RSS

Lecture: Au bonheur de vivre. Libres propos d’un mécréant (1)

13 Fév

Paul Danblon reposait quelque part dans ma mémoire. Je l’avais vu et entendu avec intérêt lors d’un entretien avec Edmond Blattchen en novembre 2000, dans l’émission intitulée « Noms de dieux ». J’avais acheté son livre « Au bonheur de vivre », sans me souvenir de ce que j’en ai vraiment fait… C’était il y a une dizaine d’années, avant que je ne devienne chrétien. Il y a peu, j’ai aperçu le livre dans une bouquinerie (quelle aubaine, puisqu’il est épuisé) et me suis de nouveau lancé dans sa lecture. À présent, c’est ma foi qu’il interroge. La vôtre aussi, peut-être. (note: Il n’y a pas encore de suite à ce premier volet.)

* * *

Au bonheur de vivreG E N È S E

E X O D E

L É V I T I Q U E

N O M B R E S

D E U T É R O N O M E

Paul DANBLON, Au bonheur de vivre. Libres propos d’un mécréant, Bruxelles, Complexe, 1999, 216p. (épuisé) « Paul Danblon [est] chimiste, musicien et comédien de formation, [il] a mené pendant 35 ans une carrière de journaliste scientifique à la Radiodiffusion-Télévision belge. […] Témoignant activement d’une attitude de pensée libre, d’ouverture et de tolérance, il figure parmi les fondateurs de la Fête de la Jeunesse laïque et d’Europe Terre d’Humanisme. » (4e de couv.) Paul Danblon est agnostique.

Letdans cette première partie intitulée « Genèse », Paul Danblon narre avec un regard rétrospectif, parfois amusé, la foi de son enfance. Dès ses huit ans, il posera un regard interrogateur sur le catéchisme de la Mère Mathilde (Trinité, conception virginale, péché originel, présence réelle), le « catholicisme strictement sociologique » (p. 12) de ses parents, et certains aspects du catholicisme traditionnel et populaire dans lequel il a baigné: saint Nicolas, anges gardiens, saints patrons, lieux de pèlerinage, images pieuses et rites superstitieux en tous genres (par ex. quand, p. 23, il parle de sa mère traçant toujours un signe de croix sous le pain au couteau avant de l’entamer; qui sait, toutefois, où commence et où s’arrête la superstition?).

Outre cet aspect extérieur, superficiel et parfois navrant de certaines pratiques religieuses, d’autres questions plus profondes se sont imposées au jeune Paul, comme l’efficacité de la prière (quelqu’un entend-t-il vraiment?), mais surtout, ce qui résume bien l’aboutissement de cette première partie, à savoir: une fois que l’on remet certaines pratiques et certaines croyances en question, que l’on se rend compte qu’elles sont toutes liées d’une manière ou d’une autre, que reste-t-il à la fin? Paul Danblon parle d’un « effritement progressif de la pratique religieuse » (p. 26) et conclut ainsi cette période de sa vie:

Bref, en peu de temps, ma pratique se dissout pour ne laisser subsister que quelques rares îlots de dévotion caduque bientôt eux aussi totalement délaissés, mais j’ai la conviction de garder intacte ma foi en l’essentiel, c’est-à-dire en… Lui.  (p. 30)

Et encore, ce « Lui » (Dieu) auquel Danblon se réfère relève davantage du déisme que du théisme, comme il le précise (p. 31).

La problématique que Danblon évoque peut être formulée et se décliner de bien des manières. C’est ainsi que j’en saisis la logique: les petites choses que l’on remet en cause font-elles nécessairement également douter des grandes? Et si, par un effet de domino, une petite chose vient à chuter, la grande le doit-elle aussi? Jusqu’où peut-on aller dans la critique? Y a-t-il malgré tout quelque chose, la plus grande, la plus essentielle, la plus ultime, qui doive rester debout, ne serait-ce au moins le Dieu du déisme?

Nous verrons dans les volets suivants de notre lecture dans quelle direction M. Danblon mène sa réflexion et quelles sont les éléments de réponse qu’il apporte.

*

Rapportons une anecdote piquante: les Danblon avaient des voisins protestants, d’un tout autre tempérament religieux. Un jour, ils se sont vus prêter un livre qui se trouvait être… une Bible! « Or, dans notre culture familiale, écrit Danblon, il était acquis que la lecture du Saint Livre dans son intégralité était réservée aux seuls clercs, les brebis du troupeau, inaptes à son contact direct, devant se limiter à des versions adaptées pour ne pas dire édulcorées […]. Notre voisine, elle, se targuait du droit qu’a tout fidèle protestant à l’accès direct au Texte total et entier. […] Le livre resta sur la commode sans que quiconque se risquât à l’ouvrir. » Cette nuit-là, je jeune Paul fut pris d’une « fièvre subite » qui décida la mère « à rapporter le volume à sa propriétaire », non sans avoir auparavant songé à le brûler! (p. 13-14) C’est ainsi qu’à travers cette mystérieuse péripétie à défaut d’être mystique, le jeune Paul prit « conscience de la multiplicité des religions » (p. 12).

Remarques

♦ On pourrait se dire qu’il est injuste et malhonnête de critiquer une religion ou la foi en Dieu en se fondant sur ce que certaines croyances et pratiques populaires peuvent avoir de ridicule et de superstitieux. Disons d’emblée que Paul Danblon ne tombe pas dans ce travers, puisqu’il distingue de ces croyances et pratiques qu’il critique « une foi évoluée et réfléchie » (p. 23). Nous verrons dans la suite de notre lecture si les contours d’une telle foi seront tracés.

♦ Il est par contre important de tenir compte du fait que les remises en question de Paul enfant avaient ce contexte précis et particulier d’un catholicisme traditionnel et conformiste. Il faut regretter un tel état de fait au sein de l’Église (on est dans les années 30-40!), encore plus parce que, comme en témoigne M. Danblon, personne ne fut alors capable de répondre à ses attentes (ses parents, Mère Mathilde du catéchisme, le prêtre de la paroisse). Nous verrons dans les volets suivants si, avec le recul, M. Danblon a su faire la part des choses, et a poursuivi sa quête (si je puis dire) au-delà des références religieuses de son enfance.

Pistes de réflexion

Le lecteur ne trouvera pas ici de réponses toutes faites – cela demanderait un travail considérable – mais des pistes de réflexion. Il me semble que, d’un point de vue croyant, certaines interrogations d’ordre général doivent être posées, étant entendu que l’on parle ici de la foi, des doctrines et des pratiques chrétiennes (non spécifiquement catholiques):

♦ Qu’est-ce qui est essentiel, central; qu’est-ce qui est superflu, périphérique?;

♦ Qu’est-ce qui est nécessaire, non-négociable; qu’est-ce qui est accessoire, discutable?;

♦ À un niveau plus pratique, on se posera aussi la question de l’utilité: est-ce utile? Qu’est-ce que cela apporte? Il existe des éléments qui ne sont pas essentiels mais qui participent à modeler cet essentiel, à le rendre présent. Par ex.: est-ce essentiel, central, utile, d’aller à l’église? Non. Mais cela permet aux fidèles de se réunir, de partager leur foi, de manifester l’amour fraternel.

Il serait toutefois erroné de tout considérer sous un angle utilitariste, car, en christianisme, la grâce, la gratuité, joue un rôle fondamental. Ce n’est pas par utilité que l’on aime, mais parce qu’on le veut, qu’on le désir. Ainsi, l’amour, le désir, l’espérance, la liberté, participent de cette quête de l’essentiel, essentiel que le croyant identifie avec Dieu, source et aboutissent de toute liberté, de désir, d’espérance et d’amour.

À cette quête de l’essentiel, diverses réponses ont été apportées à toutes les époques, que ce soit par le biais des confessions de foi (dont notamment le Credo et ses commentaires) ou sous la forme d’aphorisme (par ex. au niveau éthique le « Aime et fais ce que tu veux » d’Augustin), mais aussi, plus proches de nous, comme le font les théologiens qui tentent de définir ce que pourrait bien être « l’essence » du christianisme (un classique du genre est L’essence du christianisme, publié en 1900, du luthérien libéral allemand Adolf von Harnack). Ce type de démarche existe aussi dans la Bible (AT et NT). Un exemple célèbre est rapporté par les évangiles. Un scribe voulant piéger Jésus lui demanda:

Maître, quel est le grand commandement dans la Loi? 37 Jésus lui déclara: Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de toute ta pensée. 38 C’est là le grand, le premier commandement. 39 Un second est aussi important: Tu aimeras ton prochain comme toi-même. 40 De ces deux commandements dépendent toute la Loi et les Prophètes. (Mt 22.36-40, TOB)

D’autres nombreux exemples pourraient encore être donnés. Mais contentons-nous à présent de signaler quelques questions supplémentaires pouvant surgir de l’interrogation initiale qui fut celle de Danblon:

♦ Qu’est-ce qui est susceptible de dénaturer, de subvertir le christianisme?; qu’est-ce qui, au contraire, pourrait mettre en évidence son enseignement et son projet pour les êtres humains et pour le monde?;

♦ Y a-t-il un christianisme d’intellectuels et de théologiens d’un côté et un christianisme de croyants et de gens simples de l’autre? Y a-t-il antagonisme entre les deux? Y a-t-il une conciliation possible? Existe-t-il des ponts, des médiations envisageables entre les deux sphères (lieux, pratiques, personnes, etc.)?;

♦ Comment définir et différencier les termes suivants: foi, croyance, doctrine, superstition, tradition, rite, etc.

FIN du premier volet (pas encore de suite)

Advertisements
 
1 commentaire

Publié par le 13 février 2011 dans Athéisme, Critique de livres

 

Étiquettes : , , , ,

Une réponse à “Lecture: Au bonheur de vivre. Libres propos d’un mécréant (1)

  1. Shinran

    17 septembre 2013 at 23:10

    Tant de débats ouverts en même cher ami 🙂

    Il y a une question que tu soulèves à la fin, et qui mérite d’être débattue. Est-ce qu’il y a un christianisme de savants et un autre de gens simples? Il me semble qu’on peut répondre par l’affirmative. Il existe de fait plusieurs christianisme quoique je préfère parler de plusieurs églises. Le christianisme est la religion des adeptes du Christ, il n’y a donc qu’un seul christianisme; tandis que l’Eglise signifiant assemblée, cela convient mieux pour la question présente.
    Tout d’abord, c’est intéressant de noter qu’à l’époque actuelle, le clivage catholique/protestant a laissé place au clivage progressiste/conservateur. Par conséquent, nous voyons des théologiens catholiques et protestants qui travaillent ensemble, et je pense que parfois il est difficile en lisant une étude, de connaître la tradition de l’auteur, si on ne s’est pas intéressé à sa biographie.

    Et donc au sein même d’une religion on peut avoir des séparations entre savants, mais on a aussi le clivage savant/simple fidèle. Tu le dis dans l’article (et je te l’ai cité dans un autre), le clergé lui-même a mis une barrière en interdisant la lecture de la Bible au peuple. Cela a bien sûr des aspects positifs et négatifs, mais cela a eu pour conséquence que le peuple catholique n’a pas pris l’habitude de lire la Bible, bien qu’aujourd’hui l’Eglise a cherché à organiser les lectures lors des messes. Je pense que cette coupure avec la Bible est à la fois tragique puisque les gens ne connaissent finalement pas l’ensemble de leurs textes et sont tributaires de l’analyse et de ce que veulent bien dire les prêtres. D’un autre côté cela répond sans doute à une réalité, les gens ont besoin qu’on leur dise ce qui est vrai, ils ont besoin de repères, ils ont besoin de rites et de croyances pour savoir s’ils sont dans le droit chemin. Et pour cela une vie des saints est bien plus concret que des textes dont il faut encore en comprendre le sens.
    Du côté protestant, même si les gens ont pris l’habitude de lire, on peut aussi se demander s’ils sont pas tout simplement tributaire de l’interprétation du pasteur.

    Suite à mes études et des lectures, j’en suis arrivé à une conclusion, il faut qu’une religion soit simple et accessible à monsieur tout le monde. Si on estime que Dieu existe, comment Dieu pourrait-il concevoir qu’une religion soit si difficile d’accès? D’où le paradoxe, on étudie pendant des années alors que cela devrait être une évidence et d’autre part si nous n’avons pas des connaisseurs qui ont passé leur vie à étudier la religion sous ses différents aspects, que resterait-il du christianisme aujourd’hui?

     

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s