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La lecture fondamentaliste de la Bible: point de vue catholique

08 Août

Cet extrait du document de la Commission biblique pontificale intitulé L’interprétation de la Bible dans l’Église (1993) contient une synthèse qui résume assez bien les problèmes que pose (et crée!) la lecture fondamentaliste de la Bible. C’est pourquoi je reproduis cet extrait (qui présente quelques coquilles à corriger; pour ceux qui lisent bien l’italien, l’original est ici). L’entièreté du document est consultable sur le site Port Saint Nicolas.

Une remarque sur le document: sur certains points, on peut regretter une vision caricaturale et sans nuances. Par exemple, certaines lectures fondamentalistes ne rejettent pas les méthodes historico-critiques, mais leurs présupposés soi-disant anti-chrétiens ou bibliquement non-conformes; ces méthodes sont appliquées dans les limites de ce que permettent les doctrines fondamentalistes sur la Bible et l’inspiration verbale. De plus, le fondamentalisme ne consiste pas à tout rejeter ni à tout interpréter de manière littérale, mais à n’accepter uniquement ce qui arrange ses vues doctrinales (et à critiquer tout le reste). Cela s’illustre p. ex. dans le rapport entre Bible et archéologie: tout ce qui paraît confirmer la vérité historique de la Bible est valorisé sans problème; tout ce qui ne va pas dans ce sens sera critiqué, voire suspecté de vouloir « détruire » la Bible ou de prôner une philosophie implicitement hostile au christianisme. On aura même droit à une leçon sur l’humilité, la limite des connaissances humaines, voire rétorquer que l’archéologie et l’histoire ne sont pas des sciences exactes…

***

Ladaa lecture fondamentaliste part du principe que la Bible, étant de Dieu inspirée et exempte d’erreur, doit être lue et interprétée littéralement en tous ses détails. Mais par « interprétation littérale » elle entend une interprétation primaire, c’est-à-dire excluant tout effort de compréhension de la Bible qui tienne compte de sa croissance historique et de son développement. Elle s’oppose donc à l’utilisation de la méthode historico-critique, comme de toute autre méthode scientifique d’interprétation de l’Écriture. La lecture fondamentaliste a eu son origine dans une préoccupation de fidélité au sens littéral de [la Bible]. Après le siècle des Lumières, elle s’est présentée, dans le protestantisme, comme une sauvegarde contre l’exégèse libérale.

Le terme « fondamentaliste » se rattache directement au Congrès Biblique Américain qui s’est tenu à Niagara, dans l’État de New York, en 1895. Les exégètes protestants conservateurs y définirent « cinq points de fondamentalisme » [note: peut-être faut-il comprendre « fondamentaux »]: l’inerrance verbale de l’Écriture, la divinité du Christ, sa naissance virginale, la doctrine de l’expiation vicaire et la résurrection corporelle lors de la seconde venue du Christ. Lorsque la lecture fondamentaliste de la Bible se propagea en d’autres parties du monde, elle donna naissance à d’autres types de lectures, également « littéralistes », en Europe, Asie, Afrique et Amérique du sud. Ce genre de lecture trouve de plus en plus d’adhérents, au cours de la dernière partie du XXe siècle, dans des groupes religieux et des sectes ainsi que parmi les catholiques.

Bien que le fondamentalisme ait raison d’insister sur l’inspiration divine de la Bible, l’inerrance de la Parole de Dieu et les autres vérités bibliques incluses dans les cinq points fondamentaux, sa façon de présenter ces vérités s’enracine dans une idéologie qui n’est pas biblique, quoi qu’en disent ses représentants. Car elle exige une adhésion sans défaillance à des attitudes doctrinaires rigides et impose, comme source unique d’enseignement au sujet de la vie chrétienne et du salut, une lecture de la Bible qui refuse tout questionnement et toute recherche critique.

Le problème de base de cette lecture fondamentaliste est que, refusant de tenir compte du caractère historique de la révélation biblique, elle se rend incapable d’accepter pleinement la vérité de l’Incarnation elle-même. Le fondamentalisme fuit l’étroite relation du divin et de l’humain dans les rapports avec Dieu. Il refuse d’admettre que la Parole de Dieu inspirée a été exprimée en langage humain et qu’elle a été rédigée, sous l’inspiration divine, par des auteurs humains dont les capacités et les ressources étaient limitées. Pour cette raison, il tend à traiter le texte biblique comme s’il avait été dicté mot à mot par l’Esprit et n’arrive pas à reconnaître que la Parole de Dieu a été formulée dans un langage et une phraséologie conditionnés par telle ou telle époque. Il n’accorde aucune attention aux formes littéraires et aux façons humaines de penser présentes dans les textes bibliques, dont beaucoup sont le fruit d’une élaboration qui s’est étendue sur de longues périodes de temps et porte la marque de situations historiques fort diverses.

Le fondamentalisme insiste aussi d’une manière indue sur l’inerrance des détails dans les textes bibliques, spécialement en matière de faits historiques ou de prétendues vérités scientifiques. Souvent il historicise ce qui n’avait pas de prétention à l’historicité, car il considère comme historique tout ce qui est rapporté ou raconté avec des verbes à un temps passé, sans la nécessaire attention à la possibilité d’un sens symbolique ou figuratif.

Le fondamentalisme a souvent tendance à ignorer ou à nier les problèmes que le texte biblique comporte dans sa formulation hébraïque, araméenne ou grecque. Il est souvent étroitement fié à une traduction déterminée, ancienne ou moderne. Il omet également de considérer les « relectures » de certains passages à l’intérieur même de la Bible.

En ce qui concerne les évangiles, le fondamentalisme ne tient pas compte de la croissance de la tradition évangélique, mais confond naïvement le stade final de cette tradition (ce que les évangélistes ont écrit) avec le stade initial (les actions et les paroles du Jésus de l’histoire). Il néglige du même coup une donnée importante: la façon dont les premières communautés chrétiennes elles-mêmes ont compris l’impact produit par Jésus de Nazareth et son message. Or c’est là un témoignage de l’origine apostolique de la foi chrétienne et son expression directe. Le fondamentalisme dénature ainsi l’appel lancé par l’évangile lui-même.

Le fondamentalisme a également tendance à une grande étroitesse de vues, car il tient pour conforme à la réalité une cosmologie ancienne périmée, parce qu’on la trouve exprimée dans la Bible; cela empêche le dialogue avec une conception plus large des rapports entre la culture et la foi. Il se base sur une lecture non-critique de certains textes de la Bible pour confirmer des idées politiques et des attitudes sociales marquées par des préjugés, racistes par exemple, tout simplement contraires à l’évangile chrétien.

Enfin, dans son attachement au principe du « sola Scriptura », le fondamentalisme sépare l’interprétation de la Bible de la Tradition guidée par l’Esprit, qui se développe authentiquement en liaison avec l’écriture au sein de la communauté de foi. Il lui manque de réaliser que le Nouveau Testament a pris forme à l’intérieur de l’Église chrétienne et qu’il est Sainte Écriture de cette Église, dont l’existence a précédé la composition de ses textes. Le fondamentalisme, de ce fait, est souvent anti-ecclésial; [il] tient pour négligeables les credo, les dogmes et les pratiques liturgiques qui sont devenus part de la tradition ecclésiastique, comme aussi la fonction d’enseignement de l’Église elle-même. Il se présente comme une forme d’interprétation privée, qui ne reconnaît pas que l’Église est fondée sur la Bible et puise sa vie et son inspiration dans les Écritures.

L’approche fondamentaliste est dangereuse, car elle est attirante pour les personnes qui cherchent des réponses bibliques à leurs problèmes de vie. Elle peut les duper en leur offrant des interprétations pieuses mais illusoires, au lieu de leur dire que la Bible ne contient pas nécessairement une réponse immédiate à chacun de ces problèmes. Le fondamentalisme invite, sans le dire, à une forme de suicide de la pensée. Il met dans la vie une fausse certitude, car il confond inconsciemment les limitations humaines du message biblique avec la substance divine de ce message.

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6 réponses à “La lecture fondamentaliste de la Bible: point de vue catholique

  1. chaunyps

    16 septembre 2011 at 10:50

    A peine caricaturale… Beau travail bien de la part de la CBP qui manifeste là un manque flagrant de connaissance de son sujet qui frise le manque d’intégrité intellectuelle – puisqu’elle n’a visiblement pas consulter les sources fondamentalistes pertinentes.

    Déjà, il vaudrait la peine de distinguer entre l’utilisation actuel du mot fondamentaliste (péjoratif) et l’utilisation qu’en ont fait ces théologiens du début du XXè (emploi mélioratif pour eux : il s’agissait de défendre des fondamentaux). Le mot a eu une évolution historique lié à l’évolution du mouvement – assez ouvert au départ : Warfield et Orr qui étaient les deux grand théologiens du mouvement au départ adhéraient à la théorie de l’évolution, même s’il défendait l’innerrance, et pour eux les crédos anciens, les confessions de la Réforme, comme celle de Westminster, étaient d’une importance primordiale. De fait, ce mouvement était au départ une alliance impossible entre le dispensationalisme naissant et le presbytérianisme conservateur (Warfield était professeur à Princeton, une faculté divisé entre conservateurs et modernistes) et il a ensuite été trusté par la branche dispensationaliste (dont l’herméneutique est le littéralisme) séparatiste « dure ».

    Il ne s’agit là que d’un amalgalme parmi d’autres de la CBP, et il me semble que sur plusieurs autres point ce document doit recevoir la critique que vous adressé aux théologiens non-évangéliques à la fin de votre billet du 12 mars 2011 :

    Quand, dans certains de leurs ouvrages, ils évoquent l’approche évangélique (ou fondamentaliste) de la Bible pour la discréditer, je leur reproche de ne jamais citer de sources évangéliques ni de théologiens représentatifs de ce mouvement. Ce n’est pas sérieux, parce qu’un chercheur puise à la source et ne se contente pas de simplement évoquer une idée2; c’est condescendant et irrespectueux, parce que c’est implicitement rejeter les évangéliques dans l’obscurité et l’anonymat, faire comme s’ils n’existaient pas.

    Certes, il s’agit d’un document de synthèse, mais justement, il faut d’autant plus être nuancé et juste si on ne cite pas ses sources !

    Enfin, il aurait peut-être fallut dire un mot sur le fait qu’un certain fondamentalisme et littéralisme existe aussi au sein du catholicisme (cf. Fernand Crombette, catholique traditionaliste, inerrantiste et littéraliste, bien plus extrême que beaucoup de fondamentalistes évangéliques !) et que ce n’est pas l’apanage du dangereux et pernicieux protestantisme évangélique qui dupe les personnes en recherche de recherche pieuse qui se révèle illusoire.

     
    • Georges Daras

      16 septembre 2011 at 18:28

      Bonjour,

      Merci pour votre réflexion sur le sujet. Vous aurez sans doute remarqué qu’elle rejoint ma propre remarque à propos de cet extrait du document de la CBP. Celui-ci développe en effet une vision quelque peu simpliste et caricaturale. Il faut bien entendu tenir compte de la nature du document et de sa visée: il ne propose pas un exposé analytique, mais une synthèse, avec tous les risques que cela comporte (vous l’avez dit). De plus, nous savons que de nos jours le monde évangélique (à l’échelle mondiale) est vaste et varié.

      Concernant l’utilisation du mot « fondamentalisme », vous avez raison de rappeler son origine historique. Cependant, outre sa portée historique ou sociologique, ce mot sert aussi dans un sens plus restreint à qualifier un type de lecture de la Bible, ce qui veut également dire une certaine conception de son inspiration (verbale + inerrance). C’est l’approche fondamentaliste des Écritures, telle que je la nomme également pour la distinguer d’autres approches. Ainsi, même si on ne peut pas assimiler tous les évangéliques au fondamentalisme, j’estime pour ma part que leur approche est souvent guettée par le fondamentalisme, surtout en ce qui concerne les présupposés dogmatiques sur la Bible (l’inerrance, qui ne semble nullement remise en cause). Je dirais donc plutôt « présupposés fondamentalistes » plutôt qu’approche. Si du côté évangélique, cette approche est considérée comme étant orthodoxe et respectueuse des Écritures (les Mormons ou les Témoins de Jéhovah en diraient autant de leurs approches), un point de vue extérieur pourra y voir tout le contraire, et le terme « fondamentalisme » prendra alors une connotation péjorative. Cela dit, dans certains livres et dans mes discussions avec certains évangéliques, je remarque également une propension à catégoriser le non-évangélique comme « libéral » ou « moderniste », deux qualificatifs qui sont davantage des étiquettes que des réalités ecclésiologiques ou théologiques.

      Vous faites bien de rappeler que le catholicisme connaît aussi ses fondamentalistes. Le document de la CBP vise surtout les protestants évangéliques.

      Cordialement

       
  2. mpm

    8 juillet 2015 at 17:31

    Il y a dans ce texte comme un réquisitoire. Il aurait pu être constructif si au moins il avait présenté dans chacun de ses paragraphes des exemples concrets des erreurs évoquées. Le détail de tous ces reproches restera dans le vague. Mais le fond des choses en réalité n’est-il pas plutôt théologique, plus qu’un réel égarement méthodologique dans l’interprétation de l’Ecriture ? Il est vrai que les « fondamentalistes » évangéliques n’ont rien pour attirer la sympathie, et d’un autre côté peut-on demander à l’Eglise catholique d’aimer ceux qu’autrefois elle considérait comme des hérétiques.

    Heu.. autrefois…seulement ? Oui, parce que les protestants aujourd’hui, pour autant qu’on leur concède d’avoir « des éléments de la vérité », ne sont toujours pas considérés officiellement comme Eglise, du moins à ma connaissance. Dès lors serait-il convenable de reconnaître quelque chose de positif, surtout en ce qui concerne l’Ecriture et la manière de l’interpréter, n’est-ce pas ce qui a confirmé bien de nos divisions avec les orthodoxes et les protestants.

    Mais laissons cela, il me semble plus important de poser le question suivante : Y a t-il des exemples purement bibliques dans le Nouveau Testaments qui nous donnent des pistes scripturaires d’interprétation de l’Ecriture ?
    Comment les prophètes voyaient-ils leurs prophéties, d’après eux les Paroles qu’ils prononçaient étaient-elles de Dieu ou de l’homme, bien que ce soit un homme qui les prononcait ? Les Apôtres et prophètes du Nouveau Testament, comment enseignaient-ils qu’il fallait croire leur paroles et leurs écrits, comme provenant de Dieu, ou comme venant des hommes ?
    Quand Jésus citait les Ecritures, n’avait il pas un profil plus fondamentaliste que notre théologie moderne ? C’est à dire n’avait-il pas tendance à interpréter littéralement les Ecritures ? N’a t-il pas par exemple évoqué le récit et l’événement du déluge et celui de Sodome et Gomhorre comme étant réellement arrivé et ne l’a t-il pas interprété comme étant un châtiment venant du ciel ?

    Personnellement les Ecrits des Prophètes et ceux des Apôtres contiennent en eux-même les pistes des manières les plus riches et les plus exemplaires dont on doive étudier les Ecritures des deux Alliances. Ce n’est pas la science qui nous dirait par exemple cette parole fondamentale donnée par l’Apôtre anonyme de l’épitre aux Hébreux :

    ‘Après avoir autrefois, à plusieurs reprises et de plusieurs manières, parlé à nos pères par les prophètes, Dieu, dans ces derniers temps, nous a parlé par le Fils, qu’il a établi héritier de toutes choses, par lequel il a aussi créé le monde’ (Hebr 1:1)
    Ce qu’il faut retenir c’est que Dieu parle. La preuve c’est que ce qu’ils ont proclamé nous est parvenu, et peu importe si ils s’appellent Jésus le roi des Juifs, Paul, Pierre, Jean, Jérémie, Daniel, Esaïe ou Moïse, le véritable Auteur dénoncé dans ce passage c’est Dieu en personne, c’est donc Lui qui assume l’Autorité et le contenu canonique des Ecritures dans leur ensemble. Cette pensée doit nous soutenir et nous aider à considérer l’ensemble des manuscrits de nos Ecritures comme étant des indices physiques et scientifiques supplémentaires pour interprêter correctement et à leur juste mesure cet Héritage parvenu jusqu’à nous.

    Par exemple, 1) le fait que nous n’ayons aucun original, cela fait sens 2) mais plus de 5000 copies soit fragmentés, soit entiers pour le NT, avec plusieurs variantes pour le même texte : cela aussi fait sens. 3) le fait que les Juifs de religion Juive aient retenus dès le premier siècle le Canon de leurs écrits et par ailleurs que l’ensemble du monde chrétien ait retenu le même Canon, et soit unis autour des mêmes 27 Livres du Nouveau Testament : cela aussi est propre à nous parler.

    Cela devrait aider à la dé-divinisation de la Bible chez les Protestants, car il existe parfois un véritable culte qui élève les Ecritures au rang de Dieu, comme le Coran pour les musulmans, et comme Marie chez certains catholiques.

    Michel

     
    • Georges Daras

      9 juillet 2015 at 12:19

      Bonjour Michel,

      Merci d’avoir exprimé votre point de vue.

      Cordialement,
      Georges

       
  3. Frère Germain

    9 novembre 2015 at 16:11

    L’Église existe-t-elle pour un non-fondamentaliste ?

    Nous devrions sans doute définir ce qu’est le fondamentalisme avant de pouvoir essayer de répondre à cette question !

    Ce terme est universellement utilisé (quand on parle d’Église) par des rites religieux chrétiens de toutes origines… ou issus d’autres nombreuses et diverses croyances. Par exemple, lorsqu’on évoque la religion des musulmans, il est assez difficile d’énoncer une quelconque forme d’Islam modéré, sans imaginer une vision intellectuelle ou une évolution en marge du modèle original, car par définition, l’Islam est irréformable puisque défini une fois pour toutes.

    On pourrait sans doute considérer que d’autres cultes sont animés par la même rigueur, comme par exemple les Témoins de Jéhovah, mais l’objet de ce billet n’est pas de lister toutes les croyances qui se réclament du fondamentalisme religieux, mais plutôt de définir ce fondamentalisme.

    Est-ce que « fondamentaliste » signifie « immuable, figé, la règle, la seule norme » ?
    Cela dépend et donc semblerait ne pas s’appliquer à tous les cas. Certes, « la règle, la norme » sont des notions communes, mais en ce qui concerne les religions qui sont fondées sur la Révélation, « immuable » ou « figé », ne sont pas des termes appropriés ; car pour celles-ci et par essence, Dieu continue de parler et de gérer son Royaume.

    Si nous étudions le cas du christianisme, nous observons un avis exprimé par Georges Daras dans « Exégèse et Théologie » 1), le site qui expose l’étude des écritures et l’intelligence de la foi :

    « La lecture fondamentaliste part du principe que la Bible, étant de Dieu inspirée et exempte d’erreur, doit être lue et interprétée littéralement en tous ses détails. Mais par « interprétation littérale » elle entend une interprétation primaire, c’est-à-dire excluant tout effort de compréhension de la Bible qui tienne compte de sa croissance historique et de son développement. Elle s’oppose donc à l’utilisation de la méthode historico-critique, comme de toute autre méthode scientifique d’interprétation de l’Écriture. La lecture fondamentaliste a eu son origine dans une préoccupation de fidélité au sens littéral de la Bible ».

    Pourquoi devrions nous prendre en compte une méthode d’interprétation historico-critique ? Est-ce parce que Georges Daras considère que « Le fondamentalisme a également tendance à une grande étroitesse de vues, car il tient pour conforme à la réalité une cosmologie ancienne périmée, parce qu’on la trouve exprimée dans la Bible; cela empêche le dialogue avec une conception plus large des rapports entre la culture et la foi ».

    Vous comprendrez que je ne suis pas vraiment d’accord avec cette interprétation, surtout quand il est précisé en préambule :

    « … le fondamentalisme ne consiste pas à tout rejeter ni à tout interpréter de manière littérale, mais à n’accepter uniquement ce qui arrange ses vues doctrinales (et à critiquer tout le reste) ».

    La seule « nuance » que s’autorise l’auteur consiste à reconnaître que :

    « …certaines lectures fondamentalistes ne rejettent pas les méthodes historico-critiques, mais leurs présupposés soi-disant anti-chrétiens ou bibliquement non-conformes » [citation exacte]
    1) https://exegeseettheologie.wordpress.com/2010/08/08/2178/

    Les Mormons Fondamentalistes ont une interprétation très éloignée de ces considérations, car ils s’appuient effectivement sur une « restauration récente de l’évangile », certes enracinée dans les enseignements de Jésus-Christ, mais aussi fondée sur les révélations modernes.
    La rigueur de l’enseignement Biblique est ainsi sans cesse confortée par des apports divins, qui au lieu d’éloigner le croyant de la Foi, le ramènent vers une compréhension définitivement plus forte et plus complète.

    La puissance de cette approche réside dans la cohérence de la doctrine. Nous sommes en effet fort éloignés d’une pensée figée dans le temps ou dans une « cosmogonie ancienne », l’histoire n’est pas un frein, l’interprétation d’une écriture n’est pas enfermée dans une allégorie antique. La parabole est un langage biblique qui présente une force, qui fixe la mémoire, qui rapproche l’homme d’expériences vécues, qui inspire… mais la parole de Dieu sait aussi être détaillée, précise, parfois formelle, souvent consacrée. Le Seigneur nous donne de nombreux moyens de compréhension comme l’étude, la prière ou la révélation personnelle. Ainsi Dieu précise, perfectionne et complète la doctrine. Son peuple nourri de sa claire pensée devient finalement plus progressiste qu’on n’aurait pu l’imaginer au départ.

    Le fondamentalisme repose ici sur des synonymes plus appropriés (capital, élémentaire, initial, vital et même nécessaire !) Il a malheureusement trop longtemps été rapproché d’une forme de fermeture d’esprit, de rigueur mal placée, de fanatisme religieux, mais il faut bien « définir » une différence avec l’autre « progressisme » trop souvent appuyé sur des considérations purement humaines.

    L’Église est la communauté de Dieu. Devrait-elle ne pouvoir se reconnaître que dans une évolution de la théologie et de la liturgie imaginée par les hommes eux-mêmes, sans être capable de faire la différence entre ses souhaits, ses espoirs et la seule volonté divine… aussi difficile fût-elle à mettre en pratique ?

    L’Église disparaît lorsqu’elle n’est plus nourrie par l’esprit original du Plan de Salut. L’Église ne devrait pouvoir exister que portée par cette pensée fondamentale qui veut que Dieu ne s’éloigne jamais de ses enfants, au point de les laisser imaginer seuls, ce que serait le meilleur chemin. Non, l’Église ne peut pas exister pour un non-fondamentaliste.

    Les Mormons Fondamentalistes Indépendants ont écouté la parole et l’ont gardée, comme ils ont gardé la prêtrise que les Saints des derniers jours ont reçue du Seigneur et de ses serviteurs au début du XIXe siècle. Ils savent que le Royaume de Dieu est en marche, mais comme disait l’Apôtre Mormon Georges Q Cannon :
    « Vous, saints des derniers jours êtes bien informés qu’il y a deux pouvoirs que Dieu a restaurés dans ces derniers temps. L’un est l’Église de Dieu et l’autre le Royaume de Dieu. Un homme peut appartenir au Royaume de Dieu et cependant ne pas être membre de l’Église de Dieu » Journal of Discourses 20:204

    Frère Germain

     
  4. Frère Germain

    9 novembre 2015 at 18:26

    Je me dois par honnêteté de modifier mon intervention, en précisant que Georges Daras n’a pas ici produit un texte personnel, mais à donné un avis en préambule, aussi, je vous pris de noter ci-dessous la modification nécessaire du 5è paragraphe :
    « Si nous étudions le cas du christianisme, nous observons un avis exprimé suite à la publication d’un extrait de document de la Commission biblique pontificale par Georges Daras dans « Exégèse et Théologie » 1), le site qui expose l’étude des écritures et l’intelligence de la foi « 

     

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