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Deutéronome 18.15,18 fait-il référence à Mahomet? (version courte)

11 Fév

J’ai consacré à cette question un article dont la longueur et les multiples angles d’approche pourraient en rebuter plus d’un (voir ici). C’est pourquoi je ne propose ici que ce qui constitue à mes yeux les meilleurs arguments contre l’idée fréquente chez les apologètes musulmans selon laquelle Deutéronome 18.15,18 serait une annonce de la venue de Muhammad.

* * *

Pour rappel, voici le passage concerné:

Dt 18.15-18 (c’est Moïse qui s’adresse au peuple israélite): 15 L’Éternel, ton Dieu, te suscitera du milieu de toi, d’entre tes frères, un prophète comme moi: vous l’écouterez! 16 Il répondra ainsi à la demande que tu fis à l’Éternel, ton Dieu, à Horeb, le jour de l’assemblée, quand tu disais: Que je n’entende plus la voix de l’Éternel, mon Dieu, et que je ne voie plus ce grand feu, afin de ne pas mourir. 17 L’Éternel me dit: Ce qu’ils ont dit est bien. 18 Je leur susciterai du milieu de leurs frères un prophète comme toi, je mettrai mes paroles dans sa bouche, et il leur dira tout ce que je lui commanderai.

Toute la question tourne autour de la signification des expressions « d’entre tes frères » (v. 15) et « du milieu de leurs frères » (v. 18). Alors que, comme je vais le montrer, cette expression dans son sens le plus naturel se rapporte aux Israélites, certains savants musulmans y voient une référence aux Ismaélites, descendants d’Ismaël, frère d’Isaac (le père de Jacob/Israël). Sur cette base, les Ismaélites sont considérés comme un peuple frère du peuple Israélite. Par conséquent, l’expression d' »entre tes frères » se rapporterait aux Ismaélites d’où sera issu Muhammad, qui se trouverait du coup prophétiquement annoncé dans Dt 18. Cette interprétation sophistiquée ne tient pas face à l’évidence. Voici donc les arguments décisifs qui le démontrent:

♦ L’expression “d’entre tes frères” apparaît également en Dt 17.15, où on peut lire (Moïse s’adresse à Israël): …tu pourras placer un roi à ta tête, celui que le SEIGNEUR, ton Dieu, choisira; tu placeras à ta tête un roi d’entre tes frères; tu ne pourras pas avoir à ta tête un étranger qui ne soit pas ton frère. Il apparaît ici clairement que “d’entre tes frères” ne peut s’appliquer qu’aux membres du peuple israélite. On me dira peut-être que les Ismaélites ne doivent pas être comptés parmi les étrangers mais parmi les frères. Il faut toutefois rappeler qu’en dehors du livre de la Genèse (en fait juste quelques passages), Ismaël et les Ismaélites ne jouent plus aucun rôle sur la scène biblique. Il serait par conséquent tout à fait forcé et pour le moins insolite d’y voir une allusion (qui serait bien vague) en Dt 18.15, 18. De plus, on trouve une application concrète de Dt 17.15 en la personne de Saül (un Israélite issu de la tribu de Benjamin), choisi par Dieu, dans le 1er livre de Samuel (1 Sam 10.17-24). Les autres rois d’Israël seront également des Israélites.

♦ Le second argument se trouve en Dt 18.1-2, où nous lisons que les membres de la tribu de Lévi n’auront aucune part au patrimoine d’Israël (v. 1), qu’ils n’auront pas de patrimoine parmi leurs frères (v. 2). Dans ce passage l’élément « Israël » correspond à l’élément « parmi leurs frères » avec lequel il est mis en parallèle. Il faut bien évidemment comprendre leurs frères israélites, ceux qui composent les autres tribus d’Israël.

Les choses ne peuvent être plus claires: l’expression d' »entre tes frères » est toujours utilisée dans une perspective interne aux douze tribus d’Israël, jamais externe. Ainsi, le roi qui doit régner sur Israël selon Dt 17.15 est issu d’Israël (quoi de plus logique?); le patrimoine dont une part est refusée aux Lévites est celui des autres tribus d’Israël. On ne sort jamais d’une perspective interne à Israël.

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4 Commentaires

Publié par le 11 février 2012 dans z (Divers)

 

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4 réponses à “Deutéronome 18.15,18 fait-il référence à Mahomet? (version courte)

  1. Peel Olivier

    15 février 2012 at 18:25

    Cher Daras,

    Oui, tout à fait d’accord avec toi. Je vais prendre le temps de lire ton article plus long sur le sujet.
    Comme prof de religion, je suis confronté souvent à une interprétation souvent « très limite » des musulmans par rapport à ce qu’ils lisent de la Bible. Encore faut-il qu’ils la lise. J’ai déjà constaté dans nos dialogues qu’ils font référence à la Bible d’après tel dire ou d’un tel et non d’après la lecture qu’ils en font. Bref. Mais on peut dire tout autant des chrétiens et des évangéliques qui connaissent le Coran d’après un tel ou encore de la lecture de tel ouvrage! Comme quoi le manque de courage et de détermination font défaut dans un camp comme dans l’autre. Bien à toi.

    Olivier Peel

     
    • Georges Daras

      17 février 2012 at 00:03

      Bonjour Olivier,

      Je comprends les difficultés auxquelles tu as occasionnellement à faire face avec tes élèves. Développer l’esprit critique, ce qui inclut l’auto-critique, est à mon avis essentiel. Savoir prendre ses distances avec ses propres convictions pour rencontrer l’autre sur son terrain, là où il se trouve. Il me semble néanmoins qu’une telle posture intellectuelle est davantage le fait de la tradition occidentale (greco-romano-judéo-chrétienne) que du monde arabe et musulman. Il n’est dès lors pas étonnant qu’il existe des arabisans et des islamologues de confession chrétienne tandis que des néotestamentaires musulmans tu n’en trouveras pas.

      Au plaisir de te lire,
      Daras

       
  2. Jp Eg

    8 mars 2012 at 12:42

    De toute façon je crois que partir du Coran pour amener à Jésus ou partir de la Bible pour amener à Mahomet pour enfin dire que la Bible est falsifiée me paraît déjà à la base un procédé extrêmement malhonnête en soi.
    D’ailleurs tu l’as lu sur le forum où nous officions, y a rien d’honnête dans la démarche 😉

     
    • Georges Daras

      8 mars 2012 at 12:53

      Bienvenu Jp Eg! Quelle agréable surprise!
      Malheureusement, je ne peux que constater la justesse de ton propos. Même si notre interlocutrice musulmane prétendait ne pas souscrire à la croyance en la falsification des Écritures, elle est du coup bien obligée d’interpréter ces dernières à tort et à travers. Car tu sais comme moi combien la Bible et le Coran, Jésus et Muhammad, sont contradictoires.

      Cordialement!
      Georges

       

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