leur conquérant. 2) Le passage s’adresse à Israël sur une demande, mais le fait d’en attendre une réponse à un futur immédiat est votre propre interprétation. Muhammad est un frère des israélites en Abraham, mais également par sa mère qui a vécu dans Yathrib où les tribus Juives et Arabes étaient entremêlées au point qu’il y avait des Juifs dans chaque tribu. Les mariages inter-ethniques faisant qu’ils étaient tous au moins partiellement Juifs. Or, le Judaïsme se transmet également par la mère, autrement Jésus non plus ne serait pas Juif. Et Muhammad leur est arrivé depuis leur milieu, Yathrib étant encerclé du Sud-Est à l’Ouest par les tribus juives pour leur proposer de le suivre. 3) La demande des israélites visait à les guider pour des temps indéfinis, de sorte qu’ils ne se perdent pas. Un changement majeur était forcément plus approprié en une telle circonstance. Prévoir les temps les plus durs avait plus de raison d’être. Le texte ajoute qu’ils vont se demander en eux etc. 4) Le récit est également parrallèle au Coran, qui fait de Muhammad un Prophète comme Moïse. Il est Roi, il communique avec Dieu, il dit de qu’il entend. Ce qu’il dit se réalise.

    Je vous salue fraternellement.

    Esmer

     
    • exégèse et théologie

      23 octobre 2010 at 14:41

      Bonjour Esmer,

      Merci pour votre réponse qui permet de mieux comprendre votre position.

      A. Sur la lecture critique de la Bible. Vous avez exposé quelques éléments de votre approche qui, selon vous, montrent grosso modo que la Bible a été modifiée, qu’elle ne correspond plus à son état originel. À cela je réponds que si les observations que vous avez faites sont exactes, les conclusions que vous en tirez sont erronées. En effet, c’est une chose de comprendre comment la Bible s’est formée à travers le temps, c’en est une autre de prétendre que ce processus est dû à une falsification. Que des gloses soient repérables dans les textes, qu’une certaine hétérogénéité soit inscrite dans ces derniers, n’implique pas nécessairement l’idée de falsification. Les gloses, anachronismes, tensions entre certains récits, etc., tout cela fait partie intégrante des Écritures, en tant qu’écrits produits et inscrits dans le temps et dans une durée. La Bible n’est pas tombée du ciel! C’est pourquoi elle garde en elle la trace de ceux qui l’ont portée et transmise. Il n’y a rien de plus normal.

      Mais vous, à la suite du Coran et de la tradition islamique, y voyez de la falsification. À la différence du Coran, vous essayez de le prouver en faisant appel à une lecture critique et historique (votre approche extra-biblique) de la Bible ; or, le Coran n’a jamais donné de directives à ce sujet. Ensuite, vous parlez de la critique historique de la Bible, mais vous ne dites rien sur la critique historique du Coran. Savez-vous ce que disent les islamologues, les universitaires qui étudient les origines du Coran et de la tradition islamique? Croyez-vous que le Coran soit exempte de ce dont vous reprochez à la Bible? Poursuivons. Vous prenez pour modèle la conception islamique traditionnelle de la révélation coranique qui voit en Muhammad le médiateur passif de la parole divine qui lui est dictée. Or, ceci n’est pas du tout la conception biblique de la révélation ayant conduit à la constitution des Écritures juives et chrétiennes. Mais cela ne vous empêche pas de faire de la dictée coranique un critère censé montrer pourquoi et en quoi la Bible a été falsifiée… Le Coran a fait plus fort que ça, puisqu’il prétend être antérieur à toute autre révélation, que ce soit la Torah ou le prétendument unique évangile alors qu’il y en a quatre. Mais il ne s’agit ici que d’un argument rhétorique qui n’a absolument aucune validité dans le monde réel. Il ne sert qu’à enfermer juifs et chrétiens dans un déni perpétuel, tactique particulièrement odieuse et négatrice de l’autre (il faut lire à ce sujet Daniel Sibony, la 1re partie de son ouvrage Les trois monothéismes). Cela dit, vous ne vous gênez pas pour exploiter à votre convenance des passages bibliques susceptibles d’appuyer votre argumentation. Autrement dit, vous considérez que la Bible est falsifiée, mais vous avez toutefois l’audace de vous en servir quand cela vous arrange! À cela je m’oppose fermement et, la blessure au coeur, j’affirme que c’est profondément injuste et malhonnête. Par ailleurs, l’attitude de l’islam n’est pas différente: accuser les autres de fausseté et d’erreur pour se justifier et faire valoir sa vérité.

      ***

      B. Je vais répondre à vos objections concernant mon article point pas point.

      1. Premièrement, Gn 49.10 est trop obscur pour que vous puissiez tirer quoi que ce soit de ce verset (votre point b). Vous pouvez certes continuer à le faire, mais cela ne représente pas un argument à mes yeux. Gn 17.20 que vous évoquez (où il est question de douze princes ou roitelets, mais en aucun cas de rois) n’implique rien de plus. Muhammad, la tradition islamique ou vous-même aurez beau en tirer ce que vous voudrez, ces passages bibliques n’ont aucun rapport avec l’islam. Deuxièmement, vous écrivez que « l’Alliance peut se perdre passagèrement, et être donnée à un peuple ignorant ». Comme je l’ai précédemment écrit, rien de tel n’émane des textes bibliques que j’ai analysé devant vous: ni une perte de l’alliance, ni le « don » de cette alliance à « un peuple ignorant ». Troisièmement, dans votre point c, vous parlez du peuple conquérant. Très bien. Mais des peuples conquérants il y en a beaucoup dans la Bible. Faire le lien avec l’islam n’avance à rien. Comme je l’ai dit, vous greffez un arbre sur un brin d’herbe.

      2. Dans votre deuxième point, vous évoquez la demande du peuple. Je veux bien tenir compte de votre remarque sur la durée, même si vous ne proposez rien de convaincant. Ensuite, je vous rappelle une donnée importante de mon étude, à savoir que l’expression « d’entre tes frères » de Dt 18 apparaît également en Dt 17.15, où on peut lire (Moïse s’adresse à Israël): « …tu pourras placer un roi à ta tête, celui que le SEIGNEUR, ton Dieu, choisira; tu placeras à ta tête un roi d’entre tes frères; tu ne pourras pas avoir à ta tête un étranger qui ne soit pas ton frère. » Il apparaît clairement que cette même expression ne peut se rapporter qu’à Israël (voir ci-dessus l’application de ces paroles en 1 Samuel 10.17-24). De plus, un roi qui ne serait pas israélite est considéré comme étranger. Vous faites appel à la situation sociale de Muhammad qui n’a rien à voir avec le Deutéronome. Le lien que vous invoquez avec Abraham ne s’inscrit pas davantage dans une logique biblique. Muhammad lui-même serait venu s’installer dans l’Israël ancien qu’il serait considéré comme un étranger! En effet, cela est prévu par la législation israélites; on n’a jamais vu dans la Bible un non-israélite s’installer en Israël sans être considéré comme un étranger! Bref. Je vous pose la question: pourquoi les israélites auraient-ils demandé un médiateur étranger? (N’oubliez pas Dt 17.15 et 1S 10!)

      Les points 3 et 4 n’ajoutent rien d’essentiel à votre argumentation.

      Cordialement

       
  5. Ahmed Esmer

    23 octobre 2010 at 17:51

    Je n’ai pas dis que le Coran était sous sa forme originelle telle qu’elle aurait été dictée par Dieu à Muhammad, ce qui est également faux et inadmissible. Ceci est encore un tout autre sujet. Je n’ai pas non plus envisagé une fraction de seconde de porter un mépris quelconque envers les anciennes écritures, j’ai juste souligné que les tecnhiques de transcriptions et de transmissions ajoutées de méthodes interférentes de type midrashique ont conduit à l’augmentation et aux déformations du texte au fils de siècles de la plume des scribes. Ce qui n’empêche pas que l’entièreté du texte est un patrimoine Juif dans son entité. Cet état de faits ne nous empêche point de continuer de puiser dans cette source infinie pour organiser notre vie en ce jour, y compris au sujet de notre positionnement vis-à-vis de Muhammad. Le Tanakh qui a prédit Nabuchodonozor ne peut pas avoir omis d’annoncer la venue d’un Prophète Arabe monothéiste abrahamique, qui a manifetsement rapporté la loi originelle d’avant sa midrashisation, et abrogé certains points pour collemater la brèche due au fait que les temps et les acceptions socio-culturelles allaient changer de fond en comble… Concernant le verset (Dt. 17,15), qui prédit la venue de douze (נְשִׂיאִם), rendus par douze (נסיך), j’admets que vous ne partagiez pas cette interprétation, autrement vous seriez sans doute convaincu de la véridicité de Muhammad. Etant donné le chambardement dans votre style d’écriture qui témoigne d’une colère (que je respecte et qui me froisse) je crois qu’il est temps d’arrêter de discuter sur ce sujet. Colère et clairvoyance ne faisant pas bon ménage. Je me dois par respect déontologique de vous répondre sur votre lecture d’un autre passage, en Deutéronome (17,15). Mais comment Israël aurait choisi un Roi dans ses rangs quand il était abandonné et dominé par des Romains trinitaires ? Je n’ai pas dit que l’Alliance est passée ailleurs, mais que le peuple d’Israël sera éprouvée pour sa dureté de coeur, et rendu jaloux par un peuple d’ignorants.

    Salutations fraternelles.
    Esmer.

     
    • exégèse et théologie

      23 octobre 2010 at 20:38

      Bonsoir Esmer,

      Tout d’abord, pardonnez-moi si le ton que j’emploie a pu vous blesser. Sur certains points il est vrai je suis direct et franc. Aussi, j’ai exprimé certains préjugés à votre égard, concernant notamment votre conception du Coran. Je tiens compte de vos remarques. Cela dit, je ne sais pas dans quel islam vous vous situez. Pourriez-vous en dire davantage à ce sujet?

      Ensuite, j’espère que vous comprenez que, quand je dis que gloses, récits antagonistes, etc., font partie intégrante de la Bible, j’entends par là que le christianisme (où je me situe) confesse la Bible dans son entièreté comme parole de Dieu, bien que de manière différente de l’islam. Cela veut dire qu’il n’y a pas de distinction entre ce qui serait « originel » de ce qui ne le serait pas. Bien sûr, la critique biblique peut discerner des strates, gloses, etc., mais c’est sur le terrain de la recherche scientifique. Sur le plan de la foi, toute la Bible est reçue comme canonique et inspirée de Dieu. Ce qui est originel dans le christianisme, c’est la révélation de Dieu dans l’histoire, sa révélation aux hommes, sa révélation en Jésus-Christ, non une révélation sous forme de livre quand bien même ce dernier serait « originel ». C’est pourquoi la distinction que vous faites entre un supposé « originel » et les traces rédactionnelles successives n’a aucune pertinence du point de vue chrétien.

      Ensuite, vous dites que rien ne vous empêche de puiser dans la Bible, mais ce que je constate dans le Coran et donc aussi dans l’islam, c’est une déformation des récits, des thèmes et des personnages bibliques (l’Abraham du Coran n’est pas celui de la Bible, pas plus que Jésus ou Noé). Mon souhait est que les musulmans sachent puiser dans la Bible, comme vous dites, mais pour ce qu’elle dit, sans les lunettes coraniques qui en déforment le contenu.

      Concernant Gn 17.20, le terme hébreu signifie bien « princes » (nâsiy) et non « rois » (melekh).

      Concernant votre question sur Dt 17.15, le passage en question ne dit rien sur le contexte de cette élection. Il dit simplement que ce roi doit être israélite.

      Enfin, à propos de l’alliance, vous avez dit qu’elle « peut se perdre passagèrement, et être donnée à un peuple ignorant ». C’est ce que j’ai contesté, à savoir que les textes ne permettent pas de dire que l’alliance « peut se perdre », même passagèrement. Quant à rendre Israël jaloux, c’est possible.

      Cordialement

       
  6. Ahmed Esmer

    24 octobre 2010 at 03:57

    J’ai bien reçu votre mail. Il n’y a pas de mal, c’est simplement que je n’aimes pas que les discussions religieuses prennent des tournures blessantes. Je ne suis pas d’une obédience particulière ou d’une secte. Je me considère autant Boudhiste, Hindouiste, Chrétien ou Musulman que Juif. Le plus important à mes yeux est l’intégrité intellectuelle et morale.

    Concernant la lecture coranique de la Bible, et les divergences de récits entre les deux livres, je crois qu’il n’est pas encore hors contexte de parler sur cette page traitant en fait de la relation du Prophète Muhammad avec le Tanakh. Je vai donc préciser ici, que votre apréhenssion à ce sujet est celui de la plupart des personnes toutes confessions confondues. En fait, comme la Torah ou l’Evangile qui étaient à la base des enseignements oraux, une loi et l’histoire de la Genèse pour le premier, des paraboles et des sagesses pour le second, le Coran était principalement oral du vivant de Muhammad. L’écriture arabe dérivée de l’araméen était très rudimentaire à son époque. Les voyelles ne s’écrivaient pas, et les consonnes (26) étaient transcrits par 13 graphes et c’est tout. Parfois, certaines consonnes étaient différenciées dans des cas prêtant à des confusion importantes à l’aide de points marqués au-dessus ou en dessous d’un signe. Donc, transcrire de façon précise le Coran n’aurait simplement pas été possible pendant des décennies au moins. Des ajouts comme des signes de ponctuation, des arrêts, certaines terminaisons ou les voyelles longues ont été ajoutés au texte au fil des décennies. Lors de la voyellisation, comme le texte sans voyelle se prêtait à différentes lectures possibles, il existait plusieurs lecture du corpus d’Uthman, dont les manuscrits de Sana’a constituent les plus anciens exemplaires. Les récitations les plus fidèles à la langue arabe de Qoraïche, enseignées par les savants les plus réputés furent privilégiées, on en sélectionna jusqu’à 10 officielles. Présentant des nuances qui ne changent pas le sens du texte d’une récitation à l’autre (aucun exemple de contradiction n’est cité que j’ai lue depuis une vingtaine d’années que je m’intéresse au sujet). Des sourates entières, ainsi que des versets rapportés par la tradition témoignent que des extraits entiers dont la densité est inconnue ont été perdues en cours de route de façon claire. Il est donc en l’état scientifiquement impossible de prouver que le texte actuel est complètement fidèle à celui du vivant de Muhammad pour toutes les raisons mentionnées plus haut.

    Cependant, concernant les récits du Coran divergents de la Bible, le Coran affirme rapporter les récits de façon corrigée. Théoriquement parlant, cela n’est pas impossible si l’on accepte que le Coran a pu être révélé par Dieu à Muhammad. Car de un, les plus anciens manuscrits connus de la Bible remontent vers l’époque de Jésus, et de deux, les investigations archéologiques et paléographiques montrent que les récits de la Genèse mentionnés dans le Coran n’ont été mis par écrit que vers le VIIeS avant notre ère. Donc environs cinq siècles après Moïse… En fait, en nous penchant de façon neutre sur ces différences avec l’atirail scientifique moderne, nous pouvons nous faire une idée sur la pertinence du Coran. Par exemple, le Coran n’utilise pas une seule fois le mot hébreu (ibrânî) en arabe. En cela il est conforme à l’archéologie, car ce mot n’existe que dans la Bible… Il utilise le mot Israël, qui est le seul nom trouvé dans des écrits très anciens. Un autre exemple, il ne parle pas d’esclavage en Egypte, au contraire il explique que les israélites adoraient la famille royale divinisée, et que les égyptiens craignaient de se faire dérober leurs terres du temps de Moïse, qui d’ailleurs dit aux israélites qu’ils avaient régné dans le passé en Egypte. En effet, des Rois hébreux ont semble-t-il même régné en Egypte, loin d’une idée d’esclavage. Et l’archéologie confirme qu’à l’époque précédant l’apparition des premiers israélites en Palestine, les frontières de l’Egypte étaient très strictement contrôlées par des forterresses etc. Confirmant qu’ils craignaient les résidents étrangers. Le Coran décrit largement les dieux de Pharaon, sa propre divinité, son bracelet en or, les jardins d’Egypte et dit qu’ils craignaient que les israélites leur dérobe leurs terres. Autant de points confortés par l’archéologie moderne et abscents dans le canon biblique. En outre, le Coran écrit que seul un petit groupe suivi Moïse dans sa fuite, et non un demi-million. Or, cela rend du coup le récit beaucoup plus crédible point de vue historiographique, car un petit groupe d’ouvriers égyptiens a pu fuir l’Egype vers le Sinaï en passant la frontière, à une époque où Pharaon n’aurait pas pu donner l’instruction de bloquer les frontières depuis la capitale. Un autre exemple, lors de leur résidence dans le désert, la Bible raconte que les hébreux auraient fait des plaintes du fait de ne manger que des cailles et de la manne. Or, le Coran rapporte que Moïse leur dit de retourner en Egypte, où ils trouveront des concombres, de l’ail, des oignons, des lentilles. L’ail était en fait distribué gratuitement aux constructeurs de pyramides selon les découvertes archélogiques. Les lentilles servaient d’ingrédient pour la fabrication du pain fayesh. Les concombres et l’oignon –les oignons sont souvent présents dans le livre des morts- étaient cultivés de même le long du Nil. Le fait que ces aliments cités dans le Coran figuraient bien à l’époque de Ramsè II, pharaon de l’exode selon la plupart des spécialistes, en Egypte, malgré que ce passage du voyage des israélites dans le désert est absent dans la Bible nous apparaît encore plus impressionnant quand nous apprenons qu’en citant les plaies d’Egypte la Bible cite les ravages de la grêle sur le blé et l’épeautre. Alors que le blé aura été probablement introduit au plus tôt par les mercenaires grecs lors de leur installation en Egypte vers le VIIe siècle avant Jésus-Christ ; donc cinq sièles trop tard pour conforter la version Biblique. Et les investigations paléographiques convergent pour une rédaction de la Bible vers cette époque précise. De même, la version des plaies du Coran décrit des inondations et des disettes, ainsi que des phénomènes biens connus accompagnant ces catastrophes en Egypte Antique, rien de surnaturel, mais une épreuve terrible pour une Egypte en guerre sur tous les fronts. Le Coran écrit : « Nous avons éprouvé les gens de Pharaon, par des années de disette et par une diminution de fruits afin qu’ils se rappellent. Et quand le bien-être leur vint, ils dirent : ‘Cela nous est dû’, et si un mal les atteignait, ils voyaient en Moïse et en ceux qui étaient avec lui, une mauvaise augure… Et ils dirent : ‘Quel que soit le miracle que tu nous apportes, nous ne croirons pas en toi’. Et Nous avons envoyé sur eux l’inondation, les sauterelles, les poux, les grenouilles et du sang, comme signes explicites. Mais ils s’enflèrent d’orgueil et demeurèrent un peuple criminel. » Un autre point émouvant dans ce récit plus sobre et cohérent, est que le Pharaon était sensé être celui qui faisait pousser les légumes en invoquant les dieux. Les israélites qui demandaient à Moïse de faire pousser des légumes, Moïse leur disait de retourner chez Pharaon.

    Je ne vai pas d’avantage étendre cet exposé critique. Je n’ai à ce jour trouvé aucune trace d’incohérence chronologique précise et évidente dans les récits du Coran en version arabe à ce jour. Un autre exemple de critique est le fammeux récit sur Moïse et l’homme en vert. Or, des études paléographiques récentes ont montré que le récit de Rabbi Johanan avec Eli a été rédigé après les premier récits du Coran accusés de plagiat de ce midrash, et que les différents manuscrits du récit de l’épopée d’Alexandre ont évolué en parrallèle avec le récit de la sourate XVIII du Coran dans la tradition musulmane, sans que le Coran ne parle pour le poisson de résurrection en version en arabe.

    Je ne vai pas d’avantage étendre cet exposé, je crois que cela suffit pour montrer que la question est plus compliquées que cela.

    Salutations fraternelles.
    Esmer.

     
    • exégèse et théologie

      24 octobre 2010 at 13:47

      Bonjour Esmer,

      Merci pour votre long message qui montre de l’intérêt pour ce dialogue. Cet intérêt est partagé. L’intégrité intellectuelle et morale me conviennent très bien comme fondement de ce dialogue!

      Pourquoi réduisez-vous la Torah enseignée oralement à une loi et l’histoire de la Genèse? Même question pour l’Évangile: pourquoi le réduisez-vous à « des paraboles et des sagesses »? D’où tenez-vous ces informations? Quelles sont vos sources?

      Ensuite, vous me parlez de la préhistoire du Coran et rapportez certains éléments. Je ne suis pas très qualifié en la matière. Pourriez-vous également m’indiquer vos sources à ce sujet?

      Enfin, je ne sais pas si le Coran affirme rapporter les récits bibliques de façon corrigée (montrez-moi le ou les passages qui l’affirment), mais je sais que la plupart des musulmans pensent comme cela. Poursuivons. Dans ce long paragraphe votre but est manifestement de montrer que le Coran, contrairement à la Bible, est plus sobre et donc plus crédible dans ses descriptions, qu’il est pertinent parce que conforté par l’archéologie. Tout d’abord, permettez-moi à nouveau de vous demander vos sources sur les sujets que vous traitez. Cela fait partie de l’intégrité intellectuelle que nous professons tous les deux. Ensuite, je pense que vous vous méprenez sur la nature et le but premier des récits bibliques qui n’est pas de faire de l’histoire ni de rapporter des « faits ». Bien sûr qu’il y a des exagérations (les chiffres de l’Exode, comme vous dites, à quoi l’on peut ajouter la « conquête » de Canaan), des récits légendaires (patriarches) et mythiques (Gn 1-11). Mais vous négligez les dimensions théologique et littéraire de la Bible. Pour communiquer leur message, les rédacteurs de la Bible utilisent un langage spécifique, un art de la narration qu’il faut connaître, des modes d’expression qui ne sont pas forcément en accord avec les canons actuels de l’historiographie. Tout cela fait partie de l’humanité des Écritures dont l’objectif n’est pas de transmettre un savoir de type archéologique mais un témoignage de foi qui s’exprime avec les connaissances et les moyens de ceux qui vivaient à l’époque biblique. Si, selon vos dires, le Coran est plus sobre, plus pertinent, plus réaliste, plus en accord avec l’histoire, alors c’est très bien, il servira aux historiens et aux archéologues dont la tâche est de reconstituer le passé. Mais ce n’est pas ainsi que s’est exprimée la foi d’Israël. La tâche des rédacteurs bibliques n’était pas de reconstituer le passé mais de témoigner de leur foi au Dieu vivant avec les connaissances et les moyens dont ils disposaient. C’est pourquoi vouloir « corriger » la Bible c’est de facto courir le danger de la déformer, en déformer autant le contenu que la manière dont elle témoigne. Bien que nos connaissances historiques soient plus étendues et plus précises de nos jours, aucun historien de l’ère biblique, aucun chrétien n’auraient l’idée de corriger la Bible pour la faire correspondre aux faits! C’est que la Bible demeure entièrement vraie et authentique à condition de comprendre comment et en quoi elle est vraie et authentique (ce qui exclut tout réductionnisme historiciste); elle remplit par conséquent son rôle telle qu’elle se présente sans qu’il soit nécessaire d’en corriger quoi que ce soit au niveau historique.
      Sur le rapport entre Bible et histoire, je vous propose de regarder une émission sur le thème de l’histoire d’Israël, avec le spécialiste de l’Ancien Testament Philippe Abadie qui explique ce décalage entre récits et faits. Il a par ailleurs écrit un livre éclairant et très informé sur le rapport entre Bible et histoire: L’histoire d’Israël entre mémoire et relecture.

      Bien que je n’arrive pas à clairement discerner le but profond de votre comparaison, j’ai tenu à mettre certaines choses au point. Vous dites que mon « appréhension à ce sujet est celui de la plupart des personnes toutes confessions confondues », comme s’il s’agissait d’une sorte de préjugé (je peux néanmoins me tromper sur vos intentions). Je vous précise toutefois que cette « appréhension » est dûment attestée dans le Coran et que des études sérieuses le montrent clairement. Je pense, entre autres, aux travaux de Jacques Jomier, dont Dieu et l’homme dans le Coran. De votre côté, vous avez parlé de certains faits. Mais moi je vous parle aussi des personnages du Coran qui ne correspondent pas à ceux de la Bible (Abraham, Noé, Moïse, Jésus…). De nombreux indices montrent qu’ils ont sciemment été construits sur le modèle de Muhammad, non sur la base de ce qu’auraient réellement été ces personnages dans le passé. Jomier l’explique très bien; je peux vous fournir plus de précisions si vous le souhaitez (mais pour ça, il faut que je me replonge un peu dans son livre).

      Je peux bien sûr vous signaler mes propres sources à votre demande.

      Cordialement

       
  7. Ahmed Esmer

    24 octobre 2010 at 22:15

    Etant donné que vous me proposez de disposer de plus de place pour des sujets connexes au sein d’un article traitant d’un sujet un peu plus précis, je vai essayer de condenser les points soulevés. Dès que vous estimez que je déborde du sujet, il vous suffira de me le dire.

    Vous soulevez en fait plusieurs questions parfaitement bien formulées et légitimes sur mes dernières interventions. Je vai donc organiser mes présicions pour un mieux pour ne pas m’étaler exagérément.

    Au sujet de l’historique de la mise par écrit et la finalisation du Coran, je peux vous insiter à lire le ‘Dictionnaire du Coran’ des éditions Robert Laffont, ou ‘Results of contemporary research on the Qur’ān’ de Manfred Kropp.

    En fait, en tant que personne d’origine Juive (ethniquement et religieusement) je ne peux que vous répondre au sujet de votre interrogation au sujet de la grille de lecture du Tanakh, en citant une des explications les plus claires à ce sujet. Dans la Bible dévoilée (Israel Finkelstein et Neil Asher Silberman) page 29, on lit « Pendant des siècles, aux yeux ds lecteurs, l’inspiration divine et la véracité historique de la Bible ne faisaient pas l’ombre d’un doute : Dieu en personne avait dicté les Ecritures à un certain nombre de sages, de prophètes et de grands prêtres israélites. Pour les autorités religieuses au pouvoir, qu’elles fussent juives ou chrétiennes, Moïse était l’auteur du Pentateuque : selon le Deutéronome, le Prophète l’avait écrit de sa propre main peu de temps avant sa mort sur le mont Nébo. Les livres de Josué, des Juges et de Samuel étaient des archives sacrées recueillies et conservées par le vénérable prophète Jérémie. Dans la même veine, David était l’auteur des Psaumes, et Salomon celui des Proverbes et du Cantique des cantiques. Pourtant, à l’aube de l’ère moderne, au XVIIe siècle, les érudits qui se consacraient à l’étude détaillée, littéraire ou linguistique, de la Bible, s’aperçurent que les choses n’étaient pas aussi simples qu’elles paraissaient. Appliqué à l’examen des textes des Saintes Ecritures, le pouvoir de la raison soulevait de fort troublantes questions sur l’exactitude de la Bible. »

    Le Coran contient plusieurs critiques vis-à-vis des Anciennes Ecritures. On peut résumer en plusieurs points, il affirme que les anciens ont écrit des choses ne venant pas de Dieu qu’ils ont attribué à Dieu (Cor. 2,79), qu’ils ont exigé et recherché sans relâche au sujet de la loi et finit par abandonner les lois obtenues par cette voie (Cor. 5, 102), (Cor. 2,286), il dit qu’il rapporte une partie de ce qui a été oublié (Cor. 5,13), tranche au sujet d’une partie des points de divergences (Cor. 2, 19 et 213), (Cor. 3,105), (Cor. 3,29) et écrit que les mots ont été détrounés de leurs sens (Cor. 2,75), (Cor. 5,13 et 41). Si l’on s’applique à prendre ces points d’un point de vue strictement neutre et scientifique, on peut affirmer en tout cas, que selon les investigations modernes, il existe différents textes de courrants divers entremêlés, en l’absence de voyelles, le sens est tiré dans un sens ou dans l’autre. Les récits Yahvistes (J), Elohistes (E), Sacerdotals (P) et ce que les spécialistes ont signalés comme des retouches (R) pour tenter d’uniformiser la présentation stylistique. Ce qui tend à confirmer des divergences de lecture, des réécritures, des ajouts, et des retouches soutenues par le Coran. Nous avons vus plus haut que la midrashisation (le fait d’exiger et rechercher des codes cachés dans le texte hébreu pour en ressortir des points nouveaux encodés dans le corpus du texte émanant d’un esprit supérieur), qui a conduit à détailler de plus en plus les projets de lois (le nombre et les applications de mitsvoi). C’est ainsi que j’ai cité la parole de Jérémie au sujet de la plume des scribes, à une époque où la mise par écrit avait semble-t-il débuté, et qui sera assimilé et plus remis en question dans le futur, une fois ce travail accepté. Car c’est vers son époque que ce travail sur des récits oraux a été opéré, avec une mise par écrit des récits historiques et juridiques dont une partie a été oublié selon le Coran. Plusieurs occurences de la Bible actuelle font allusion à des livres indisponibles en ce jour, voici plusieurs exemples ; dans (Nombres ; 21 : 14), on lit : « Aussi est-il écrit dans le Livre des guerres de Yahvé : Vaheb près de Supha et le torrent d’Arnon et la pente du ravin etc. ». (Le ‘Livre des guerres de Yahvé’ est oublié, contenait-il des passages repis dans le Coran ?) Autre exemple : Le ‘Livre de Jaschar’ : (Josué ; 10 : 13) & (2Samuel ; 1 : 18). ‘Les Mille cinq Proverbes et chants de Salomon sur les créatures’. : (1 Rois ; 4 : 32-33). ‘Les Paroles de Nathan’ : (2 Chroniques ; 9 : 29). ‘L’Histoire d’Ozias’ : (2 Chroniques ; 26 : 22). ‘L’Histoire d’Ezéchias’ & ‘Les Actes d’Ezéchias’ : (2 Chroniques ; 32 : 32). ‘Chants sur Josias’ : (2 Chroniques ; 35 : 25). Le ‘Livre des signes du temps’ : (Néhémie ; 12 : 23). Le Nouveau Testament évoque également certaines prophéties en référence aux anciennes écritures qui y sont introuvables, voici les exemples qu’il cite : (Epitre de Saint Jude : 9, 14) ; (Hébreux ; 12 : 21) ; (2 Timothée ; 3 : 8) ; (Actes ; 7 : 22-28) : « David n’est pas monté aux cieux, et a dit lui-même : ‘Le Seigneur a dit à mon Seigneur, siège à ma droite, jusqu’à ce que j’ai fait de tes ennemis un escabeau pour tes pieds.’ » etc.

    Pour terminer, au sujet le la version originale de la Torah et le l’Evangile, la Torah est à l’origine -comme expliqué par deux spécialistes cités en début de ma réponse- un ouvrage oral traitant de l’histoire du peuple d’Israël qui vise à l’insiter à ne pas abandonner sa foi et sa loi, quant à l’Evangile, il est en résumé l’ensemble des enseignements oraux de Jésus (paraboles et sagesses), et aussi il est exact l’ensemble de ses miracles et actes thaumaturgiques compilés par différents auteurs en plusieurs versions sur plusieurs siècles (2 Chrorinthiens, 11 ; 1-4).

    Je voudrais ajouter que je suis d’accord sur la fonction essentielle de la Bible comme ouvrage avant tout théologique. D’ailleurs, la grille de lecture des éctitures saintes, Coran inclus, a de nombreuses dimensions. Les Livres Sacrés ne sont pas des manuels d’histoire. Ainsi, vous avez évidement raison, les personnages de Noé, Abraham ou Moïse sont mentionnés à Muhammad par inspiration pour que lui aussi en tire des exemples pour lui-même. Mais les récits faits sur ceux-ci dans le Coran (si on n’y ajoute pas des détails réfutables figurant dans les anciennes écritures et quand ont tient compte des détails supplémentaires apportés par Muhammad), semblent permettre de réhabiliter ces personnages bibliques comme ayant pu exister dans le passé vraiment. Le fait que les Juifs et Chrétiens modernes ont appris depuis quelques siècles à se contenter de la lecture au second degré de ces récits bibliques et élagué la partie historiographique pour des raisons mentionnées plus haut, n’empêche pas que la version du Coran semble compatible (pas forcément établi comme étant démontré en tous points) avec les données archéologiques, j’ai donné quelques exemples dans mon message précédant. J’ai un profond respect pour toute personne s’appliquant avec foi au décryptage des Saintes Ecritures. Je comprends parfaitement que la Sainte Bible est un ouvrage sacré d’une puissance innouïe. Elle est le fruit de plus d’un millénaire de méditations et inspirations. Je ne doute pas de ce que la Kabbale a permis de décrypter des codes cachés dans celle-ci à des spécialistes purs pour le dévellopper. Ni la lecture plein d’amour et de compassion des saints chrétiens à partir des même textes. Cette mosaïque est pour moi un bonheur indescriptible. Car avant toute chose c’est l’Amour de Dieu qui est le noeud de cette affection profonde. Je ne doute pas que vous aussi ressentez l’oeuvre de Dieu en vous-même. Je ne crois pas comme je l’ai déjà écrit plus haut que les prophètes ont reçus des messages strictement vocaux. Chacun de nous a aussi sa part de révélations, il suffit d’avoir cet amour pour Dieu et pour l’humanité en nous.

    Je sais que cette approche n’est pas strictement neutre. Mais elle fait partie de ce que j’estime nécessaire pour une intégrité intellectuelle compatible avec la foi.

    Je vous salue fraternellement.
    Esmer.

     
    • exégèse et théologie

      25 octobre 2010 at 18:50

      Bonjour Esmer,

      Je vais d’abord commencer par les sujets secondaires. Vos sources sur l’histoire du Coran sont sérieuses, et je m’en réjouis.

      Sur « la version originale de la Torah », j’avais pensé que vous la réduisiez à la Genèse étant donné que vous aviez écrit « une loi et l’histoire de la Genèse ». Comme ce n’est manifestement pas le cas dans votre dernier message, je pense que le malentendu est levé.

      À propos de l’Évangile, s’il contient effectivement des enseignements de sagesse, des paraboles et des actes miraculeux, il n’est pas que cela. Dès le début de la proclamation de l’Évangile, un accent était porté sur la mort et la résurrection de Jésus, ce que les évangiles écrits ont plus tard mis en scène dans les récits de la Passion (pour plus de précisions, voyez le livre de Vittorio Fusco: Les premières communautés chrétiennes. Traditions et tendances dans le christianisme des origines). Autrement dit, ce n’est pas seulement les paroles et les actes de Jésus qui importent, mais également sa personne, ce qu’il a vécu, sa mort et sa résurrection. Enfin, je vous précise que les évangiles ne se sont pas rédigés sur plusieurs siècles, mais sur quelques décennies (je ne comprends pas le sens de votre référence à 2 Corinthiens 11.1-4). Si vous voulez une excellente source de renseignements sur la Bible, il existe un Dictionnaire encyclopédique de la Bible disponible à cette adresse: http://www.knowhowsphere.net/sr.asp?Init=1
      _____________________

      Concernant la citation de Finkelstein, il décrit bien le fait que durant des siècles c’est une vision traditionnelle qui a dominé. L’essor des sciences humaines dont l’histoire et l’archéologie allait inévitablement apporter un autre éclairage sur la Bible. Un même processus est en marche avec le Coran, bien que difficilement.

      À propos des critiques du Coran à l’encontre de la Bible. Il y a une chose qui doit être clairement dite. C’est que vous et moi ne donnons pas un même statut au Coran. Que le Coran critique la Bible et l’attitude des juifs, c’est une chose tout à fait légitime. Mais de mon côté, il ne s’agit que d’un point de vue, celui de l’islam naissant, non une vérité divine qu’il faudrait forcément croire parce que révélée et consignée dans le Coran. Cela ne vaut pas seulement pour les critiques que vous rapportez, mais pour l’ensemble du Coran qui contient une conception particulière du passé biblique, qu’il réinterprète selon les croyances de l’islam. Les recherches historiques en islamologie montrent que le ou les auteurs du Coran ont puisé dans certaines parties de la Bible, dans des écrits apocryphes (p. ex. sur l’enfance de Marie) mais aussi dans la tradition juive (p. ex. l’histoire d’Abraham et des idoles). Autrement dit, le Coran accède au passé biblique grâce à la Bible elle-même, non en fonction d’une connaissance « surnaturelle » ou divine du passé. C’est pourquoi on ne peut dire que le Coran corrige la Bible, mais qu’il expose une autre vision, sa propre vision du passé. Il ne donne pas de nouvelles informations sur ce qu’auraient dit ou fait Moïse, Abraham, Jésus, etc., mais construit ces personnages selon le point de vue musulman. Qu’Abraham ait bâtit la Kaaba ou que Jésus ait prédit la venue de Muhammad, ce ne sont pas des informations historiques mais des constructions théologiques et littéraires, comme il en existe dans la Bible. Cela ne correspond évidemment pas à ce que croient la plupart des musulmans et ce qu’enseigne l’islam traditionnel. Mais ce qu’écrit Finkelstein sur la Bible dans la citation que vous avez faite, vaut également pour le Coran et l’islam qui sont actuellement toujours dominés par une vision traditionnelle des choses. Voilà donc une mise au point qu’il fallait faire.

      Cela dit, je n’arrive toujours pas à comprendre votre propre position, qui me semble parfois ambigüe. Vous dites que les livres saints ne sont pas des manuels d’histoire, ce sur quoi je suis d’accord. Mais d’un autre côté vous semblez insister sur la pertinence historique et archéologique du Coran comme s’il pouvait constituer une source historique, comme si cela montrait quelque chose de plus profond que vous ne dites pas. Un tel phénomène est-il censé montrer quelque chose sur le statut ou l’origine du Coran? Ensuite, vous dites bien que les livres saints ne sont pas des manuels d’histoire, mais ils ne sont pas davantage des formules mathématiques ou de chimie! Ce que je veux dire, c’est que leur écriture, leur transmission et leur conservation ne peuvent garantir un ouvrage parfaitement homogène et en tous points égal à lui-même! Pourtant, il me semble que vous tirez profit de tous les défauts bibliques pour faire valoir une sorte de supériorité coranique. C’est ce que je vais maintenant développer.

      Vous dites que d’un point de vue « strictement neutre et scientifique », les critiques du Coran trouvent un fondement dans la Bible selon ce que montrent les études critiques dont elle fait l’objet. Et vous citez quelques exemples. Mais vous êtes bien forcé de reconnaître que le Coran ne dit mot sur la manière dont les textes bibliques ont été modifiés ou manipulés. Autrement dit, il ne donne aucune preuve mais il se contente d’affirmer, parfois de manière virulente. Je reprends votre série d’exemples (je précise que je vérifie chaque passage coranique que vous me donnez). Le Coran affirme-t-il « que les anciens ont écrit des choses ne venant pas de Dieu qu’ils ont attribuées à Dieu »? Aucune preuve n’est donnée. Le Coran affirme-t-il qu’une partie de ce que Dieu a révélé a été oublié? Aucune preuve. Le Coran affirme-t-il que les mots ont été détournés de leur sens? Aucune preuve. J’ajouterais aussi: Le Coran affirme-t-il que Jésus n’a pas été crucifié (Cor 4.157)? Aucune preuve, mais une simple affirmation polémique. Bref. Mon but est de vous faire comprendre que le rapprochement que vous faites entre les affirmations coraniques et les exemples concrets que vous donnez ne va pas de soi. Pouvez-vous m’assurer que le Coran entendait effectivement ces exemples que vous donnez? C’est vous qui faites le rapprochement, pas le Coran. Autrement dit, vous acceptez a priori les affirmations coraniques comme véridiques, puis vous produisez des preuves qui à vos yeux semblent s’accorder avec ce que le Coran affirme. Démarche qui ne peut en aucun cas être considérée comme « strictement neutre et scientifique ». Elle est au contraire orientée de telle sorte que vous interprétez les résultats de la recherche biblique dans le sens coranique de la falsification, or rien ne vous permet objectivement et scientifiquement de la faire. Là où vous voyez de la falsification, je vois un processus littéraire et rédactionnel tout à fait normal. Dans le fond, c’est le Coran et le statut que vous lui accordez (bien que votre position ne m’apparaisse pas clairement) qui dirige votre raisonnement. À partir de là, tout ce que rencontre votre regard peut d’une manière ou d’une autre servir de preuve, que ce soit la langue hébraïque et la voyellisation, que ce soit les archives ou des écrits anciens qui ne nous sont pas parvenus, que ce soit la théorie des sources, les gloses, les contradictions, les exagérations, le style, la « midrashisation », le vocabulaire, tel mot, tel verset, etc. Mais cela ne s’arrête pas là, puisque, toujours en fonction du Coran, vous semblez persuadé que la Torah et l’Évangile ont prédit la venue de Muhammad, ce qui constitue une énième preuve que la Bible a été falsifiée. Vous comprendrez sans doute que devant une telle posture, si vraiment c’est la vôtre, je ne peux rien faire.

      Votre dernier paragraphe est très touchant et pensez bien que je me réjouis de votre ouverture. Néanmoins, comme je vous l’ai déjà signifié, je n’arrive pas vraiment à comprendre votre position sur certains points, notamment vis-à-vis du Coran et de son statut qui occupe en réalité une large place dans la discussion. Aussi, je vous avoue ne pas comprendre comment on peut se considérer « autant Bouddhiste, Hindouiste, Chrétien ou Musulman que Juif », alors que je pourrais volontiers concevoir dans un sens mystique que l’on veuille se dégager de tout cela pour se laisser interpeller par l’essentiel. Cela dit, jusqu’à maintenant, j’observe que vous vous êtes davantage montré musulman qu’autre chose.

      Cordialement
      ________________________

      PS: montrez-moi exactement où vous souhaitez que j’introduise le complément sur la voyellisation de l’hébreu.

      PPS: je viens de voir votre dernier commentaire sur l’hébreu. Votre exercice de voyellisation me donne toutefois l’impression de bricolage, en dehors des règles grammaticales et de syntaxe. Même au niveau du sens cela m’a l’air arbitraire. Où voyez-vous « Tanakh » dans votre texte? Ensuite, quant au mot MQRMKh (lire de gauche à droite), je ne comprends pas comment vous pouvez isoler la préposition (Min) ou le suffixe pronominal (Kha). Pourriez-vous justifier grammaticalement les différents sens que vous proposez en m’indiquant quel mot hébreu correspond à la traduction donnée? Merci.

       
  8. Ahmed Esmer

    25 octobre 2010 at 00:13

    Excsuez-moi, je désirais juste vous prier de replacer une partie de notre discussion qui a disparue où je traitais de la possibilité d’une erreur de transcription du verset disant :
    נָבִיא מִקִּרְבְּךָ מֵאַחֶיךָ כָּמֹנִי, יָקִים לְךָ יְהוָה אֱלֹהֶיךָ: אֵלָיו, תִּשְׁמָעוּן

    Qui aurait pu respectivement donner par une simple erreur de copiste, tantôt :
    נָבִיא מִקִּרְב ךָ מֵאַחֶיךָ כָּמֹנִי, יָקִים לְךָ יְהוָה אֱלֹהֶיךָ: אֵלָיו, תִּשְׁמָעוּן

    Tantôt :
    נָבִיא מ קִּרְב ךָ מֵאַחֶיךָ כָּמֹנִי, יָקִים לְךָ יְהוָה אֱלֹהֶיךָ: אֵלָיו, תִּשְׁמָעוּן

    Cet exemple témoigne de la fragilité théorique du texte originel, et les conséquences potentielles des erreurs de copistes. La version actuelle dit que le Prophète sera issu du milieu d’Israël, le secon suggère presque  » éloignez si vous le voulez votre frère du Tanakh, Dieu le définit pour vous « , alors que la derière modification conduit vers  » C’est un Prophète parmis certains de vos frères en Moi « .

    Cordialement.
    Esmer.

     
  9. Ahmed Esmer

    25 octobre 2010 at 17:37

    PS. Plus précisément le mot « מקרבךָ » sans modification signifie simplement l’idée du « milieu » sans plus de précision, le mot est traduit comme s’il était orthographié « מקרב ךָ » qui signifie en français « parmi », « de tes rangs », or, il pourrait signifier, étant orthographié « מ קרבך » à partir de votre milieu, ou encore de « de chez certains » si on lis de préférence comme « מ קרב ך » donc, la lecture rendant le sens par de tes rangs ou de ton sein est une interpétation, non le sens obligé.

    « »

     
  10. Ahmed Esmer

    25 octobre 2010 at 23:05

    Bonjour. J’ai l’impression que nous sommes en train de tourner en rond. Je vai écrire encore un message, si cela ne répond pas à vos interrogations, vous pouvez me préciser par mail ce qui vous semble obscur ou ambigü dans mes explications et ne pas publier ma réponse de sorte à ne pas encombrer la page innutilement.

    Je vai commencer par la fin. Le mot que j’ai rendu par Tanakh est en fait « ך », que j’aurais pu rendre par Bible. « Ra » signifiant lumière, en arabe le mot « Nûr » rend cette idée de guidée. Tanakh s’approchant de l’idée d’écriture, comme avec le mot Qur’an. Ce que j’ai rendu par « éloigner de », philologiquement à comprendre dans le sens de lutter contre-de mettre un grand froid entre. En lisant bien « מ », ma, on obtient spontanément le sens que je comprenais plus haut. Ce que j’ai souligné c’est que la transcription en « מקרב ך » (parmi) telle que rendue de façon privilégiée dans la traduction du rabbinat conduit vers un sens insoutenable.

    Pour ce qui est de la conception des versets du Coran, je ne me fonde pas sur des traductions. Je me base sur la lecture directe du Coran. Comme je vous l’ai écrit, je vai devoir manifestement m’étaler un peu pour clarifier des points il est exact assez délicats et complexes. Mais, nous sommes sur une page dédiée à l’exégèse et la théologie.

    Voici les versets que j’ai cités, avec une analyse philologique. (Quelques-uns suffisent ici)

    (Cor. 2,79 ) : « Malheur, donc, à ceux qui de leurs mains composent un livre puis le présentent comme venant de Dieu… Malheur à eux donc pour ce que leurs mains ont écrits. »

    Contexte : traite des Juifs, accusés de dureté de coeur au verset (comparer accusations de Jésus) 74. Mention de falsification au verset (comparer avec Jérémie, vu plus haut) 75. Le mot « tahrif » , étymologiquement fondé sur la racine « harafa », il s’agit de manipulation d’un écrit en jouant au niveau des graphies. Mention du détrounement des mitsvoi au verset 83. Menstion de mise par écrit de texte non révélé, par ces moyens.

    Conclusion : le passage traite des manipulations dans des écritures, pas les Juifs accusés de dureté de coeur, et de leur éloignement des mitsvoi. Ceci est une lecture directe, sans aucun genre d’interprétation.

    (Cor. 5, 102) : « Ce peuple avant vous avait commandé, réclamé (de la racine sa’ala) ensuite ils ont finis par l’étouffer (de kafara, cacher, enterrer). »

    Contexte : Lien contextuel Abrahamique, les israélites ont fini par perdre l’Alliance à cause de cette discipline (102), rappel de la déviation vers l’idolâtrie aux environs de la Mecque qu’il faut purifier aussi (103), (104), (105).

    (Cor. 2,286) : « … Ne nous juges pas d’un fardeau lourd comme Tu as chargé ceux qui nous ont précédé … Accorde nous la victoire sur le peuple Infidèle »

    Contexte : invocation, pour ne pas tomber dans le dévoiement qu’ont suivis les anciens monothéistes.

    Conclusion : Ce passage établit des parrallèle styilistiques avec plusieurs passages de la Bible. Psaume 55,22 : « Suaves comme la crème sont les lèvres (du Seigneur), et son cœur respire la guerre ; ses paroles sont plus onctueuses que l’huile, et ce sont des lames d’épée! Décharge-toi sur Dieu de ton fardeau, il prendra soin de toi: jamais il ne laisse vaciller le juste. », (Jérémie 23,36) : « Mais le mot « Fardeau » de l’Eternel (Massa), vous n’en ferez plus mention; car la parole [de l’Eternel] communiquée à l’homme est bien un oracle, mais vous dénaturez les paroles du Dieu vivant, de l’Eternel-Cebaot, notre Dieu. »

    Conclusion : Les deux passages lient la notion de justice, de fardeau, de guerre du Seigneur contre le Mal.
    Jérémie, encore lui, mentionne la manipulation des paroles de Dieu.

    (Cor. 5,13) : « Et puis à cause de leur violation de leur engagement, Nous les avons maudits et endurci leurs coeurs : ils détournent (harafa, voir suppra) les paroles de leur sens et abandonnent/négligent/oublient (Nasiya) une partie de ce qui leur est touché/acéré/répété (dhakara). »

    Contexte et conclusion : Le passage évoque les Juifs, qui sont dits détourner les mots de leurs sens, et abandonnent ensuite ce qu’ils ont obtenu par cette voie et d’autres choses. Notons que la racine dhkr s’apparente à la notion de Mishnah.

    (Cor. 3,29) : « Certes, la religion d’Allah est la soumission. Ceux auxquels la Bible a été apportée ne se sont disputés, par agressivité entre eux, qu’après avoir reçu la science. Et quiconque renie les versets de Dieu, Dieu est prompt à châtier. »

    Contexte : Les Juifs qui renient la nouvelle révélation, le Coran venant pour leur apporter la science pour les assembler à nouveau, qu’ils nient. Le Coran vient réconcilier et rétablir l’unité.

    Cela suffit, les points soulevés suffisent pour montrer en quoi je soutiens que le Coran fait des objections précises et claires au sujet du type d’altérations opérées dans la Bible.

    Je veux à présent souligner qu’outre les positions confessionnelles de l’histoire de la composition de la Sainte-Bible, les assertions du Coran qui sont en clair :

    Les anciens y ont opéré des transformations, des ajouts, des soustractions et des orientations sémantiques. La question qu’il faut se poser à mon humble avis est donc de savoir si ces assertions sont exactes et vérifiables. La réponse après une analyse critique neutre sans a priori est que ces affirmations sont vraies.

    Quant à votre dernier point que vous soulevez dans votre mail, le Coran reprend il est exact des extraits de textes considérés apocryphes, etc. Cependant, j’ai cité dans les messages précédants deux points précis qui semblent vous avoir échappé :

    – Il n’y a pas dans le texte du Coran d’anachronisme net et clairement établi par rapport aux données archéologiques et historiographiques, dans la version en arabe. Plus précisément, jusqu’à ce jou, aucun anachronisme n’a été dénoncé de façon indiscutée par des spécialistes non confessionnels dans le Coran.
    – Il y a dans le Coran des ajouts qui ne figurent dans aucun écrit antérieur connu, qui sont compatibles avec la chronologie, l’archéologie et l’historiographie.

    Je désire terminer ce message en soulignant que je soutiens qu’après une analyse critique du Coran en tant que document autonome, remettant en question des détails des anciennes écritures, celui-ci semble exempt des divergences avec les données positives obtenues par la voie de la recheche non-confessionnelle. Mais j’insiste sur le fait que le but des écritures n’est pas d’enseigner l’histoire. Dans ce sens, la Bible est un document sacré qui a sa propre histoire, sa propre structure sémantique. Donc, le fait de souligner que le Coran vient confirmer la Bible et lui adresse certaines critiques n’empêche pas que le Coran commande aux Juifs et Chrétiens non islamisés de suivre leurs livres respectifs (sourate cinq, dernière dans l’ordre de la révalation selon les spécialistes). La chose que je désire souligner, c’est qu’il est incorrect de rompre le Coran de la série des révélations monothéistes abrahamiques. Il s’installe très nettement dans sa continuité, avec une approche propre techniquement très solide d’après toutes ces analyses et encore d’autres. Contrairement aux apréhenssions de la plupart des personnes, au sujet de la place du Coran par rapport à la Bible, s’arrête avant une analyse véritable des critiques adressées par le Coran, sans prendre en considération l’absence des anachronismes contenus dans la Bible dans la version coranique, et surtout, des détails rapportés dans le Coran qui ne se trouvent pas dans le Tanakh, les midrashim ou les écrits chrétiens, qui ne présentent pas d’anachronisme de façon évidente. De même, c’est dans cette optique que les descriptions des patriarches bibliques et de Jésus diffèrent des canons des contemporains de confession chrétienne comme juive.

    Salutations fraternelles.
    Esmer.

     
    • exégèse et théologie

      26 octobre 2010 at 15:27

      Bonjour Esmer,

      Je pense pour ma part que nous ne tournons pas en rond. Au contraire, c’est enrichissant et nos positions se précisent. Il y a un dialogue, il y a un échange d’idées.

      Commençons par le commencement!

      – D’où tirez-vous que la lettre kaf (11e de l’alphabet hébraïque) représente le « Tanak »? Pouriez-vous donner un exemple biblique d’une telle utilisation?

      – Vous dites que « Ra » signifie la lumière, alors qu’en hébreu la lumière se dit « ’ôr » (voir aussi « nēr, nōgah ») et non « Ra » (voyez Gn 1.3).

      – Enfin, vous ne m’indiquez pas quel verbe hébreu exprime « éloigner de ». Pourriez-vous me l’indiquer?
      ________________

      Concernant vos analyses du Coran.

      – Votre analyse du premier verset (2.79) ne conduit à la manifestation d’aucune preuve. Dire que le Coran « traite des manipulations dans des écritures » et que la racine « harafa » désigne une « manipulation d’un écrit en jouant au niveau des graphies » ne constituent pas des preuves. C’est vous qui faites le lien avec Jérémie, pas le Coran.

      – L’analyse du second verset (5.102) n’apporte pas davantage de preuves de ce qui est affirmé. Il y a une différence entre affirmer certaines choses et en apporter la preuve. Pour le moment, vous me montrez que le Coran affirme des choses, pas qu’il en apporte des preuves. Ensuite, vous dites que « les israélites ont fini par perdre l’Alliance à cause de cette discipline » en mentionnant le v. 5.102, mais pouvez-vous me montrer où il est précisément question de cette perte de l’alliance dans les passages que vous citez (5.102-105)?

      – Le v. 2.286 que vous analysez ne dit rien sur le contenu de ce « lourd fardeau ». C’est vous qui faites les parallèles avec les autres passages de la Bible, pas le Coran. De plus, vos parallèles sont forcés. J’ai deux choses à dire sur Ps 55.22 que vous citez: premièrement, les versets 21-22 ne se rapportent pas à Dieu mais à un individu malveillant (voyez les v. 13 à 15). Ainsi, les lèvres dont il est question au v. 22 sont celles de cet individu, non celles du Seigneur comme vous l’écrivez. Les déductions que vous tirez de ce passage dans votre conclusion sont donc elles aussi erronées. Deuxièmement, je ne vois pas la raison du rapport que vous établissez entre le « fardeau » dont il est question au v. 23 et celui de Cor 2.286. Rien n’indique que ces deux « fardeaux » sont de même nature. D’après le contexte du v. 23, ce fardeau représente la détresse dans laquelle se trouve le psalmiste, détresse de laquelle Dieu le console. Cela n’a aucun rapport avec Cor 2.286. Enfin, vous citez Jérémie 23.36 hors de son contexte. Si l’on regarde avant, depuis le v. 23.9, Jérémie s’en prend aux faux prophètes, auxquels sont occasionnellement adjoints les prêtres (v. 11 et 33). Les versets 34 à 40 contiennent un jeu de mots en hébreu. En effet, le mot massâ´ signifie à la fois « charge » et « oracle », ce qui implique que la charge ou fardeau dont il est question désigne les faux oracles émis par les faux prophètes que stigmatise Jérémie, nullement un quelconque ensemble identifiable d’écrits qui serait falsifié. Jérémie ne mentionne pas « la manipulation des paroles de Dieu », comme vous dites, mais les prophètes qui prophétisent faussement au nom de Dieu. Autrement dit, ils n’est nullement question de la manipulation d’une « parole de Dieu » déjà existante, mais de paroles qui, tout en n’étant pas une « parole de Dieu », sont faussement attribuées à Dieu. Il y a une nette différence.

      – Concernant Cor 5.13, c’est pareil que pour les autres passages. Le Coran affirme une série de choses mais n’en donne pas la preuve. Votre analyse n’ajoute rien à cela. De plus, le rapport que vous faites avec la Michnah me paraît arbitraire. Ce qui dans ce passage du Coran est « touché/acéré/répété » a-t-il un quelconque rapport avec la Michnah? Sont-ce des passages de la Michnah qui ont été « abandonnés/négligés/oubliés » par les juifs?

      – Le dernier verset que vous rapportez (vous indiquez 3.29 mais c’est 3.19) ne déroge pas à ce que j’ai constaté jusqu’ici, et votre commentaire fait partie de ce constat: le Coran apporte la « science », il « vient réconcilier et rétablir l’unité ». Ce sont là des objets de croyance qui n’ont d’autre fondement que le statut qui est accordé au Coran.

      Je vais vous donner une illustration, qui vaut ce qu’elle vaut, pour tenter de vous faire saisir l’incohérence que je perçois dans votre position. C’est comme si l’on vous disait: « Tout ce qui est jaune est suspect. Gare au jaune, son sort est l’enfer! » À la suite de cela, vous me diriez: « Voyez ce couteau, il est jaune, il est donc suspect. J’en ai même des preuves, puisque ce couteau jaune coupe, tue et tranche des gorges. » Je vous réponds alors: « On vous a dit que tout ce qui est jaune est suspect, et non tout ce qui coupe, tue ou tranche des gorges! » Autrement dit, le fait de couper, tuer et trancher la gorge ne sont pas des critères qui vous ont été donnés, mais uniquement le fait que cela soit jaune. Fin de l’illustration. C’est pareil avec le Coran qui vous dit, prenons un seul exemple, qu’il y a des manipulations « au niveau de la graphie », comme vous dites, et que ces manipulations représentent des falsifications. Vous trouvez alors ce qui ressemble à des manipulations graphiques et vous dites: « Ces manipulations graphiques représentent des falsifications ». Or, il n’y a aucune raison donnée pour caractériser ces manipulations comme étant des falsifications, tout comme il n’y en avait aucune pour considérer ce qui est jaune comme suspect. Tous les exemples de falsification que vous donnez en fonction de la recherche biblique correspondent à ce qui coupe, tue ou tranche la gorge dans le couteau, c’est-à-dire des éléments que n’envisage pas le Coran, mais que vous lui associez en le surajoutant. Moi je vous dis que les différences graphiques c’est normal et non de la falsification, tout comme le jaune est normal et n’est pas suspect. J’ajoute aussi que ce que montre la recherche biblique est normal et non de la falsification, tout comme un couteau qui coupe, tue et tranche… des tomates et des concombres c’est normal et non suspect. Un couteau cela peut aussi servir à ça, normal, même s’il est jaune et qu’on vous a dit que tout ce qui est jaune est promis à l’enfer.

      En conclusion, vous posez la question de savoir si ces assertions du Coran « sont exactes et vérifiables ». Vous répondez par l’affirmative, et ce avec « une analyse critique neutre [et] sans a priori ». Permettez-moi de vous renvoyer à mon précédent message (que vous n’avez pas réfuté) où j’ai clairement démontré que votre démarche n’est ni neutre ni sans a priori. Peut-être que là nous tournons effectivement en rond dans la mesure où vous ne répondez pas aux objections que je soulève. Si vous prétendiez agir par conviction de foi, nous serions sortis du cercle, et je n’aurais rien à redire. Mais vous prétendez tout autre chose, et j’estime devoir répondre à ce qui me semble injuste et faux.
      ________________

      À propos des deux remarques qui semblent m’avoir échappé. En fait, elles ne m’ont pas échappé et je vous demandais à leur sujet si le fait qu’il n’y ait pas d’anachronismes (je m’en tiens à vos dires) avait une quelconque signification du point de vue du statut (théologique) du Coran.

      Ensuite, je pense qu’il n’est pas difficile d’expliquer pourquoi il y a si peu de conflit entre le Coran et l’histoire. Contrairement à la Bible, le Coran ne propose pas un développement chronologique de l’histoire, il ne retrace pas les événements en les situant dans l’espace et le temps au fil d’une histoire en train de se dérouler. S’il n’y avait pas de Bible mais uniquement le Coran, il serait impossible aux musulmans de localiser dans le temps et l’espace un nombre considérable d’événements et de personnages qu’il rapporte. On sait seulement que tout cela fait partie du passé. Rien de plus. Il règne dans le Coran une sorte d’intemporalité qui fait que les questions d’histoire et d’archéologie sont beaucoup moins problématiques, si ce n’est même inexistantes. Les récits sont schématiques, voire de simples allusions; les personnages sont quelque peu stéréotypés selon un moule musulman, ils sont d’ailleurs tous musulmans avant la lettre si ce n’est des Muhammad anticipés; leurs péripéties ne font pas partie d’une histoire continue mais tiennent un rôle illustratif et exhortatif pour susciter la foi et l’adhésion à l’islam; etc. Tout cela explique pourquoi la rapport de la Bible à l’histoire et l’archéologie n’est pas comparable à celui qu’entretient le Coran.

      Enfin, sur la question de la continuité du Coran avec les autres Écritures, je pense qu’un nombre écrasant d’éléments montrent que le Coran ne se situe pas dans une continuité avec la Bible. Il entretient même des divergences profondes et essentielles que je ne peux détailler ici. Un seul indice suffira: voyez le canon chrétien de la Bible qui, malgré les graves conflits avec les juifs, intègre tout l’Ancien Testament tel qu’il est, sans altérations ni changements. Les chrétiens assument leur héritage vétérotestamentaire, ce qui n’est pas le cas du Coran vis-à-vis de la Bible qui n’est d’ailleurs ni lue ni connue par les musulmans, si ce n’est par une infime partie de gens cultivés et ouverts. Bref. Je vous renvoie à ce sujet aux travaux de Jacques Jomier, les époux Urvoy, François Jourdan, Rémi Brague, etc. Par ailleurs, le Dictionnaire du Coran que vous avez cité (que je n’ai malheureusement pas encore en ma possession) doit contenir pas mal d’informations pouvant servir de base pour une étude comparée.

      Cordialement

       
  11. Ahmed Esmer

    26 octobre 2010 at 22:04

    Bonjour.
    Je n’ai pas de clavier compatible avec l’hébreu, j’ai bien écrit Resh. L’usage permet de prononcer « Rash » en « Ra ». L’usage permet de comprendre la désignatrion de la Bible. Mais cela est un détail. Passons à la suite.

    J’ai eu un big bug sur mon PC, j’écris depuis un cybercafé. JE vai devoir être bref. Je constate que de fait nous tournons en rond. Je désirais juste appuyer plusieurs points qui vous ont manifestement échappé.

    En fait, le Coran rapporte des détails nouveaux qui sont étrangers à la littérature judéo-chrétienne. Je peux citer quelques points très précis : Il affirme que le pharaon du temps de Moïse avait des dieux (pas étonnant car cela est le cas unh peu partout au VIeS), mais il ajoute que le pharaon se considérait un dieu ultime, et que les israélites les adoraient. Ce qui est un détail exact, si comme la plupart des spécialistes, on cherche une présence des israélites en Egypte au moment de la construction de la ville de Ramsès. Autre point, le Coran parle d’un petit groupe de fuyards, et ajoute qu’ils vont hériter du territoire dont ils sont conduis à chasser. Or, Canaan d’où ils ont fui quarante ans était un territoire égyptien, et on y retrouve leur trace sous Merenptah (je ne parle pas des interférences des scribes de la Bible). Le Coran dit aux israélites qu’ils avaient régné en Egypte, et les ancêtres des cananéens ont régné en Egypte avant Ahmosis. Le Coran évoque la crainte des égyptiens de se faire dérober leurs terres, cela est attesté pour cette époque dans les hyéroglyphes comme par l’archéologie (fortes barrières avec Canaan habité par les protoisraélites). Le Coran rapporte une scène où les israélites utilisent une partie d’un bovidé pour faire parler un mort, un rituel connu en égypte sous Ramsès II, voir dans le papyrus sur le livre des morts d’Ani (livre pour sortir des ténèbres à la lumière). Donc, outre l’abscence d’anachronisme, les ajouts dans le Coran sont des indices précieux pour reconstituer leur véritable épopée. Jésus dit ainsi : « Le Paraclet, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, vous communiquera toutes choses, et vous fera ressouvenir de tout ce que je vous ai dit » (14 : 26).

    « Il rendra lui-même témoignage de moi » (15 : 26). « C’est votre avantage que je m’en aille ; en effet, si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas à vous ; si au contraire je pars, je vous l’enverrai. Et lui, par sa venue, il confondra le monde en matière de péché, de justice et de jugement… » (16 : 7-8).

    « Lorsque viendra l’Esprit de vérité, il vous fera accéder à la vérité toute entière, car il ne parlera pas de son propre chef, mais il dira ce qu’il entendra et il vous communiquera tout ce qui doit venir. Il me glorifiera… » (16 : 13-14).

    Alors que selon l’étude minutieuse de Finkelstein, la version rédigée par les scribes virulament critiqués par Jérémie vers le VIIeS visaient à promettre la conservation de l’Allianc, alors que chaque prophète venant leur annoncer leur égarement était éludé par d’autres prophéties contradictoires. Ceux-ci qualifiant ces menaces répétitives de fardeau. Ils ont continué leur travail de midrash sur la loi (non la seconde qui en a été déduite par midrash aussi) pour le rendre trop lourd, au point de finir par l’abandonner pour aller vers d’autres dieux en Babylonie. Le Coran parle toujours de la Torah et de l’Evangile comme des enseignements oraux, mais qui ont été mis par écrit de façon erronnée.

    Quant à ce que j’ai écrit sur mes convictions : je me permets d’avoir une critique neutre et scientifique de tous les livres sacrés, y compris du Coran. Je me positionne par rapport à chaqun de ces Livres Saints sleon mes propres déductions en toute intégrité. Par exemple, si on me montrait un passage du Coran contenant une frlagrante erreur, je le reconnaîtrais immédiatement. D’ailleurs le but de tous ces enseignements n’est pas d’enseigner l’histoire, mais de permettre spirituellement de trouver la voie en Dieu. Ainsi, au sujet de Jésus, c’est un autre chapitre, je suis arrivé à la conclusion que l’histoire du personnage s’ancre chez une secte proche des esséniens, et que les écrits de Qumran vont nous éclairer progressivement.

    Salutations fraternelles.
    Esmer.

     
    • exégèse et théologie

      27 octobre 2010 at 07:17

      Bonjour Esmer,

      Je ne vais pas être long, puisque je veux simplement vous demander de citer tous les passages coraniques relatifs à votre exposé sur les israélites en Égypte, de même que les études historiques que vous avez consultées sur cette période qui confirment vos dires.
      Après quoi, je répondrai aux autres points que vous avez soulevés dans votre message.

      Tout en souhaitant à votre ordinateur un prompt rétablissement!

      Cordialement

       
  12. Ahmed Esmer

    27 octobre 2010 at 21:32

    Salut.

    Bon, ce que vous me demandez est très important. Je vai d’abord citer les extraits du Coran. Je vous renvoie pour les sources vers la Bible Dévoilée de Finkelstein, et dans n’importe quel ouvrage traitant de l’Egypte Ancienne qui est concernée. Si cela ne vous suffit pas, précisez-moi ce que vous désirez que je développe qui vous semblerait encore obscur.

    Ramsès II se déclare dieu ultime, il avait des dieux également :

    (C. VII : 127) : « Et les notables du peuple de Pharaon dirent : ‘Laisseras-tu Moïse et son peuple commettre du désordre sur terre, et lui même te délaisser, toi et tes divinités ?’ Il dit : ‘Nous allons massacrer leurs fils et laisser vivre leurs femmes. Nous aurons le dessus sur eux et les dominerons.’ »

    Les cananéens les adoraient aussi :

    (C. XXIII : 47) : « Croirons-nous en deux hommes comme nous dont les congénères nous adorent ? »

    (adorent, ya’budûnî, qui nous vouent un culte d’adoration, ou qui nous servent)

    Les ancêtres des habitants de Canaan avaient dominé l’Egypte du temps des Hylsos et été rechassés en Canaan :

    (Cor. V : 20) : « Souvenez-vous, lorsque Moïse dit à son peuple : ‘Ô mon peuple ! Rappelez-vous le bienfait de ‘Allah sur vous, lorsqu’Il a désigné parmi vous des prophètes. Et Il a fait de vous des rois. Et Il vous a donné ce qu’Il n’avait donné à nul autre aux mondes. »

    Le nombre des convertis de Moïse :

    (C. 53-60 XXVI) : « Puis Pharaon envoya des rassembleurs dans les villes : ‘Ce sont en fait une bande peu nombreuse, mais ils nous irritent, tandis que nous sommes tous vigilants.’ Ainsi, les fîmes-Nous sortir des jardins et sources, des trésors et d’un lieu de séjour agréable. Il en fut ainsi, et Nous les donnâmes en héritage aux enfants d’Israël. Au lever du soleil, ils les poursuivirent. »

    Les égyptiens craignaient un nouveau revers :

    (C. XX : 56-63) : « Certes Nous lui avons montré tous Nos prodiges ; mais il les a démentis et a refusé de croire. Il dit : ‘Es-tu venu Ô Moïse pour nous faire sortir de notre terre par ta magie ? Nous t’apporterons assurément une magie semblable. Fixe entre nous et toi un rendez-vous auquel ni nous ni toi ne manquerons, dans un lieu convenable.’, Alors Moïse dit : ‘Votre rendez-vous, c’est le jour de la fête. Et que les gens se rassemblent dans la matinée. » ; « Ils dirent : ‘Voici deux magiciens qui, avec leur magie, veulent vous faire abandonner votre terre et emporter votre doctrine idéale. »

    (C. VII : 109-112) : « Les notables du peuple de pharaon dirent : ‘Voilà certes un magicien chevronné. Il veut vous expulser de votre pays’. – ‘Alors que commandez-vous ?’ Ils dirent : ‘Faites les attendre lui et son frère, et renvoie des rassembleurs dans les villes, qui t’amèneront tout magicien-savant.’ Et les magiciens vinrent à Pharaon en disant : ‘Y aura-t-il vraiment pour nous une récompense si nous gagnons ?’ »

    Seul un petit groupe suivi Moïse et fuit Canaan :

    (C. X 83, 89) : « Personne ne crut en Moïse, sauf un groupe de jeunes gens de son peuple, par crainte des représailles de Pharaon et de leurs notables. En vérité, Pharaon fut certes superbe sur terre et il fut du nombre des extravagants. » ; « Et Moïse dit : ‘Ô Notre Seigneur, Tu as accordé à Pharaon et ses notables des parures et des biens dans la vie présente, et voilà, Ô Notre Seigneur, qu’avec cela ils égarent les gens de Ton sentier. Ô Notre Seigneur, efface leurs biens et endurcis leurs coeurs jusqu’à ce qu’ils aient vu le châtiment douloureux. »

    (C. 53-60 XXVI : 53-60) : « Puis Pharaon envoya des rassembleurs dans les villes : ‘Ce sont en fait une bande peu nombreuse, mais ils nous irritent, tandis que nous sommes tous vigilants.’ Ainsi, les fîmes-Nous sortir des jardins et sources, des trésors et d’un lieu de séjour agréable. Il en fut ainsi, et Nous les donnâmes en héritage aux enfants d’Israël. Au lever du soleil, ils les poursuivirent. »

    D’autres détails conformes à l’archéologie moderne :

    (C. XLIII : 51,53-4) : « Et Pharaon fit une proclamation à son peuple : ‘Ô mon peuple, le Royaume d’Egypte ne m’appartient-il pas ? Ainsi que ses canaux coulant à mes pieds ? N’observez-vous donc pas ? » ; « Pourquoi ne lui as-t-on pas lancé des bracelets d’or ? Pourquoi les Messagers ne l’ont-il pas accompagné ? »

    L’héritage de la terre de Canaan :

    (Cor. p.166/137 VI) : « Et les gens qui étaient opprimés, Nous les avons fait hériter des contrées orientales et occidentales de la terre que Nous avons bénie. Et la très belle parole de Ton Seigneur sur les enfants d’Israël s’accomplit pour le prix de leur endurance. Et Nous avons détruit ce que faisaient Pharaon et son peuple, ainsi que ce qu’ils construisaient. ».

    (C. 53-60 XXVI) : « Puis Pharaon envoya des rassembleurs dans les villes : ‘Ce sont en fait une bande peu nombreuse, mais ils nous irritent, tandis que nous sommes tous vigilants.’ Ainsi, les fîmes- Nous sortir des jardins et sources, des trésors et d’un lieu de séjour agréable. Il en fut ainsi, et Nous les donnâmes en héritage aux enfants d’Israël. Au lever du soleil, ils les poursuivirent. »

    Salutation fraternelles.
    Esmer

    PS. J’ai ommis un extrait où Pharaon se dit dieu. Quand Dieu envoie Moïse vers Pharaon : (C. XXVI : 14-29) :

    14. Ils me reprochent un crime, et je crains qu’ils ne me tuent. » 15. Il dit: « Non ! Partez tous deux avec nos Signes: Nous serons avec vous pour vous entendre. »16. Allez chez Pharaon et dites: « Nous sommes les envoyés du Souverain du Monde. 17. Renvoie, avec nous, les fils d’Israël. » 18. Il dit: « Nous t’avons élevé parmi nous, pendant les années de ta vie: tu étais un enfant ! 19. Mais tu as commis un crime: il te met parmi les coupables. » 20. Il dit: « Je l’ai commis quand j’étais parmi les fourvoyés. 21. Je vous ai fui parce que je vous ai craint. Mon Souverain m’a accordé la Sagesse: il m’a mis parmi les envoyés. 22. Me reproches-tu tes bienfaits, toi qui te fais adorer par les fils d’Israël ! » 23. Pharaon dit: « C’est qui, le souverain des univers ? » 24. Moïse dit: « Il est le Souverain des ciels, de la terre et de ce qui est entre les deux, soyez-en convaincus. » 25. Il dit à son entourage: « Entendez-vous ? » 26. Moïse lui dit: « Il est votre Souverain et le Souverain de vos premiers pères. » 27. Pharaon dit: « Votre envoyé est un possédé ! » 28. Moïse dit: « Il est le Rabb de l’Orient, de l’Occident et de ce qui est entre les deux, le discernez-vous ! » 29. Pharaon dit: « Prends un autre dieu que moi, et je t’enferme avec les bagnards ! »

    Lorsque Moïse parle de dieu, Ramsès II se reconnait dans cette description et le prend en dérision disant ‘entendez-vous (qui est son seigneur)’. A comparer la description de Dieu par Moïse avec ceci.

    « Tu gouvernes en tant que Roi du Double Pays, les neuf arcs étant à tes ordres. La limite de ta frontière va jusqu’aux confins du ciel, tous ce qu’il recouvre est sous ton autorité et ce qu’encercle de disque solaire est sous ton regard. Ce que baigne la très verte t’es soumis. Tandis que tu es sur Terre, sur le trône du radieux Horus en tant que Roi des vivants . » Hymne des Grands dignitaires à Ramsès II, pendant l’intronisation du Grand Prêtre d’Amon.(Bernadette Menu Ramsès II, Souverain des souverains, Découverte Gallimard n°344 : (2000) en couverture.) Remarque, être possédé, chez les égyptiens signifiait un grand malheur, la personne était possédée par l’esprit d’un mort et disposait de pouvoirs surnaturels, tout comme Moïse qui vainc les magiciens savants du pharaon.

    PPS. Dans ce que j’ai cité, la question du culte voué à la famille de Pharaon est une traduction littérale originale. Voici une explication nécessaire au sujet de cette traduction-là. En arabe les mots clés sont : ‘âbidûn : عَابِدُونَ, et ‘abatta : عَبّدتّ. Le mot esclave رقيق qui signifie esclave de façon claire n’est pas utilisé pour les enfants d’Israël. La racine Ayn/Ba/Dal (donnant ‘âbidûn et ‘abatta) peut soit se comprendre comme un culte voué à Pharaon (sens premier), soit comme un asservissement. Il est possible de l’interpréter, mais interpréter seulement, comme de l’esclavage. André Chouraqui préfère la formule asservissement. Qui est correcte, mais le sens primitif est un culte voué.

     
    • exégèse et théologie

      28 octobre 2010 at 20:51

      Bonjour Esmer,

      Le rapprochement que vous faites entre le Coran et l’histoire soulève autant des questions de fond que de surface. Il me semble que nous devrions d’abord discuter sur le fond, car cela nous évitera par la suite de nous étendre indéfiniment sur chaque détaille sans arriver à nous entendre.

      Il faut d’abord que vous expliquiez clairement a) quelle valeur a d’après vous le Coran en tant que source historique; b) quelles sont les sources auxquelles puise le Coran qui fait qu’à vos yeux il est un témoin historique fiable; c) et, enfin, peut-être me dire aussi comment il est possible au VIIe siècle de connaître ce qu’il s’est historiquement passé vers la période supposée de l’exode, c’est-à-dire vers la fin du second millénaire av. J.-C, autrement dit à près de 2000 ans d’écart.

      Cordialement

      PS : Même si nous ne sommes pas exactement dans le sujet, j’estime que la discussion mérite d’être poursuivie.

       
  13. Ahmed Esmer

    28 octobre 2010 at 22:11

    Salut.

    En fait, cette question a longtemps taraudé mon esprit. J’étudie le Coran en profondeur sous toutes les coutures depuis environs vingt ans. Ce qui fait que parfois en échangeant des idées avec des connaissances de touts bords je fais des bonds inter-temporels. Vous avez parfaitement raison, il faut avant toute chose fonder l’étude sur une base claire.

    En fait, comme je vous l’ai dit plus haut, je ne crois pas que les prophètes recevaient des messages vocaux, bien clairement formulées. Ou tout au moins, pas systématiquement. Des études en sciences humaines ont tenté d’étudier le phénomène prophétique, pour tenter de comprendre ce qui pouvait conduire des personnes a prophétiser ainsi. Un excellent ouvrage qui traite de cette question au sujet de Muhammad est le ‘Mahomet’ de Maxime Rodinson. Je partage son approche pratiquement en tous points, car lui était clairement athée, tandis que moi je suis théophile, et je crois que chaque atome qui bouge quelque part est l’oeuvre directe de dieu.

    En fait, des études récentes, comme celles de Luxenbergh ont établis des parrallèles étonnants entre certains passages du Coran et des écrits antérieurs en syriaque notamment. De même, la tradition rapporte de fort nombreux midrashim de la part des Juifs de Yathrib dont l’identité est discutée, mais qui selon la tradition musulmane étaient des descendants d’Aaron, et même des Kohanim. Or il est permis de penser que la Torah orale chez ceux-ci aurait conservé des détails pertinants, fondé sur une mémoire populaire. Ils possédaient manifestement de nombreux midrash au VIIe S, à Yathrib, qui sont mentionnés par les exégètes depuis Tabari déjà dans l’étude de ces versets concernés.

    L’affirmation qui voudrait que Muhammad n’aurait aucune connaissance de la Bible me fait sourire, en fait, il en avait une connaissance étonnante, comme j’ai tenté jusqu’ici d’expliquer mon avis sur ce point. Par ailleurs, l’idée d’un enseignement par un Rabbin ou un moine de façon cachée est rejetée par de nombreux scientifiques comme Rodinson ou Urvoy. Un avis que je partage, car sans fondement historique bien défini.

    Cela dit, sur le plan ésotérique, je peux affirmer sans trop de doute, que les voies de l’esprit humain sont tacées à l’ancre indélébile. Par des chemins aussi mystérieux que puissants, l’homme a cette faculté d’une puissante intuition. On peut ne pas partager cette idée, mais je crois par une expérience personnelle, que parfois nous arrivons à des niveaux de conscience extra-temporels (comme vous l’avez joliment formulé) qui nous font en quelques sortes découvrir des vérités cachés au grand jour au-delà du temps.

    Autre point très important, je crois que d’un point de vue strictement académique, il est problématique de traiter d’un ouvrage daté du VIIe S au plus tôt grâce aux progrès géniaux en paléographie, pour le considérer comme un ouvrage potentiellement potable dans la description de l’âge du bronze. Cependant. Lorsque nous nous aventurons par un esprit moderne à disséquer le Coran, verset par verset, mot par mot, lettre par lettre, nous pouvons le confronter systématiquement avec des données archéologiques ou autres dans un esprit strictement académique, dans un but purement sytémique. Ce que j’essaye de faire.

    Je voulais ajouter une ou deux petites choses, comme je suis à nouveau ici. En fait, la déouverte d’une stèle datée de l’an VI du règne de Mérenptah évoque le massacre d’un peuple nommé Israël. C’est le plus ancien document à utiliser ce mot. Comme le soutient Finkelstein, étant donné que le peuple qui a depuis cette époque colonisé la terre de Canaan n’a pas changé, il semblerait qu’il s’agisse des protoisréalites. Finkelstein explique qu’une fuite depuis l’Egypte d’un demi-million d’hébreux eut été impossible, or il explique que du côté de Canaan, dans la période qui suit le décès de Ramsès II, des cananées qui ne voulaient pas payer d’impôts trop lourds comme sous les Ottomans ont pu fuir vers le désert. Et revenir après la crise dans la région pour coloniser progressivement Canaan. Le rôle de l’Egypte pour soutenir en grains la région avait conduit dans le passé les cananées à coloniser l’Egypte au point d’y régner jusqu’à ce qu’Ahmosis les chasse en Canaan. Donc, les forts entre Canaan et l’Egypte, ainsi que des écrits de l’époque expliquent que le Coran rapporte en maintes occurences que les égyptiens craignaient de perdre le contrôle. Il existe des poèmes de l’époque qui montrent cette phobie des égyptiens de perdre le contrôle. Finkelstein montre dans son livre une copie d’une fresque montrant un fort devant séparer avec puissance l’Egypte de Canaan pour empêcher l’invasion.

    Autre chose, les peuples de Canaan étaient multiples à l’époque, or le Coran montre Ramsès traitant Moïse comme un roitlet voulant lui dérober le territoire (je suis mieux que lui) et fait remarquer qu’il n’a pas de bracelet d’or, l’or est la chair des dieux à l’époque en Egypte, et le bracelet symbolise la puissance de la royauté. Ramsès communiquait avec des messagers célèstes dans la salle hypostyle pour faire germer les plants etc. Et de nombreux canaux tapissaient l’Egypte de cette époque d’une façon étonnante.

    Salutations fraternelles.

    PS. Une fois n’étant pas coutume, j’ai oublié de mentioner l’essentiel. En fait, l’écrit de la stèle de Merenptah dit qu’Israël a été anéanti, qu’il n’a plus de semence (mâle). En fait, cela se passe vers -1205, or, l’écrit mentionant Israël avant l’instauration de la lignée royale Davidique correspond avec l’apoque ou des semeurs de troubles (aux yeux de la famille royale pharaonique) troublaient la terre de Canaan et ont en partie fuis dans les déserts pour échapper à l’oppression et aux impôts très durs. La colonisation de Canaan par des nomades correspond donc à l’image donnée dans le Coran. Nous disposons donc de plusieurs points clés : 1) l’écrit qui mentionne un massacre des mâles d’ISraël en Canaan, vers -1205 ; 2) des traces de videment lents mais effectifs dans la même période ; 3) la colonisation de la région par des personnes se désignant comme tribu d’Israël après le massacre en question. Ces données nous permettent donc de pouvoir cadrer les récits du Coran avec cette période précise sur les populations concernées dans cette région précise. Amitiés sincères.

     
    • exégèse et théologie

      30 octobre 2010 at 18:27

      Bonjour Esmer,

      Avant-propos

      Vous avez l’art de vous étendre dans un sens puis dans un autre, et ce n’est pas pour me déplaire. Mais je constate que vous laissez tomber un nombre important de mes objections sans émettre le moindre commentaire à leur propos. J’ai pour exigence de répondre à toutes vos objections que j’évalue une par une dans vos messages. Aussi, j’aimerais que vous aussi répondiez à mes objections que ce soit pour être d’accord ou pas. Vous avez p. ex. été très évasif concernant l’hébreu, de même que vous n’avez pas réagi à mes remarques concernant le Psaume 55.22 que vous avez cité. Ensuite, vous continuez à exploiter les propos de Jérémie en les généralisant de manière outrancière comme si je n’avais rien dit à leur sujet (quand vous parlez de « la version rédigée par les scribes virulemment critiqués par Jérémie ». Qu’est-ce donc que cette « version »?).

      Questions sur l’hébreu

      – Dans votre message du 26/10, vous me dites avoir écrit un resh, mais dans celui du 25/10, il s’agit bien d’un kaf final, pas d’un resh. À la fin de מקרבך il y a un kaf final, pas un resh.
      – Vous ne m’avez toujours pas expliqué selon quelle vraisemblance il aurait pu y avoir dans le texte du Dt cette lettre signifiant « Tanak » (vous n’avez pas donné d’exemple biblique de ce phénomène), alors que Bible et Tanak en tant que tels n’existaient pas à l’époque.
      – Vous ne m’avez toujours pas montré dans le texte quel verbe hébreu vous traduisez par « éloigner de ».
      – Je vous ai dit que « lumière » ne se dit pas « Ra » en hébreu mais autrement. Qu’avez-vous à répondre?

      Sur le rapport entre Coran et histoire

      Vous m’avez présenté un certain nombre de versets coraniques qui, d’après vous, coïncident avec des données historiques. Néanmoins, j’m’interroge sur l’intérêt et la pertinence de tels rapprochements.

      Concernant l’intérêt, je prends l’exemple de Pharaon comme personnage divinisé, qui n’a rien de caractéristique. Le récit biblique présente Pharaon comme un tyran arrogant qui tient tête au Dieu d’Israël. De plus, par un détail significatif, le rédacteur biblique laisse entendre que Pharaon se met au même niveau que Dieu. En effet, la formule typique qui introduit le discours des prophètes bibliques est koh-´amâr Yhwh (« Ainsi parle Yhwh »). Nous retrouvons cette formule au v. 5.1 du récit de l’Exode quand Moïse et Aaron rapportent à Pharaon ce que Dieu leur a dit. Un passage parallèle (5.10) montre les inspecteurs et secrétaires de Pharaon rapporter au peuple d’Israël ce que Pharaon leur a dit. La même formule est utilisée, sauf que Yhwh est remplacé par Pare`oh (Pharaon). Le Coran ne fait qu’exploiter un trait du récit biblique en le poussant plus loin de manière plus explicite, selon le but du récit coranique (qui n’est pas le même que celui du récit biblique). Je ne vois pas ici l’originalité coranique (ni dans le fait de vouer un culte à Pharaon), ni l’intérêt de le mettre en rapport avec l’histoire, puisque c’est manifestement sur le récit biblique que la figure de Pharaon est construite.

      Concernant la pertinence, je prendrais l’exemple de Cor 5.20, d’où vous déduisez que « les ancêtres des habitants de Canaan avaient dominé l’Égypte du temps des Hyksos ». Le caractère allusif du passage ne permet pas ce genre de rapprochement. Ou bien alors on fait comme le Dr Bucaille et l’on déduit du Coran tous les miracles de la science moderne… La méthode est la même. Les allusions coraniques sont parfois tellement vagues qu’il est possible de leur faire dire ce que l’on veut. Et je pense que c’est le cas ici, avec l’exemple que vous donnez.

      À propos du nombre des israélites sortis d’Égypte, les deux passages que vous citez (10.83 et 26.54) ne sont pas concluants. Dans le premier (10.83), d’après le contexte, il s’agit du peuple de Pharaon, pas d’Israël (voir la note de Berque sur ce passage, de même que la traduction de Masson). Ensuite, le second passage (26.54) peut s’entendre dans la bouche de Pharaon comme une expression de mépris. « En fait, écrit Jacques Berque, c’est la société officielle s’opposant à une minorité divergente, celle des Hébreux en l’occurrence. » (Le Coran. Essai de traduction, Albin Michel, 2002, p. 393.). Il s’agit donc davantage de rhétorique que de « réalité historique ». Ensuite, le second argument que j’aimerais faire valoir, c’est que, dans le Coran, la confrontation entre Moïse et Pharaon est essentiellement axée sur « la reconnaissance de l’autorité prophétique de Moïse et de son message monothéiste » (scénario calqué sur Muhammad, donc rien d’historique), alors que la « libération des Fils d’Israël » est accessoire (« Moïse » dans Dictionnaire du Coran, Robert Laffont, p. 559; c’est fait, je l’ai enfin ce dictionnaire!). On comprend donc facilement pourquoi le Coran ne précise pas vraiment le nombre d’israélites sortis d’Égypte. Ce n’est pas son affaire, contrairement au récit biblique dont les exagérations découlent de préoccupations théologiques. Que ce soit la Bible ou le Coran, les données s’expliquent en fonction de leur optique théologique propre. Il s’ensuit que ce n’est pas en raison d’une concordance du Coran avec l’histoire, puisque le Coran ne se place pas sur le plan de l’histoire. Le rapprochement que vous faites après coup s’avère artificiel.

      – Quant à Cor 26.14-29 que vous comparez avec un « Hymne des Grands dignitaires à Ramsès II », qu’il y ait des similitudes entre des propos aussi généraux que convenus n’a rien d’étonnant. Ensuite, à propos de la « possession » dont vous parlez, Berque traduit par « insensé », tandis qu’une autre version éditée au Liban traduit par « fou ». Masson traduit comme vous par « possédé ». Cela montre que le terme arabe n’est pas univoque. Il s’ensuit que le rapprochement avec la manière dont les égyptiens concevaient la « possession » est plutôt lâche. À cela il faut ajouter que le phénomène de la possession est tellement répandu que ce rapprochement que vous faites ne révèle en fait rien de bien précis sur une éventuelle concordance historique.

      – Je ne comprends pas ce que je suis censé retirer de Cor 20.56-63 et 7.109-112, titrés « Les égyptiens craignaient un nouveau revers », de même que Cor 53.51-53: que dois-en tirer?

      Conclusion provisoire

      – Même si j’ai laissé l’un ou l’autre élément, il est clair à mes yeux que vous mettez en rapport des éléments qui relèvent d’un tel degré de généralité qu’ils en perdent toute pertinence quant à un éventuel rapprochement entre Coran et histoire, davantage encore s’il s’agit pour vous de (je vous cite) « reconstituer [la] véritable épopée » des israélites. Vous commettez ici l’erreur de prendre le Coran pour une source historique de première main concernant ce qu’il se serait réellement passé, alors que même les éléments pertinents de la Bible ne permettent pas de le faire. Ce que vous faites s’appelle du concordisme, non de l’histoire.

      – Par ailleurs, vous semblez convaincu que le Pharaon anonyme qui tient front à Moïse est Ramsès II, et vous cherchez naturellement dans le contexte de son époque tout ce qui pourrait concorder avec le Coran. Cependant, c’est faire preuve d’empressement que de voir en Ramsès II le Pharaon de l’exode. L’argument majeur est la mention de la ville-entrepôt qui a pour nom « Ramsès » (Ex 1.11). Cette mention n’est pas forcément une indication historique d’où l’on pourrait conclure avec certitude le moment de l’exode. Cela peut simplement être un détail littéraire inséré dans le grand récit de la délivrance d’Israël (comme dans un roman historique), récit qui n’a d’ailleurs aucune volonté de préciser au lecteur l’identité du Pharaon (des Pharaons, puisqu’il y en a deux) ni la période précise dans laquelle toute cette histoire se déroule. Compte tenu du caractère du récit biblique (et de celui du Coran), il est par conséquent forcé de déduire tout ce contexte sur la base de quelques maigres éléments, plus encore de l’exploiter exagérément en projetant toute une série de données égyptologiques en arrière-fond du récit biblique (ou coranique, comme vous le faites). Le fait est que le récit biblique peut être largement compris sans toutes ces données, ce qui montre que les auteurs bibliques ne songeaient pas à une époque particulière de l’histoire. Il ne convient donc pas d’en attribuer une de force, sous peine de tomber dans une sorte de concordisme, d’historicisme.

      À propos de votre dernier message

      – Vous parlez « des Juifs de Yathrib dont l’identité est discutée, mais qui selon la tradition musulmane étaient des descendants d’Aaron, et même des Kohanim. Or il est permis de penser que la Torah orale chez ceux-ci aurait conservé des détails pertinants, fondé sur une mémoire populaire. » Permettez-moi d’opposer un sérieux doute sur cette prétendue descendance et sur la possibilité de conserver des « détails pertinents », j’entends historiquement, sur l’exode. C’est une pure conjecture de votre part. La torah orale n’a pas pour but de transmettre des précisions historiques (en tout cas bibliques); il suffit de s’y plonger pour s’en rendre compte.

      – À propos de la connaissance biblique de Muhammad, je dirais pour commencer que cette approche qui est la vôtre est tout à fait louable dans la mesure où elle s’écarte du dogme traditionnel qui veut que Muhammad ait été illettré et que le Coran soit la parole de Dieu descendue telle quelle du ciel et retranscrite passivement par Muhammad. D’un autre côté, quand j’explore le Coran j’aurais plutôt tendance à mettre Muhammad entre parenthèses, car tout ce que la tradition musulmane a pu écrire sur lui, que ce soit la Sîra ou les Hadîth, ne peut pas être reçu comme de l’histoire. Mais je ne m’avancerais pas davantage à ce sujet, car je ne fais ici qu’exprimer une impression. J’ajoute pour terminer, que cette connaissance biblique intègre bien entendu des récits considérés comme apocryphes et des traditions juives locales. Le dogme traditionnel de la descente du Coran ne tient pas du point de vue de l’histoire.

      – Vous écrivez ensuite que « nous pouvons le confronter [le Coran] systématiquement avec des données archéologiques ou autres dans un esprit strictement académique, dans un but purement sytémique. Ce que j’essaye de faire. » Je ne comprends pas bien le sens et le but de votre démarche. Que l’on essaie de reconstituer le contexte historique du Coran, cela est certes nécessaire et une entreprise indispensable à la compréhension du Coran abstraction faite de la tradition islamique. Mais que l’on veuille faire coïncider des récits du Coran, que ce soit les récits d’Adam, Noé, Abraham, Moïse ou Jésus, avec des données archéologiques et historiques, cela me semble vain, voire suspect de fondamentalisme. Qu’on le veuille ou non, le Coran est une source secondaire qui puise principalement dans des sources de nature littéraire et traditionnelle, non historiques. Faire le lien direct entre des éléments du récit coranique avec l’histoire c’est opérer un court-circuit qui ne tient compte ni du contexte dans lequel est né le Coran, ni de sa nature poétique et homilétique (et non historiographique). C’est de cette question-là que j’aimerais vous voir discuter, pas des différents parallèles que vous dressez avec l’histoire qui me paraissent méthodologiquement douteux et invraisemblables. Car il est effectivement invraisemblable de soutenir que le Coran contient des détails historiques sur ce qu’il s’est passé à deux millénaires de distance. Par contre, il n’est pas interdit de penser que la parcimonie des descriptions coraniques puisse être synonyme de vraisemblance, mais cela vaut au niveau littéraire, pas au niveau historique.

      Cordialement

       
  14. Ahmed Esmer

    31 octobre 2010 at 02:06

    Salut.

    Je n’ai que peu de notions en hébreu, que je ne pratique pas. Je voulais écrire ceci :

    ‘nabîa ma qérébé ra m(é)’ané’ina kamo-nii , ‘aqim léna yhvh élohéika.’

    Je ne maîtrise pas l’hébreu mais je comprends : ‘Mettez un froid au prophète (en fonction de la) bible (ou luttez contre lui), votre frère (venant) de moi, (qui) désigné (par) Yahvé ton dieu.’

    (Comme je l’ai dit, ceci est un point secondaire, car le texte parle du milieu de leurs frères en Dieu). Je reconnais que j’ai pu avoir commis des erreurs de langue, c’est pourquoi je n’ai pas insisté.

    Concernant les Psaumes 55,22 ; le texte parle en fait du peuple d’Israël (la personne dont vous parlez est une figure de style symbolisant tout Israël, parfois c’est Shalem qui est comparée à une prostituée etc.), l’auteur se lamente sur leur éloignement de l’Alliance. Il y a un jeu de mots, le mot fardeau envoie à la fois au poids des actions d’Israël et à la fois sur le fardeau de la loi à leur faire appliquer et qu’il abandonnent (Alliance). Le verset 22 précède le verset 23, et succède au verset 21. En fait, les deux lectures sont possibles : il s’agit de Yahvé ou d’Israël. Ce genre de style elliptique est fréquent dans les langues sémitiques. Mathieu 23, aussi fait mention aux écritures comme un fardeau. C’est une grille de lecture, je respecte que vous lisiez autre chose, je ne vois pas pourquoi insister là-dessus ?

    Concernant Jérémie, j’ai écrit que le pentateuque a été rédigé vers son époque, cela est soutenu par de nombreux spécialistes, de même que les manipulations élohistes, et sacerdotaux du vivant de Jérémie et encore après, je trouve votre interprétation peu crédible point de vue réalisme. C’est tout votre droit de réfuter l’approche scientifique et historien. Finkelstein écrit noir sur blanc que les judéens ont rédigé cette version primitive dans un but politique envers l’état rival d’Israël, idem, je respecte que vous pensiez différement, je ne vois pas en quoi insister serait enrichissant.

    Le Coran fait dire à Moïse aux israélites qu’ils ont été rois dans le passé. Cela est très clairement formulé dans le texte original disponible. Il n’est pas dit quand et où ils ont été rois, mais si on considère qu’à l’époque de Moïse les israélites n’avaient pas encore une identité communautaire propre (Finkelstein soutient que cela commence après -1200), ils devaient s’identifier aux Cananéens. Or, les Cananéens ont régné en Egypte avant leur expulsion en Canaan. Ceci est une lecture parmi d’autres, à chacun de le partager ou non.

    Concernant la formule ainsi a commandé Pharaon, c’est une formule de commandemant qui peut s’appliquer à n’importe quelle autorité. Le Coran parle très ouvertement de divinité. Mais votre lecture est intéressante, même si cela n’explique pas comment Muhammad en aurait déduit une divinité ne maîtrisant pas l’hébreu ? Sauf si des Juifs de Yathrib auraient conduit un midrash dans ce sens… Cela s’applique bien aux pharaons, et à Ramsès II d’avantage.

    Concernant le nombre des israélites sortis, les termes utilisés en arabe et qui sont rendus plutôt bien par la plupart des traducteurs, signifie qu’ils étaient peu nombreux. L’interprétation de J. Berque est une interprétation, j’en connais d’autres encore… Par ailleurs, selon Finkelstein, les habitants de Canaan ne dépassaient pas 200.000 têtes en tout et pour tout d’après les déductions archéologiques modernes. Et selon le même auteur, les israélites n’étaient par ailleurs en tout et pour tout qu’une partie de cette population, et selon le Coran une partie de ceux-ci seulement suivi Moïse par peur de représailles.

    L’hymne que j’ai cité qualifie Pharaon de la même façon que Moïse définit Dieu. C’est un simple constat. Et le mot possédé est en arabe ‘majnûn’. Il signifie étymologiquement ‘être possédé par un jinn’, il est utilisé pour désigner la folie. Et j’ai souligné que Pharaon est dit accuser Moïse de possession quand il a produit des miracles (mains blanche etc.) et a parlé des ancêtres de Pharaon. C’est un parrallèle c’est tout.

    J’ai parlé de Ramsès II, car la première mention historique d’Israël date du règne de son fils Mérenptah. Qui mentionne leur massacre en Egypte, dans la région de Canaan. Ce qui textuellement rejoint ce qui est dit dans le Coran. Et comme je l’ai écrit, de nombreux spécialistes évoquent cette thèse. Qui est renforcé par la stèle d’Israël. Qui précèse d’environs deux siècles la stèle de Tell Dan, qui mentionnera la maison de David…

    Concernant le concordisme. J’ai écrit que je ne considère pas le Coran comme une source en matière d’histoire, mais qu’il n’y a pas d’interdiction intellectuelle de le confronter dans sa forme textuelle disponible, à l’aide de la philologie et la linguistique aux données positives, archéologiques etc. Si vous n’êtes pas d’accord, cela signifie que cette discussion est inutile. Puisque vous avez à priori rejeté une telle approche. Je respecte cela, mais j’ai vraiment très peu de temps de libre pour continuer à tourner en rond ainsi.

    Si nous cherchons à trouver d’autres explications pour aboutir aux mêmes textes, et réfutons d’emblée que de telles croyances aient pu être transmises par les Juifs dans Médine selon les historiens musulmans comme Tabari ceci est un choix intellectuel qui n’est pas le mien. Il est toujours possible de chercher d’autres chemins possibles qui aient pu conduire Muhammad à enseigner ces choses sous cette forme, ou de les interpéter au second, troisième ou seizième degré. Cela est un choix. Je n’ai pas l’intention de vous convaincre, et si vous avez d’autres objections sur la présentation de mon approche, cela me ferait plaisir de les connaître. Mais je refuse de continuer à argumenter sur l’ontologie d’une critique archéologique du Coran, en acceptant à priori qu’il est incohérent avec l’histoire car divergent de la Bible.

    Salutation fraternelles.

     
    • exégèse et théologie

      31 octobre 2010 at 13:21

      Bonjour Esmer,

      Écoutez, pour l’hébreu, je vous suggère de laisser tomber. Les alternatives que vous proposez ne tiennent grammaticalement pas la route.

      Concernant Ps 55.22, je ne peux vous suivre dans votre interprétation. Je ne m’étendrais pas là dessus. Mais je dirais toutefois que votre lecture de la Bible, ici et ailleurs, a un caractère midrashique, dans la mesure où vous tissez des liens lexicaux et thématiques entre plusieurs passages. Cependant, une lecture serrée et contextuelle des textes révèle que ce genre de rapprochement est trop superficiel. Enfin, si j’insiste sur certains détails, c’est parce que ces détails vous servent d’argument dans vos démonstrations. Or, si je veux évaluer votre démonstration, je dois d’abord évaluer vos arguments.

      Concernant Jérémie, le reproche que je vous fais est celui de généraliser. Les passages de Jérémie que vous avez cités à l’appui de votre thèse ne sont pas concluants à mes yeux. Ensuite, vous persistez à présenter des éléments de la théorie documentaire comme preuves de falsification, alors que je vous ai montré qu’il n’y a pas de raison de faire le lien entre théorie documentaire et falsification (ou « manipulation », dans un sens péjoratif). Prenons un exemple concret: en quoi p. ex. la rédaction sacerdotale du Pentateuque serait due à une manipulation/falsification?
      Enfin, je ne conteste pas Finkelstein, mais je vous ferais toutefois remarquer qu’il écrit en archéologue, pas en exégète, ce qui fait que certaines de ses appréciations sont caricaturales.

      Concernant la royauté passée des israélites, le passage coranique aura beau être clair (ce que je ne conteste pas), il n’en demeure pas moins lapidaire et imprécis. Le détour par l’histoire ne le rend pas plus crédible. Pourquoi ne pas reconnaître que le Coran s’est trompé sur ce point?

      Concernant la formule koh-´amâr, vous avez sans doute raison si on la prend isolément. Mais dans le chapitre 5 de l’Exode, il y a un clair parallélisme entre Dieu + Moïse/Aaron + peuple et Pharaon + secrétaires/inspecteurs + peuple. Mais ce n’est ici qu’un détail. Quant à l’affirmation de sa divinité, je ne vois pas ce qu’il y a de particulier, si ce n’est qu’elle est explicite.

      Concernant le nombre des israélites, même si l’on écarte la note de Berque, il demeure toutefois que le détail coranique à ce sujet ne peut pas être compté comme une indication historique (rien ne permet de le faire). Ensuite, sur le second passage (10.83), vous faites comme si je n’avais rien dit, à savoir que, d’après le contexte, il s’agit du peuple de Pharaon, pas d’Israël (voir la note de Berque sur ce passage, de même que la traduction de Masson).

      Je ne m’étends pas davantage sur la question de la possession. Je tiens compte de votre remarque lexicologique, mais tenez également compte du fait que le phénomène de possession est tellement répandu que faire des rapprochements à ce sujet ne permet pas de tirer de conclusion. N’oubliez pas que Jésus lui-même était accusé de la sorte (Jn 7.20; 10.20-21)! Il ne serait d’ailleurs pas étonnant que l’accusation évangélique ait été transposée dans le récit coranique de Moïse. Bref, il ne manque pas de sources d’inspiration littéraire à ce sujet pour qu’il soit nécessaire de chercher dans la religion égyptienne.

      Concernant Ramses II, les éléments demeurent lâches et peu concluants. Beaucoup de zones d’ombre pour peu de points lumineux.

      À propos du concordisme. Le concordisme est un fourvoiement de la pensée. Généralement, ce sont les fondamentalismes en tous genres qui y recourent, qu’ils soient chrétiens ou musulmans. Une telle approche n’est pas scientifique. Maintenant, si vous souhaitez vous adonner à cette pratique, libre à vous.

      Enfin, je n’ai jamais laissé entendre que le Coran est « incohérent avec l’histoire car divergent de la Bible ». Je vous ai parlé des sources du Coran, de sa nature littéraire et poétique. S’il diverge avec la Bible, c’est pour des raisons théologiques, pas historiques. J’ai été clair là dessus.

      Cordialement

      PS: Avez-vous déjà entendu parler des travaux de Bruno Bonnet-Eymard sur le Coran?

       
  15. Ahmed Esmer

    31 octobre 2010 at 18:51

    Salut.

    En fait, concernant le verset (10,83), le texte en arabe ne permet pas explicitement de soiutenir que des égyptiens ont suivis Moïse en un petit nombre remarquable. Les mots utilisés est ‘famâ âmana limûsâ illâ dhurriyatun minqawlihi’alâ khawfin min Fir’awna wa malâ’ihim an yaftinahum’, ce qui rend cette interprétation incohérente. Au verset 75 nous lisons ‘Thumma ba’athnâ Mûsâ wa Hârûna ilâ Fir’awna wa malâ’ihi bi âyâtinâ.’ De même au verset 88 il est fait allusion aux ‘malâ’ih’ de Fir’awn. C’est simple, Moïse est dit être envoyé non pas au peuple de Pharaon, mais à Pharaon et ses notables (malâ’ihi). Le petit nombre de convertis du peuple ne pouvant pas être les notables eux-mêmes (85, 88) cette interprétation est tirée dans les cheveux. Tabari qui a vécu au IXe S et est étranger aux découvertes archéologiques écrit qu’il est fait mention au peuple d’Israël dans son exégèse de ce verset.

    J’assume l’accusation de concordisme si cela peut permettre de montrer que le Coran n’est pas un plagiat raté de la Bible, et que lorsqu’il est confronté dans sa forme littérale directement accessible à un arabophone avant toute interprétation à l’archéologie, il se révèle ne pas présenter d’anachronisme, mais qu’en outre qu’il rapporte des éléments nouveaux ignorés de la littérature judéo-chrétienne disponible et connue qui se trouvent également correspondre avec la réalité historique, ou tout au moins, ne permettent pas de faire une seule objection scientifique évidente. D’ailleurs, le plus beau côté du Coran est ce côté intemporel et hors du temps. Ses enseignements qu’il a hérités dans tous son raffinement des Juifs et Chrétiens est sa véritable voie, et sa finalité celle d’enseigner la foi en un dieu unique, celui d’Abraham, d’Isaac, de Moïse et de Jésus.

    Voilà, je crois que nous avons clôturé la discussion. Bonne continuation.

    Salutations fraternelles.

     
    • exégèse et théologie

      31 octobre 2010 at 19:59

      Bonsoir Esmer,

      Concernant 10.83, vous écrivez que c’est vers Pharaon et ses notables que sont envoyés Moïse et Aaron, mais le v. 75 généralise et parle aussi du peuple: « Ces derniers [Pharaon et son conseil] firent les fiers: c’était un peuple de crime » (trad. Berque); « Mais ceux-ci [Pharaon et ses conseillers] s’enflèrent d’orgueil, car c’était un peuple coupable. » (trad. Masson) Par ailleurs, je pourrais vous rétorquer que c’est Moïse et Aaron qui sont envoyés chez Pharaon, pas le peuple israélite en son entier. Ensuite, cette « parcellisation » du peuple Égyptien par Pharaon est explicite en Cor 28.4, ce qui explique qu’en 10.83 une partie de ce peuple, c’est-à-dire les israélites, ait suivi Moïse, contrairement aux autres. Cela est cohérent avec le contexte. Moïse et Aaron tentent de convaincre Pharaon et les siens, pas les israélites. Dès lors, qu’est-ce que la mention d’une dissension au sein des israélites viendrait faire là? Ce n’est pas cohérent, d’autant plus que je ne trouve pas d’autre passage coranique parlant de cette prétendue dissension au sein des israélites. Au contraire, le peuple d’Israël réagit positivement (v. 85) à l’appel de Moïse (v. 84). Il n’est question d’aucune dissension.

      Voilà, je pense également que nous sommes arrivés au bout de notre discussion. Vous avez eu l’occasion d’exprimer ce que représente le Coran pour vous et le but qui est le sien. Sur ce, je vous souhaite également une bonne continuation.

      Cordialement

       
  16. Ahmed Esmer

    1 novembre 2010 at 00:33

    Salut.

    Je ne doute pas que Jacques Bercque ait pu interpréter certains versets différement de Tabari et des anciens exégètes musulmans. J’ai cité ce que Tabari, un arabophone, historien du IXe S comprenait de ce passage. Je vai donc citer certains passages du Coran pour contextualiser ce passage précis dans le corpus du Coran dans son intégralité.

    (C. 14,4-5) : « Et nous n’avons envoyé de messager qu’avec la langue de son peuple, afin de les éclairer. Dieu égare qui il veut et guide qui il veut. Et c’est lui le puissant, le sage. Nous avons certes envoyé Moïse avec nos miracles ; ‘Fais sortir ton peuple des ténèbres à la lumière, et rappelle leur les jours de Dieu’. »

    (C. 61,5) : « Et quand Moïse dit à son peuple ; ‘Oh mon peuple ! Pourquoi me maltraitez-vous alors que vous savez que je suis vraiment le messager de Dieu à vous’. Puis quand ils dévièrent, Dieu fit dévier leurs coeurs, ca Dieu ne guide pas les gens pervers. »

    (C. 20,47) : « Allez donc chez lui (pharaon); puis dites-lui, Nous sommes tous deux les messagers de ton seigneur. Envoie donc les enfants d’Israël en notre compagnie et ne les châtie pas. Nous sommes arrivés à toi avec des signes de la part de ton seigneur.’ »

    En fait, Moïse a été envoyé comme messager aux enfants d’Israël, pour un but théologique. Son envoi vers Pharaon et ses notables était pour leur apporter des signes et libérer les enfants d’Israël de l’oppression (C. 7,137) de leur peuple criminel. Les versets :(C. 7,137), (C. 26,54) et d’autres renforcent cette lecture de façon évidente. En outre le fait que Moïse s’adresse au israélites convertis en cachète en s’adressant à eux en disant ‘ö mon peuple’ et que son peuple présent à l’oraison réponde ne signifie pas que tous auraient suivis Moïse, il existe des contre-exemples précis comme Coré.

    Voici un autre passage dissociant ceux qui ont choisi de croire au message de Moïse et ceux qui ont choisi la vie terrestre :

    (C. 28,79-80) : « Il sort (Coré), dans ses fastes, contre son peuple. Ceux qui voulaient la vie de ce monde disent: ‘Ah ! Si nous avions reçu ce qui a été donné à Coré ! Il possède une fortune grandiose. Ceux à qui la science est donnée disent: ‘Aïe, le Retour d’Allah est meilleur pour qui adhère et est intègre, mais ne le rencontrent que ceux qui persévèrent.’ »

    Le fait de sélectionner une lecture possible ponctuelle sans contextualisation,ne signifie pas grand chose point de vue de l’aspect critique et strictement neutre. De cette façon, je peux vous trouver des erreurs dans des ouvrages scientifiques universitaires.

    Amitiés sincères.
    Esmer.

     
    • exégèse et théologie

      1 novembre 2010 at 10:46

      Bonjour Esmer,

      Cor 14.4-5: trop général, ne permet pas de trancher.

      Cor 61.5: on ne sait pas quand est située cette attitude envers Moïse. Vous savez très bien que les Israélites ont été récalcitrants dans le désert, donc après l’exode.

      Vous écrivez: « En outre le fait que Moïse s’adresse aux israélites convertis en cachète en s’adressant à eux en disant ‘ö mon peuple’ et que son peuple présent à l’oraison réponde ne signifie pas que tous auraient suivis Moïse, il existe des contre-exemples précis comme Coré. » Premièrement, il n’est pas question d’israélites convertis en cachette. Deuxièmement, dans le passage qui nous occupe, il n’est nulle part question de dissension. Troisièmement, l’exemple de Coré (ou du peuple d’Israël dans le désert) ne prouve rien du tout concernant cette prétendue dissension survenue avant l’exode. Quatrièmement, vous n’avez pas discuté mes arguments.

      Concernant Tabari, aussi vénérables que soient ses écrits, il n’est pas infaillible, tout comme ne le sont pas les Pères de l’Église vis-à-vis de la Bible.

      Cordialement

       
  17. Ahmed Esmer

    1 novembre 2010 at 23:13

    Salut.

    Excusez-moi, j’ai oublié de répondre à votre question au sujet de Bruno Bonnet-Eymard. Je n’ai pas lu l’auteur, j’en ai uniquement lu certains détails et à priori, l’auteur est plutôt discuté tant dans le domaine théologique que scientifique. Mais l’idée que des écrits en syriaque ou en d’autres langues ont précédé certains passages du Coran est un fait pratiquement indiscutable. Même si à défaut de disposer de la voyellisation utilisée du vivant de Muhammad et de la variation de certaines consonnes, il n’est pas interdit de penser que certains de ces textes aient pu influencer la vocalisation ou prononciation du Coran.

    Au sujet des derniers versets que j’ai cités, c’était pour montrer qu’une lecture donnée ne peut pas être retenue avec une certitude totale. Je désire donc répéter que je n’affirme pas que le Coran pourrait servir comme source historique, je souligne juste, que lu littéralement, il ne présente pas une incohérence chronologique ou un anachronisme évident, et semble permettre même des interprétations compatibles avec les données positives. Il est évidement impossible de démontrer que cela serait bien le sens visé par Muhammad, mais il n’est pas interdit de penser qu’à Yathrib les Juifs disposaient de certains livres perdus pouvant expliquer certains passages du Coran qui semblent tout de même donner certains détails étonnants par rapport à l’histoire reconstituée scientifiquement, mais ignorés dans les écrits judéo-chrétiens modernes.

    Enfin, la finalité du Coran n’étant pas d’enseigner les fidèles en matière d’histoire, mais de leur montrer des chemins et exemples, une telle approche ne peut avoir d’intérêt que dans un sens strictement académique ou exégésique.

    Salutations fraternelles.
    Esmer.

     
    • exégèse et théologie

      2 novembre 2010 at 13:10

      Esmer,

      Bonnet-Eymard me semble assez isolé dans sa quête (son travail a peu d’écho). Cela est sans doute dû à son appartenance à une mouvance catholique très conservatrice. Je fais personnellement abstraction de cela pour juger les fruits de son travail. Je n’ai pas ses livres, mais certains éléments sont exposés dans une série de vidéos. Je ne sais pas si vous les avez visionnées. En tout cas, certains points qu’il aborde me semblent très pertinents. En gros, son idée est que la tradition islamique n’est pas fiable historiquement, qu’il faut traduire et interpréter le Coran sans les apports ultérieurs de la tradition, donc également sans la vocalisation. Ensuite, sa traduction est menée avec l’idée que l’arabe du Coran est une sorte de transcription de l’hébreu et de l’araméen, langues de la Bible où a puisé l’auteur du Coran. Dans les vidéos que j’ai regardées, il donne plusieurs exemples dont certains sont d’une grande pertinence. Ainsi, en Cor 2.126, par un changement vocalique sur la première lettre, il propose de lire yld au lieu de bld, c’est-à-dire garçon/enfant et non ville/cité qui n’a rien à faire dans le contexte. Bref, je vous renvoie aux vidéos.

      Quant au reste de votre message, j’ai lu et j’apprécie les précisions que vous apportez, mais ne souhaite plus engager de discussion à ce sujet.

      Cordialement

       
  18. Ahmed Esmer

    2 novembre 2010 at 19:59

    Salut.

    J’ai visionné l’argumentation et la méthode d’approche de Bruno Bonnet-Eymar. Je dois avouer que l’auteur maîtrise très mal la langue arabe, prononce très mal et fait des erreurs grossières. Son style oratoire est par ailleurs arrogant et agressif, indigne d’une approche scientifique à mes yeux. En outre, dès la première partie des enregistrements, il évoque une histoire sur une épingle que l’épouse de Muhammad (oui, mais laquelle ?) aurait retrouvée dans le noir grâce à la lumière de Muhammad. Depuis vingt ans que j’étudie l’islam et la sira, je suis bien placé pour ne pas comprendre où il va chercher une telle ânerie. Si un tel conte existe il est extrêmement marginal et je ne suis pas tombé dessus depuis que je lis en la matière. Mais tout ce qu’il raconte n’est pas sans fondement.

    Certains orientalistes ont d’entan soutenus de fait des thèses similaires, tantôt mythisye, tantôt avec un Muhammad qui serait un chrétien hérétique, ou un Juif corrompu. En fait, depuis la découverte des manuscrits de Sana’a, les paléographes et islamologues ont fini par accepter que le Coran a été rédigé au plus tard au VII e S, et certains comme John Burton ont soutenu qu’une version intégrale du Coran aurait pu avoir été compilée du vivant de Muhammad.

    Le père Bonnet-Eymar établi en fait son approche sur plusieurs axiomes qu’il fonde sur des hypothèses de prédésesseurs chrétiens, principalement jésuites. 1) Le Coran serait entièrement à la source de la Sira ; 2) Les défauts graphiques de l’écriture arabe ne permettent pas de s’assurer du bien-fondé de la voyellisation actuelle ; et la Sira oriente le Coran dans un sorte de jeu de miroir provoquant un cercle vicieux qu’il faut briser ; 3) Cela se note dans l’obscurité du sens de certains passages, et surtout dans le manque de fil conducteur dans la version actuelle qui ne semble pas suivre un fil conducteur.

    En fait, n’importe quelle personne qui a certaines connaissances sur le Coran peut confirmer que dans l’ensemble ces points ont du bon et de l’inexact. La Sira est en effet en partie critiquée sur base du Coran, qui est considéré comme un ouvrage plus fiable par l’ensemble des experts. Et la Sira permet de contextualiser les versets dans l’ensemble. Mais il est erroné de généraliser cela ; et soutenir cela nécessite une démonstration à part entière. Par exemple, aucun verset du Coran ne donne des instructions sur les règles de transactions commerciales. Et il existe beaucoup de versets dont le sens est ignoré car nous ne disposons justement par de hadith pour les expliciter. Un point sur lequel le père fonde précisément le noyau dur de son approche, pour réécrire une version plus intelligible selon lui.

    La voyellisation actuelle du Coran ne peut pas se démontrer scientifiquement être parfaitement fidèle à celle du vivant de Muhammad, comme cela est soutenu par les vrais scientfiques, comme Manfred Kropp, Luxenberg etc. Luxenberg, qui a une thèse scientifique similaire à celle du père Eymar, et selon lequel la Sira rédigée vers le IX e S aurait influencé la version ‘voyellisée’ du Coran dont la finalisation graphique et orthorgaphique remonterait précisément au VIII e S, date de l’apparition du Coran comme texte écrit. Mais des études plus poussées ont depuis lors écarté cette thèse dans l’ensemble. En effet, comme je l’ai écrit en début du message, les mauscrits de Sana’a et d’autres écrits très anciens ont démontré qu’une version Uthmanienne primitive d’un corpus fidèle au corpus uthmanien existait dès le VII e S. Donc à une époque beaucoup plus proche de la date du décès de Muhammad, ce qui explique ses liens avec sa Sira. Cependant, la thèse de Luxenberg, de rechercher des apports syriaques d’évangélisation de l’Arabie dans la composition du Coran par Muhammad ou du moins leurs influences sur lui, n’est pas pour autant complètement exclue. Au sujet des mots dont le sens prète à confusion, ceux-ci ont par contre été à l’origine de plusieurs thèses différentes. Il se peut que la Mecque qui était au confluent commercial de nombreux peuples a naturellement hérité de nombreux mots étrangers à la langue de Mudar. Cela est la thèse principale. Mais, il a également été proposé notamment par Manfred Kropp de revocaliser les passages compliqués de façon ciblée pour tenter d’y retrouver des sens cachés ou perdus compatibles avec l’arabe liturgique du Coran sans faire appel à une langue différente ce celle de Mudar. L’idée de vouloir éradiquer la Sira, la voyellisation et la grammaire arabe dans leur ensemble pour tenter de recomposer à l’aveuglette un texte pseudo-scientifique est aussi fantaisiste que de vouloir rechercher l’histoire de Moïse cachée dans une encyclopédie en sélectionnant des lettres suivant un algorythme informatique. Je peux recomposer n’importe quelle sourate du Coran de plusieurs façons différentes en langue arabe même. Si je m’applique je pourrais peut-être lui faire dire que le père Bonnet-Eymar est un grand menteur… Cela n’a rien de scientifique. Les langues sémtiques sont très proches les unes des autres, et il est naturel que l’ont puisse vocaliser l’une de ces langues par une langue soeur. Par exemple, le début de la Genèse en hébreu est si proche de l’arabe qu’un arabe du désert qui prête un peu l’oreille peut aisément comprendre ce qui y est écrit.

    Concernant la question du fait que le texte du Coran n’aurait pas de fil conducteur, je vous propose de lire les explications scientifiques de Michel Cuypers, qui est un spécialitste de la rhétorique sémitique et coranique. Il explique qu’un ordre et une symétrie entre les textes existe, et démontre que les assemblages qui semblent les plus décousus recèlent en fait des symétries logiques et poétiques à plusieurs niveaux. La rythmique et la sémantique sémitique doivent être tenus en considération, et le spécialistes réétablit brillament le fil conducteur invisible dans les traductions.

    Comme je suis à nouveau ici, je voulais enfin ajouter un ou deux points au sujet du véritable sujet qui était la place de Muhammad ou du Coran par rapport à la Bible. D’abord je voudrais préciser que ce ne sont pas les saintes écritures qui déterminent l’historiographie, mais l’historiographie qui permet de dater les passages des saintes écritures. Je veux dire par là que ce n’est pas parcequ’un livre est attribué à un apôtre que la paléographie doit s’adapter pour déterminer qu’il est plus authentique qu’un autre écrit qualifié d’apocryphe. En fait, c’est précisément en recherchant des éléments clés dans les textes-mêms pour confronter les affirmations des écritures que les extraits sont qualifiés comme étant scientifiquement corrects ou incorrects. Autrement, les psaumes et versions de l’Exode ou de la Genèse (etc.) retrouvés à Qumran qui sont beaucoup plus anciens que les versions actuelles de la Bible, ainsi que des manuscrits originaux retenus comme apocryphes par les Juifs et Chrétiens contemporains sont bien plus anciens que leurs manuscrits fondateurs considérés canoniques.

    De même, comme je l’ai mentionné plus haut, la Bible elle-même s’en réfère à des livres sacrés introuvables désormais (Livre de Jaschar, Livre des sagesses de Salomon, etc.), et les évangiles citent de même des prophéties faisant défaut à la Bible canonique actuelle -me relire supra. Or, comme je l’ai mentionné plus haut également, les Juifs de Yathrib dont certains se sont islamisés ont transmis de nombreux midrash nommés isrâiliyât (lire ce que des scientifiques comme Goldziher Ignac, Kister Meir ou Meir Bar-Asher ont fait comme études en la matière) qui peuvent expliquer que le Coran détienne des informations faisant défaut à la Bible actuelle mais qui semblent pouvoir se fonder par l’archéologie d’une façon émouvante.

    Je voudrais enfin apporter une certaine clarification sur un autre point que j’ai écrit dans nos communications. Oui, j’ai écrit que le Coran pourrait permettre de réécrire l’histoire de l’exode. Mais en fait, je ne parlais pas de réécrire l’histoire de l’Exode selon le Coran. Je voulais dire l’histoire réelle de l’Exode qui a pu inspirer les auteurs de la Bible. Je m’explique, si nous tenons compte des pistes littérales du Coran en la matière nous obtenons une vision différente des événements à la lumière de l’archéologie.

    Ainsi nous pouvons nous poser des questions et y répondre soit par l’affirmative, soit par la négative :

    1) Les ancêtres historiques des cananées ont-ils régné en Egypte avant d’être repoussés en Palestine : Oui.
    2) La semence d’un peuple nommé Israël a-t-il été massacré en Egypte sur Canaan en l’an VI de Mérenptah : Oui.
    3) Les égyptiens craignaient-ils un revers venant de Canaan à cette époque très précise : Oui.
    4) La région a-t-elle été désertée vers cette époque par la population locale : Oui.
    5) A-t-elle été repeuplée progressivement environs un demi-siècle plus tard par des personnes se disant descedants d’Israël : Oui.
    6) Les israélites ont-ils fondé un royaume en Canaan : Oui.
    7) Ont-ils mis par écrit la Bible actuelle : Oui.

    Voilà ce que je voulais écrire, et non pas soutenir que le Coran soit pris comme base historique. L’archéologie éclairée par le Coran peut nous permettre de reconstituer la mémoire du peuple qui a composé la Bible et ce récit de sa genèse et de son exode.

    Salutations fraternelles.
    Esmer.

     
    • exégèse et théologie

      3 novembre 2010 at 00:28

      Esmer,

      Un rejet total de la tradition islamique me paraît abusif. Un travail critique demeure néanmoins nécessaire. Je ne m’avancerai pas davantage sur la question, car je n’ai pas les connaissances requises, si ce n’est quelques lectures comme de Prémare, Gallez et autres. Sinon, j’ai l’impression que l’histoire du Coran n’est pas forcément liée à l’histoire de Muhammad, même si on parle de périodes mecquoise et médinoise. D’un côté, si on n’avait que le Coran, que pourrait-on dire de Muhammad? Peu de choses me semble-t-il. À l’autre extrême, la tradition islamique sur Muhammad semble intarissable, tellement abondante qu’elle en devient suspecte. Comment s’en sortir?

      Concernant Cuypers, c’est certainement une très bonne avancée dans la lecture du Coran. Je n’ai pas le livre, mais j’en ai eu de bons échos. Puissent les musulmans prendre le relais… Cela dit, en parlant de fil conducteur, vous reconnaîtrez que pour celui qui souhaite étudier le Coran, l’ouvrage le plus utile après le Coran c’est… un index des thèmes et des personnages!!! Ensuite, on parle de rhétorique sémitique, je veux bien, mais si l’on prend l’exemple de la Bible hébraïque, il n’y a rien de comparable au style éclaté du Coran. Sauf dans le corpus biblique des derniers prophètes (qui comprend également les dimensions poétique et oratoire). Mais la majeure partie de la Bible est composée dans un mode narratif.
      ____________

      Ensuite, à propos des « un ou deux points » dont vous avez souhaité parler, je dirais d’abord que le principe du canon des Écritures est un principe herméneutique qui implique également la foi. Les chrétiens des premiers siècles n’ont pas inventé la critique textuelle ni la critique historique pour savoir ce qui sera admis dans le canon et ce qui ne le sera pas. Aujourd’hui, on peut très bien considérer certains écrits du NT comme pseudépigraphes et pourtant admis dans le canon. L’historiographie garde donc toute son autonomie face aux questions de foi qui se situent à un autre niveau. Cela dit, le Coran non plus n’a pas inventé la critique textuelle et la critique historique, c’est pourquoi son auteur peut puiser librement dans des sources légendaires tardives comme le Protévangile de Jacques ou les traditions juives.

      Ensuite, rien n’indique que les livres perdus auxquels fait référence l’AT étaient « sacrés », et on ne sait même pas si de tels livres ont réellement existé, et s’ils ont existé quelle était leur nature exacte. Ensuite, les allusions néotestamentaires extérieures à l’AT sont très rares, il ne faut pas exagérer le phénomène. Enfin, vous parlez des midrashim qu’auraient transmis les Juifs de Yathrib et qu’aurait retenu le Coran. Cependant, le midrash est davantage une manière d’interpréter la Bible, pas un supplément ou un complément à la Bible. C’est pourquoi je trouve erronée votre idée qui sous-entend que ces traditions seraient au même niveau que la Bible, si pas même antérieures. En tout cas, je ne vois pas d’éléments concrets à l’appui de votre idée.

      Enfin, quant à la relation entre Coran et histoire sur laquelle vous revenez, j’estime que vous vous contredisez. D’un côté vous dites que votre objectif n’est pas de « soutenir que le Coran soit pris comme base historique », ce avec quoi je suis d’accord. Mais, de l’autre côté, vous écrivez que grâce au Coran qui éclaire l’archéologie il est possible de reconstituer (en partie peut-être) « l’histoire réelle de l’Exode qui a pu inspirer les auteurs de la Bible ». Pour moi, il est clair que parvenir à un tel objectif sous-entend que le Coran soit compris et exploité comme une « base historique », puisque vous parlez d’éclairer l’archéologie et de reconstituer une histoire réelle. Je ne comprends vraiment pas votre position qui me semble, comme je vous l’ai dit, ambivalente, contradictoire.

      Cordialement

       
  19. Ahmed Esmer

    3 novembre 2010 at 18:20

    Salut.

    Au sujet de la question des sirah et traditions, une abondante littérature scientifique a été écrite sur ce sujet. La difficulté de distinguer le légendaire des faits fiables est d’une extrême difficulté. La tradition orale a conduit vers la variation des témoignages sur plusieurs générations, et cela a été amplifié par les défauts du système d’écriture archaïque qui ne sera finalisé que plusieurs siècles après Muhammad. Des disciples de Muhammad ont écrit très tôt des sirah et ouvrages de hadith dont certains nous sont parvenus dans des receuils postérieurs plus tardifs, mais la difficulté de la critique externe est patente et fort hardue. Une connaissance de l’Arabie préislamique et des investigations paléographiques, appuyées par l’informatique, devront permettre de progressivement reconstituer l’histoire réelle en sondant en profondeur la masse énorme des témoiganges rapportés. Mais encore une fois, la véritable certitude ne sera plus jamais acquise dans les détails de la vie de Muhammad, car pour cela il faudrait des témoignages extérieurs et contemporains. Or, à part un témoignage grec et chrétien de Théophane du IX e S qui remonte à l’époque d’ibn Hisham, nous ne disposons manifestement pas d’écrits extérieurs sur le prophète. Le rapport entre Muhammad et le Coran est encore un autre problème scientifique et critique qui est le lieu de débats très délicats chez les chercheurs spécialisés en la matière. Le côté législatif et les récits de batailles semblent en gros liés à la chronologie du vécu de Muhammad, et les récits des anciens sont calqués sur la personne du Prophète, comme pour d’une part l’assimiler aux anciens prophètes auxquels sont ajoutés Noé, Esdras etc., et d’autre fois faire des exhortations à ses fidèles pour ne pas finir comme les peuples anéantis.

    Je crois que pour les deux derniers points j’ai mal formulé mes idées, cela est délicat dans du rédactionnel srticte. En fait, je voulais dire que la désignation d’un récit quelconque, qu’il s’agisse de proverbes, de psaumes ou de recueils de chants comme faisant ou non partie d’un patrimoine sacré ou religieux n’est pas du domaine de la science. Le livre de Jaschar qui revient également dans II Samuel était semble-t-il un livre de chants considéré antérieur à David et cité comme référence historique dans la Bible. Ce point est en fait lié à ce que je fais comme usage du mot midrash. Je voulais juste souligner qu’il a existé des manuscrits pouvant contenir des informations sur l’exode ou la genèse qui ont disparus actuellement. La découverte de certains manuscrits à Qumran comme 1QapGen, 1Q22 ou 4Q374/4Q375/4Q377 etc. montrent que des approches de l’époque des patriarches et de l’Exode différentes de la version biblique ou plus détaillées ont existé dans le passé. Concernant le fait que des midrash puissent également se référer à certains de ces ouvrages ou à une lecture particulière des écrits canoniques peu se noter dans certains midrash actuels, comme dans Midrash Béréshit Rabba 38,16. Parmi les [http://books.google.be/books?id=d7eKAAAAMAAJ&q=israiliyat&dq=israiliyat&hl=fr&ei=4ZfRTIKKJtHFswayup2rCw&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=2&ved=0CCsQ6AEwAQ Isra’iliyyat], ont donc pu exister des informations pouvant remonter à l’époque d’un Moïse historique. Le Coran le fait nommer l’enfant par la femme de Pharaon là où la Bible le fait nommé en hébreu Môshé pex. Or, le texte arabe écrit Mûsa ‘Mem Sin Ya’, qui peut se lire mesy, qui signifie bien enfant en égyptien de l’époque : (C. 18,9). Le fait de confronter des magiciens et soriers les jours de fête et les menaces des magiciens de faire tomber le ciel et la terre sont retenus par les égyptologues comme autant de points qui confortent le texte tant biblique que coranique etc.

    Je veux donc préciser ce que j’ai dit au sujet de l’éclairage du Coran pour reconstituer l’histoire des israélites… Le Coran étant un livre remontant au VII e S de notre ère, et étant différent des écrits disponibles tous manuscrits confondus, il ne peut pas être utilisé comme un manuel d’histoire. Il n’a pas cette vocation par ailleurs, puisqu’il est avant tout un livre sacré fondant un mode de vie et une religion. Cependant, la lecture littérale des passages traitant de certains aspects de l’histoire, confrontés avec l’archéologie et l’historiographie permettent de réécrire une histoire différente et pertinente du peuple Juif. Cela ne fait toujours pas du Coran un manuel d’histoire. Mais les approches acquises peuvent être considérées comme fondées par l’archéologie et permettre de réécrire l’histoire du récit biblique. Je ne sais pas si cela vous semble plus clair ?

    Salutations fraternelles.
    Esmer.

     
    • exégèse et théologie

      4 novembre 2010 at 17:06

      Esmer,

      Concernant les études critiques des sources islamiques, je vous suis parfaitement. Le chantier est vaste, et mon souhait est que les musulmans eux-mêmes (pas seulement en Occident) abordent leurs sources de manière critique et scientifique.

      Concernant votre deuxième paragraphe, je ne peux toujours pas vous suivre dans votre optimisme sur la possibilité de reconstituer l’histoire ancienne d’Israël, que ce soit sur des fondements bibliques ou autres. Pour moi, le fait est indéniable, même s’il existe des références historiques dans la Bible, il est impossible de reconstituer l’histoire, surtout celle d’avant la royauté. La datation des sources bibliques et leur nature littéraire ne le permettent pas. S’il y a un souvenir historique sous-jacent au récit de l’exode raconté dans la Bible, ce souvenir, ce noyau historique, ce qu’il s’est réellement passé, eh bien on ne peut pas l’atteindre, que ce soit par la Bible, les apocryphes, les midrashim ou le Coran. C’est pareil avec les Patriarches ou le livre de Josué qui raconte la conquête et l’installation. Tous les rapprochements que vous essayez de faire entre la Bible, le Coran et l’histoire sont hypothétiques, spéculatifs, voire méthodologiquement douteux, parce que vous interprétez des données archéologiques Bible et Coran en main. C’est pourquoi j’ai parlé de concordisme.

      L’histoire d’Israël reconstituée par l’archéologie et l’historiographie n’est pas la même histoire que celle racontée dans le Bible, et ce davantage au fur et à mesure que l’on remonte dans le passé. La lecture littérale de certains passages du Coran n’y changera rien. D’où pensez-vous que le Coran rapporte les dialogues entre Moïse et Pharaon? Un scribe était-il assis à côté d’eux pour tout noter? Ou bien pensez-vous que Moïse ait transmis tout cela à ses propres scribes? Rien de tout cela. Ces dialogues sont inventés ou inspirés de dialogues inventés de la Bible ou la tradition juive, tout comme les personnages de Moïse et Pharaon sont des constructions littéraires et théologiques. Pourquoi dans ce cas voulez-vous qu’en certains passages on ait affaire à des données historiques? C’est incohérent. Peut-être voulez-vous sans doute me faire comprendre que tout ce qui concorde d’une manière ou d’une autre à des éléments archéologiques est susceptible d’être historique? Mais c’est justement cela le concordisme! Cela consiste à faire une lecture archéologisante et historicisante de la Bible ou du Coran, pas du tout à démontrer leur fiabilité historique. Il y a une différence entre les deux! On pourrait dans ce cas faire une telle lecture de n’importe quel roman policier et en déduire que tout ce qu’il raconte est historique, puisque de nombreux éléments ont des points d’ancrage et sont repérables dans les cartes de géographie et nos sociétés modernes. Mais cela ne veut pas dire que tout ce qui est sorti de l’imagination du romancier s’est réellement produit! Or, c’est ce que vous faites avec la Bible et le Coran: puisqu’on peut faire certaines connexions avec ce que l’archéologie nous apprend, donc ce qui est raconté s’est réellement passé. Ou bien plutôt, vous interprétez et reconstituez les données archéologiques en fonction de la trame « historique » que propose la Bible, à quoi vous ajoutez des détails (correctifs ou non) du Coran. Vous fonctionnez en cercle fermé: les Écritures renvoient au passé archéologique (ce qui est un postulat puisque le passé biblique d’Israël n’est pas forcément de type archéologique), l’archéologie témoigne des Écritures (conséquence de ce postulat), donc en jonglant avec les deux on devrait arriver à reconstituer le passé. Ce n’est pas là une manière saine et juste d’articuler Écritures et archéologie. Dans ce cas, vous justifiez aussi les lectures « scientifiques » du Coran que pratiquait le Dr Bucaille, qui tentent d’établir que le Coran contient en germe toute une série de données et de découvertes scientifiques. C’est exactement le même principe: puisqu’on peut établir certaines connexions avec nos connaissances scientifiques actuelles, alors le Coran est réellement un livre divin révélé et dicté par Dieu…

      Cordialement

       
  20. Ahmed Esmer

    4 novembre 2010 at 17:58

    Salut.

    Si le concordisme est le fait de faire une exégèse des écritures saintes pour les faire concorder avec les sciences, alors les tentatives de dépouiller la Bible ou le Coran de toute historicité, contrairement à ce qu’il en était il y a si peu de temps tant de la part des Juifs que des Chrétiens, eh bien cela est du concordisme aussi. Autrement il faut reconnaître que les récits étaient erronés ou falsifiés.

    Lorsque nous portons un oeil critique sur du texte intelligible, dans une langue donnée, sur base de la philologie et des connaissances scientifiques sur cette langue cela s’appelle de l’exégèse scientifique. Le fait de confronter les informations d’un ouvrage donné par rapport à un esprit moderne cela s’appelle une approche critique. Si les informations sont concordantes, cela s’appelle duconcordisme, mais si les informations son disconcordantes, cela s’appelle une approche neutre. Mais cela sans tenir compte de ce que ce n’est pas l’oeil qui critique qui décide du degré de concordance entre les informations confrontées entre-elles.

    Salutation fraternelles.
    Esmer.

     
    • exégèse et théologie

      4 novembre 2010 at 18:19

      Esmer,

      Il ne s’agit pas de « dépouiller la Bible ou le Coran de toute historicité », mais de dire ce qu’il est possible de dire sur la base des connaissances historiques et archéologiques, mais aussi grâce à une meilleure connaissance de la nature des sources, bibliques ou coraniques. Cela n’est pas du concordisme, mais une démarche historique saine et indispensable. Bien sûr, il existe toujours des excès (et Finkelstein tombe dans un certain excès archéologisant), mais ce n’est pas ceux-là qui déterminent le bien fondé d’une démarche par ailleurs justifiée dans ses principes et ses méthodes.

      Cordialement

       
  21. lolol

    3 octobre 2015 at 22:32

    POUR L’AUTEUR: bravo pour votre analyse et merci de nous liberer de ces mensonges.
    JE VOUS FAIS DONC UN CADEAU (qui m’a aussi libéré de cette horreur qu’est l’islam)

    il y a aussi TROIS autres argument massif qui montrent que Deutéronome ne peut etre détourné:

    car l’autre argument débile de deedat est que mahomet est venu au nom de Dieu. puisque les sourates préfacée par « au nom d’allah, le clement, le misericordieux »

     » s’il arrive qu’un homme n’écoute pas mes paroles qu’il prononce EN MON (Dieu) NOM, c’est moi qui lui en demanderai compte. » TROP BEAU !!!

    1) rien de nouveau:
    – ce n’est pas une preuve en soi: tous les prophètes et jesus sont venus au nom de Dieu qq part… – plus encore, jesus aussi dit 600 ans avant qu’il est venu en son nom.
     » Je vous l’ai dit, et vous ne croyez pas. Les oeuvres que je FAIS AU NOM de mon Père rendent témoignage de moi. Je suis VENU AU NOM de mon Père, et vous ne me recevez pas; si un autre vient en son propre nom, vous le recevrez »
    encore comme vous dites, le coté obsessionnel de deedat

    2) mais jesus fait meme beaucoup plus: il parle directement par le père et non en rapportant les propos d’un ange comme mahomet: ex parmi d’autres:

    Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu. Et la parole a été faite chair, et elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité ; Et nous avons contemplé sa gloire, une gloire comme la gloire du Fils unique venu du Père.

    « Je leur susciterai du milieu de leurs frères un prophète comme toi, je mettrai MES paroles DANS SA BOUCHE, et il leur dira tout ce que JE LUI commanderai »
    or pour mahomet c’est l’ange gabriel qui a mis ses paroles dans sa bouche et a commandé à mahomet, pas allah directement

    3) mais là ou on va rigoler, c’est que mahomet est venu AU NOM DE DIEU d’après deedat ?
    .mais le meme dit aussi que mahomet est le paraclet. alors que dit l’évangile de jean écrit 600 ans avant ?

    « Mais le paraclet (mahomet), l’Esprit de Vérité, que le Père enverra EN MON (jesus) NOM, vous enseignera toutes choses, et vous rappellera tout ce que je vous ai dit »
    ET
     » s’il arrive qu’un homme n’écoute pas mes paroles qu’il (mahomet) prononce EN MON (Dieu) NOM, c’est moi qui lui en demanderai compte. »

    donc deedat dit que mahomet est venu au nom d’allah et en meme temps qu’il est venu au nom de jesus.

    ce qui est une contradiction flagrante pour un théologien.
    si jesus n’est qu’un prophète, mahomet ne peut pas venir en son nom.

    un mensonge finit toujours par une contradiction interne….

    que le seigneur vous benisse

     

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