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“Des comportements divins troublants” 2/2: Appréciation

06 Août

En donnant mission à l’homme d’après le déluge, à Noé, d’être l' »effroi » des animaux [Gn 9.1-3], Dieu endosse en quelque sorte, entérine, notre violence. Dieu nous a accompagnés en se prêtant à l’image que nos yeux se faisaient de lui: il a pris pour les hommes restés violents le langage et l’image qu’ils pouvaient recevoir; il pratiquait cette douceur, de revêtir lui-même ainsi notre violence en attendant qu’il en soit victime dans la chair de son Fils jusqu’à la mort. 

Paul Beauchamp, cité par  Wénin, p. 65-66

Les remarques et les critiques émises dans cet article se veulent modestes. J’y exprime certaines idées, esquisse des intuitions et des réflexions qui invitent à aller plus loin, sans forcément donner de meilleures explications quand celles de l’auteur sont contestées. Que l’on me pardonne mes longueurs et les obscurités, c’est que nous ne voyons encore les choses que d’une manière confuse (1 Co 13.12).

Pour avoir une idée générale du livre et mieux apprécier la critique qui va suivre, j’invite le lecteur, s’il ne l’a pas déjà fait, à parcourir la Présentation.

Remarques introductives

1. Éric Seibert nous offre un livre dont le propos est clair, bien structuré, pédagogique et stimulant. Il s’adresse aux lecteurs avec un souci pastoral permanent, utile pour ceux qui sont moins habitués à mettre la Bible en question mais que n’épargnent pourtant pas le trouble et l’embarras, voire l’indignation que peuvent susciter les images problématiques de Dieu. Dans l’introduction, Seibert nous fait part de son propre cheminement avec les Écritures, des difficultés qu’il a rencontrées et des moyens mis en oeuvre pour les surmonter (l’introduction est visible sur le site de l’éditeur). Il n’hésite pas à rapporter au détour d’un paragraphe les réactions honnêtes et spontanées, parfois scandalisées, de ses étudiants face à certaines pages sombres du texte biblique. Bref. On est aux antipodes du traitement clinique d’un universitaire insensible.

2. Le livre de Seibert s’inscrit avec bonheur dans une approche que je qualifierais volontiers de « holistique », dans la mesure où il ne sépare par la lecture critique de la Bible et la vie de la foi, l’immanence et la transcendance, la tête et le coeur, la volonté de comprendre et celle de croire.

D’excellents ouvrages de vulgarisation sont produits sur des sujets délicats, mais ils ne me paraissent pas suffisamment tenir compte du trouble profond que ces sujets peuvent susciter dans la foi des croyants. Il ne suffit pas de rejeter le fondamentalisme et d’expliquer la nécessité de lire les récits dans leur contexte historique, pas plus qu’il n’est possible de noyer les difficultés dans des interprétations littéraires subtiles et sophistiquées, aussi judicieuses soient-elles. On parle beaucoup de la Bible comme d’un « objet culturel », de son histoire et de la manière dont il faudrait la lire, mais peu de Dieu et de son implication (excepté les milieux évangéliques). Si le lecteur chrétien instruit ne trouve pas d’éléments de réponse pour sa vie de foi et sur les questions qu’il se pose sur Dieu, il aura l’impression à la longue d’être abonné à la revue « Blabla Théologique » et de sombrer peu à peu dans un consumérisme intellectuel stérile.

Je ne dis pas qu’il faut à tout prix des réponses ni qu’il est toujours possible d’en donner. Ce ne sont d’ailleurs pas forcément des réponses qu’il faudrait mais établir un dialogue fécond entre critique biblique et foi, réfléchir aux implications spirituelles et théologiques d’une lecture des Écritures qui ne fasse pas l’impasse sur les difficultés. Qu’est-ce que je fais des récits de conquête? Que valent la libération des Israélites d’Égypte et le don de la terre promise s’ils sont réalisés à coup de fléaux et de massacres de populations? Qu’est-ce que je fais de ces lois mosaïques si dures et éloignées des normes et des idéaux éthiques actuels? Qu’est-ce que je fais d’un Dieu qui punit par le moyen de catastrophes naturelles et de maladies? Quelle place donner dans l’espace de ma foi à cette manière qui semble si archaïque de percevoir le divin et son action dans le monde? Qu’est-ce que tout cela me dit de Dieu? Mais aussi: qu’est-ce que Dieu dirait-il de tout cela? Comment Dieu est-il censé ma parler à travers « sa Parole »? Ces questions embarrassantes sont généralement négligées (marcionnisme tacite?) au moment même où la Bible n’a jamais été en de si nombreuses mains et que les théologiens nous assurent que « Dieu se révèle dans l’histoire »… Quel Dieu? Quelle histoire? Quelle révélation? Il y a de quoi être plongé dans la perplexité. Et je n’ai même pas parlé de la réputation fâcheuse du Dieu de l’Ancien Testament chez les non-chrétiens (les chrétiens aussi, dont certains qui abandonnent la foi), notamment les sceptiques et les athées, réputation parfois largement justifiée. Que sommes-nous en mesure de proposer face à leurs critiques et à leurs interrogations?

C’est pourquoi, aussi critiquable soit-il à divers points de vue, le livre de Seibert à le mérite de proposer des solutions franches et des pistes de réflexion bien élaborées. Encore une fois, j’estime que le plus important est d’en parler, avec sérieux mais sans que cela devienne obsessionnel, car, après tout, l’essentiel pour le chrétien n’est pas là mais en Jésus-Christ.

3. À la différence du christianisme européen, les États-Unis ont vu naître au début du siècle dernier le courant fondamentaliste, fermement opposé au libéralisme ambiant. La tendance évangélique conservatrice actuelle (il existe une tendance « progressiste » plus ouverte) s’inscrit dans la logique du courant fondamentaliste, dont une des préoccupations était de défendre la Bible contre les « attaques » de la critique historique, en affirmant à la fois son caractère inerrant et sa fiabilité historique. Sans forcément verser dans le séparatisme, les évangéliques ont leurs Facultés de théologie, leurs universitaires, leurs éditeurs, leurs publications leur permettant de faire du traditionnel avec de l’académique (pour le dire simplement), ou, dans le pire des cas, d’être académiquement fondamentalistes. L’évangélisme anglo-américain traditionnel s’est entre-temps importé en Europe, et est largement représenté dans la sphère évangélique francophone grâce notamment à la traduction d’ouvrages bibliques et théologiques.

C’est principalement (mais pas seulement) contre les faiblesses de cette tendance conservatrice évangélique et les impasses auxquelles elle mène que Seibert montre à ses lecteurs (dont sans doute des évangéliques) la nécessité d’adopter une lecture critique de la Bible pour répondre de manière saine et responsable aux difficultés qu’elle soulève. Faire l’effort et prendre le temps d’expliquer ce qui ne va pas dans ces interprétations conservatrices est à la fois utile et éclairant. Utile, parce que ce genre d’interprétation n’est pas seulement le fait d’un courant de pensée particulier, mais touche un grand nombre de chrétiens, catholiques ou protestants, baptistes ou réformés, que ce soit aux États-Unis ou en Europe. Ensuite, éclairant, car cela permet d’explorer différents aspects du problème, de varier les points de vue et les angles d’approche, stimuler la réflexion pour se forger une opinion plus solide (les notes et la bibliographie sont à cet égard fort précieuses!).

Remarques générales

4. Un lecteur acquis à la critique historique et un tant soit peu informé des grands dossiers de la recherche ne trouvera rien de nouveau ou de révolutionnaire dans les deux premières parties de l’ouvrage. C’est mon cas, même si j’ai quand même appris et découvert certaines choses ayant attisé ma curiosité. Et il n’est pas désagréable de voir formulées et bien rangées dans un livre des idées qui traînaient confusément dans ma tête! Il n’est donc pas question pour moi de discuter ou de remettre en question la légitimité de la critique biblique et ses résultats les mieux établis. Ce ne sont là que les préalables à ce que l’auteur développe dans la troisième partie de son livre.

5. C’est donc surtout la troisième partie (plus précisément les chapitres 9 à 11 et l’annexe A) qui fera réagir le lecteur, suscitant chez lui approbation, contestation ou perplexité. On y trouvera exposés les deux présupposés fondamentaux de l’auteur, à savoir la nécessité de distinguer entre « Dieu textuel » et « Dieu réel », et le recours à une « herméneutique christocentrique » des textes bibliques. Vues de loin, je pense qu’aucun chrétien ne contestera ces deux affirmations. Personne ne songerait à établir une équivalence entre le Dieu transcendant, créateur du ciel et de la terre, et le témoignage limité et multiforme qui lui est rendu à travers la Bible. Personne ne met en doute le fait que la personne de Jésus-Christ, révélation ultime de Dieu, soit centrale dans la foi chrétienne et joue un rôle clé dans l’interprétation des Écritures. Mais qu’en est-il quand on regarde les choses de plus près?

6. La démarche que Seibert qualifie de « double herméneutique » peut être conçue en deux temps (ce n’est pas explicite dans le livre, mais c’est ainsi que je comprends les choses; d’où le « peut être »). La première étape réside dans l' »herméneutique christocentrique », ainsi définie: Le Dieu que Jésus révèle doit être la référence par laquelle toutes les représentations de Dieu présentes dans la Bible doivent être évaluées afin de déterminer ce qui reflète fidèlement ou non la vraie nature de Dieu. Ensuite, la seconde étape exige de bonnes dispositions envers les textes, un lecteur qui soit théologiquement ouvert et confiant, faisant preuve de discernement. Cette seconde étape est axée sur les enseignements pratiques et théologiques que l’on peut encore tirer des textes problématiques. Seibert donne plusieurs exemples de récits où il applique cette double herméneutique.

Critique

7. Une impression positive. Je dois dire que sur les 9 premiers chapitres, l’impression était très positive. Seibert a le mérite de ne pas tourner autour du pot, d’appeler un chat un chat. Le diagnostic qu’il pose est clair et sans appel: il y a véritablement un problème auquel il importe de trouver remède. Dans le même ordre d’idée, Seibert a raison de dénoncer les résidus de marcionnisme (quand il n’est pas explicite!) qui teintent nos conceptions de Dieu, engendrent lectures bibliques sélectives et censures implicites. L’évaluation des diverses explications avancées par d’autres auteurs est convaincante; les deux présupposés fondamentaux que Seibert énonce – distinction entre Dieu textuel et Dieu réel, herméneutique christocentrique – sont fort prometteurs et laissent présager une résolution du problème. Et c’est là, à partir du 10e chapitre, que le doute commence à s’installer. Pourquoi?

8. Le Dieu de Jésus. Tout d’abord, la référence, la « règle de mesure » censée nous permettre de séparer le bon grain de l’ivraie est trop imprécise et difficile à délimiter, elle suppose résolu un chantier ouvert et toujours en exploration. A-t-on jamais fini de connaître qui est le Dieu de Jésus, ne serait-ce que Jésus lui-même? Bien sûr, il n’est pas question pour moi de virer au scepticisme ou à l’agnosticisme. Je pense qu’il est possible de se faire une idée générale de Jésus et du Dieu qu’il révèle. Mais la tâche est ardue, or Seibert n’offre qu’un trop bref aperçu du matériau néotestamentaire pour élaborer son esquisse (il faudrait un autre livre!). Ensuite, dans quelle mesure est-il légitime d’isoler des notions générales (Dieu est amour, non-violent, etc.) et envisager à partir de là établir des critères maniables et en adéquation avec leur objet d’application? La généralité des idées peut-elle agir efficacement sur la complexité littéraire des textes bibliques (voir point 10)? Seibert n’offre pas de réflexion assez approfondie à ce sujet. Son épistémologie demeure du coup quelque peu grossière, à l’image de ses exemples pratiques.

9. Un Dieu non-violent? L’un des traits distinctifs auquel Seibert tient le plus est celui de la non-violence de Dieu (il rejette aussi la conception pénale de l’expiation, selon laquelle Dieu sauve l’humanité en envoyant son fils se faire crucifier). Précisons que Seibert s’inscrit lui-même dans une tradition protestante pacifiste. Il sait qu’il prête le flanc à la critique et c’est pourquoi il s’explique davantage sur ce point en répondant aux éventuelles objections. Son plaidoyer me paraît toutefois un peu forcé. Je ne conteste pas la cause qu’il défend, mais le fait de limiter de manière un peu simpliste la notion de violence à la violence physique. De nouveau, une réflexion plus approfondie et nuancée aurait été nécessaire.

10. Une négligence. Il me semble que Seibert néglige la dimension littéraire des récits bibliques. Bien qu’il n’ignore pas cette dimension et qu’il y fasse référence, cette piste demeure inexploitée en rapport avec son sujet principal. Quand il en parle, c’est par ex. pour évoquer l’idée de rétribution immédiate qui modèle l’histoire dans le livre des Chroniques, ou encore pour rejeter l’excès qui consiste à penser que les représentations de Dieu dans l’Ancien Testament sont uniquement dues à des nécessités littéraires et aux besoins du récit. Autrement dit, les récits bibliques ne véhiculeraient pratiquement rien des idées et des croyances théologiques de leurs auteurs. Si la critique de Seibert est justifiée, il jette toutefois le bébé avec l’eau du bain. Il me paraît négliger la complexité et la dynamique immanente (ou interne) des récits, ce qui lui permet de rompre plus facilement le tissus narratif et d’intervenir « par le haut » avec son « mètre étalon » discriminateur. Je vais maintenant davantage développer ce point, car il me paraît important.

Nous assurer que la fonction première des récits de l’Ancien Testament n’est pas proprement théologique ni de nous exposer des croyances sur Dieu n’empêche pourtant pas Seibert de nous parler des « portraits » problématiques de Dieu (voir chap. 1: « Dieu guerrier », « Dieu génocidaire », « Dieu législateur implacable », etc.). C’est dans cette même logique déductive que Seibert esquisse une série de « portraits » correspondant au caractère du Dieu de Jésus (voir chap. 10: « Dieu d’amour », « Dieu non-violent », etc.). Ainsi, ce n’est pas tant sur les récits que Seibert travaille mais plutôt sur les portraits de Dieu qu’il en a déduits, jugeant les uns inconvenants, déformants, et les autres fidèles à la vraie nature de Dieu. Mais si les récits ont une dimension littéraire et qu’ils sont abordés comme tels, Dieu et ses actions ne remplissent-ils pas dans une certaine mesure une fonction littéraire, de sorte qu’il serait impropre d’en extraire systématiquement des portraits?

L’histoire de Job constitue un bon exemple. Après avoir parlé du « pari » passé entre Dieu et l’adversaire, et des soudaines tragédies qui frappent Job et ses proches « sans raison » (Jb 2.3), Seibert écrit: « Ce genre d’attitude obscurcit le caractère de Dieu, le faisant passer pour insouciant et injuste. Cela nous pousse de nouveau à demander: Dieu est-il vraiment comme cela? Dieu traite-t-il les gens de telle manière à ce qu’ils subissent des maux physiques et émotionnels? Si non, comment devrions-nous interpréter cette image de Dieu? » (p. 31) Seibert déduit du prologue de Job une certaine image de Dieu. Pourtant, les indices du récit en prose (Jb 1–2) ne manquent pas pour nous signifier le caractère fictif et parabolique de Job: scène imaginaire de la cour céleste, idéalisation du personnage de Job en contraste avec l’intensité des malheurs qui le frappent, soudaineté et structure rythmée des événements tragiques causant la mort des serviteurs et des enfants de Job, etc. Tout cela n’a rien de réaliste. C’est une mise en scène artificielle servant de tremplin aux dialogues qui vont suivre. Il est donc inapproprié d’en tirer une image de Dieu. Bien qu’il n’ait aucun problème à admettre la possibilité que des récits puissent être fictifs (il l’admet pour Jonas), Seibert ne revient plus sur l’histoire de Job dans la suite de son livre pour nous dire que le problème qu’il soulève peut se résoudre si l’on tient compte du genre littéraire du livre.

Ce qui vaut pour le prologue de Job vaut pour d’autres récits. Ainsi, Seibert relève deux problèmes avec l’image de Dieu dans le récit du « sacrifice d’Isaac » (Gn 22): il est dépeint, d’une part, « comme quelqu’un qui demande des sacrifice d’enfants » et, d’autre part, « Dieu est disposé à infliger de sérieuses séquelles psychologiques sur une personne (Isaac) dans le but d’en ‘tester’ une autre (Abraham) » (p. 217). Mais là n’est pas la question! La priorité du récit n’est pas de caractériser Dieu comme un amateur de sacrifices d’enfants ni d’évoquer la psychologie des personnages. Comme pour Job, il y a mise en scène et dramatisation en vue de servir le propos central du récit, qui a plus à faire avec la foi d’Abraham qu’autre chose. Dans ce cas comme dans d’autres, il n’est pas nécessaire de faire appel à une herméneutique christocentrique; un discernement d’ordre littéraire suffit.

11. Distinguer entre les « récits » et les « portraits » de Dieu. En raison de ce manque de discernement littéraire, Seibert n’est pas vraiment conscient de la distinction qu’il faudrait opérer entre les « récits » et les « portraits » qu’il en tire. Comme il extirpe ces portraits de leur contexte et de leur dynamique littéraires, il a tendance à tous les mettre sur le même plan et à les projeter tels quels sur les récits. Il en arrive ainsi à trouver deux portraits de Dieu contradictoires dans un récit où il n’y a pourtant qu’un seul personnage « Dieu ». Même en reconnaissant ce qu’il y a de juste et de vrai dans la démarche de Seibert, je dirais (en schématisant) qu’à la place de saisir la dynamique littéraire des récits pour en déterminer les priorités, il opère une sorte de mise à plat cartographique des textes où il serait possible de repérer les zones à problème et le degré de fidélité au vrai Dieu des différents portraits qui y seraient dépeints. C’est pourquoi les exemples que donne Seibert semblent superficiels, voire même douteux (voir l’exemple de 1 Sam 15 au chap. 11, résumé dans ma Présentation).

12. Peut-on/faut-il résoudre le problème? On se rappellera de la distinction entre « Dieu textuel » et « Dieu réel », au sujet de laquelle j’avais dit qu’elle me paraissait évidente (point 5). Je note toutefois une maladresse similaire à la précédente (point 11). Tout comme Seibert projette ses « portraits » de Dieu sur les récits, il y transfère également son principe de séparation entre Dieu textuel et Dieu réel. Non que le Dieu réel serait présent dans certaines parties des Écritures. Je parle bien du principe qui consiste à séparer les deux plans. Ainsi, de la même manière, il y aurait des représentations fidèles au vrai Dieu et d’autres moins fidèles, voire des déformations qu’il faudrait totalement rejeter. Si l’idée de Seibert est tout à fait recevable, il me semble que le procédé est trop radical et relève également de ce manque de discernement littéraire dont j’ai parlé. Je me demande pour ma part s’il est vraiment nécessaire d’inscrire ce genre de distinction au sein même des textes. Cela ne ressemble-t-il pas à une « correction »? Et en l’appliquant dans le texte, n’est-ce pas se donner l’illusion de résoudre le problème une bonne fois pour toutes? Cela me rappelle le titre de la traduction française du best-seller de l’athée militant Richard Dawkins, Pour en finir avec Dieu. Aussi convaincu soit-on que Dieu n’existe pas, en a-t-on jamais fini avec Dieu? Peut-être qu’il vaut mieux ne jamais avoir fini de s’interroger sur les Écritures, sur ses passages problématiques, sur sa violence et la violence de Dieu, car celles-ci expriment quelque chose sur nous et nos perceptions du divin. Sans doute qu’il faut, de génération en génération, reprendre et renouveler le travail de réflexion. Ce qu’il manque chez Seibert, c’est une mise à distance du texte, permettre un espace de vie qui pourrait être celui de l’Esprit Saint et de la tradition chrétienne. Quoi que l’on dise ou que l’on pense de la Bible, faisons-le à distance et maintenons coûte que coûte sa dangereuse et dé-rangeante altérité.

13. Retour sur l’herméneutique christocentrique. Tout comme Seibert néglige ce que j’ai appelé la dynamique littéraire des récits de l’Ancien Testament, il me semble qu’il néglige la « dynamique salvifique » du Nouveau. Si Jésus et les apôtres ont parlé de Dieu comme ils l’ont fait, ce n’est pas en premier lieu pour faire de la « théologie », mais parce que leur vie tout entière s’inscrivait dans la dynamique de l’annonce du salut par et en Jésus-Christ (d’où « dynamique salvifique »), autrement dit l’annonce de l’Évangile. C’est pour cela qu’ils ont été amenés à changer leur vision de Dieu et à écarter certains aspects présents dans l’Ancien Testament pour en privilégier d’autres. Ce que je veux souligner ici, c’est que Seibert voile en quelque sorte cette dynamique pour mettre en évidence une esquisse théologique statique, déclinée en une série de portraits de Dieu.

Je n’entends pas remettre en cause le fondement de sa démarche, car il y a sûrement du vrai. Je constate simplement que la dynamique évangélique est tirée vers l’avant, portée par l’annonce d’une nouveauté surgissant dans le monde, inouïe, abondante, éclipsant en partie l’ordre ancien des choses, et je dirais par la même occasion les Écritures. Un peu comme la grâce surabondante de Dieu qui est bien davantage qu’une réponse au problème du péché, une réparation, un retour à l’ordre. Or c’est précisément le malaise que je ressens avec Seibert: il faut réparer le Dieu de l’Ancien Testament, le corriger. Encore ce problème de distance. À l’inverse de la dynamique salvifique, la démarche de Seibert semble tournée vers l’arrière. Les premiers chrétiens on regardé vers l’avant et fait du nouveau à partir de l’ancien, faisant des Écritures une annonce prophétique du Christ, exploitant, même maladroitement, tout ce qui pouvait servir cette annonce, sans se soucier d’en corriger quoi que ce soit. Ce n’était pas leur préoccupation première.

Cela dit, attention. Je ne dis pas que Seibert se fourvoie complètement, pas plus que je ne dis qu’il faudrait fermer les yeux sur les passages problématiques de la Bible. La double herméneutique prônée par Seibert a justement pour finalité d’ouvrir vers l’Évangile, vers le Christ, autrement dit vers la possibilité de prêcher, même à partir de passages problématiques. Ce sur quoi je veux insister, c’est une attitude qui privilégie un regarde tourné vers l’avant plutôt que vers l’arrière, vers la lumière qui nous a été révélée plutôt que sur les obscurités du passé, vers l’espérance et l’amour plutôt que de chercher à tout comprendre. N’était-ce pas cette prédisposition optimiste qui animait les Pères de l’Église quand ils exposaient leurs commentaires allégoriques et typologiques des Écritures? Excepté les abus manifestes, ne sommes-nous pas appelés à partager un peu de cette naïveté libératrice de sens?

14. L’inspiration des Écritures. Pour finir, un mot sur l’annexe à propos de l’inspiration des Écritures. Je suis dans l’ensemble d’accord avec l’auteur. L’inadéquation avec les Écritures d’une conception verbale de l’inspiration est évidente. Pas besoin de revenir là-dessus. L’évaluation critique de la notion d’accommodation est pertinente, et je rejoins Seibert également sur ce point. J’ai été agréablement surpris par la proposition de l’auteur d’une inspiration que j’ai qualifiée d’indirecte, parce que cela rejoint une de mes intuitions à ce propos. Je reprends ce que j’ai écrit dans la Présentation: « Cette conception de l’inspiration place le centre de gravité de l’action divine [on pourrait également y situer l’accommodation si l’on y tient; voir la citation de Beauchamp mise en exergue au début de l’article], non pas dans le texte biblique ni même directement dans son processus rédactionnel, mais dans le contexte d’un peuple, de communautés et d’individus en relation avec Dieu qui, à travers leurs expériences, les valeurs et les croyances qui en découlent ont d’une manière ou d’une autre participé et conduit à la rédaction de la Bible. » Et j’aurais tendance à m’arrêter là, sans trouver nécessaire d’aller plus loin comme le fait Seibert. Son image du contremaître ne me séduit pas, et l’exception selon laquelle Dieu aurait pu à l’occasion « directement fournir des mots et des idées spécifiques » est hasardeuse. Je ne suis pas convaincu qu’il faille toujours affirmer plus que moins, ne jamais exclure que… Parce que affirmer moins ici c’est peut-être permettre plus ailleurs.

Conclusion

Le lecteur aura sans doute compris que je ne remets pas en cause l’approche globale de Seibert (voir point 5). La question qui se pose est comment et jusqu’où est-il possible d’entreprendre une lecture christocentrique des Écritures. Il est incontestable que Jésus-Christ est la référence ultime pour le chrétien; c’est lui qu’il est appelé à suivre et c’est à travers lui qu’il rencontre le Dieu vivant. J’ai toutefois contesté l’application trop rapprochée des textes bibliques d’une herméneutique qui a peut-être le défaut de davantage diviser que d’unir, exacerber les tensions plutôt que de récapituler, notamment si on la conçoit comme une manière de résoudre des problèmes plutôt que comme une annonce de la bonne nouvelle du salut en Jésus-Christ.

L’ouvrage de Seibert a une portée éminemment pratique. Sa fonction première ne vise pas à favoriser l’élaboration d’une « doctrine de Dieu » ou à ouvrir des pistes de réflexion théologiques sur sa nature et ses attributs. Par contre, cet ouvrage riche et stimulant rendra certainement service aux lecteurs, aux enseignants et prédicateurs qui ont directement affaire aux textes bibliques.

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15 réponses à ““Des comportements divins troublants” 2/2: Appréciation

  1. Boulipoticap

    11 août 2012 at 12:13

    Bonjour,

    J’ai moi aussi beaucoup réfléchi à propos de ces passages.

    Il me semble qu’il en devient impossible de considérer la Bible comme un livre de référence, et que on doit plutot la considérer comme un guide. Une sorte de guide touristique du royaume de Dieu, si l’on peut dire. Et, au cours du voyage dans le pays visité, on peut rencontrer des différences entre le guide et ce que l’on observe.

    Mais, du coup, comment faire avec les organisations humaines qui ont besoin de références ?

    Première approche, peut être auriez vous pu parler de la fin du llivre de Job – puisque vous parlez du début.

    Dieu répond à Job par l’émerveillement devant la création – les deux animaux fantastiques – qui provoquent chez Job l’humilité : « J’ai abordé, sans le savoir, des mystères qui me confondent… blablabla… aussi j’ai horreur de moi et je me désavoue… ».

    Sans forcément aller jusqu’à l’horreur de soi, peut être est-il possible de fonder une organisation humaine sur l’émerveillement et la modestie devant Dieu ?…

    Deuxième approche, dire que l’on ne peut fonder une organisation humaine sur la doctrine, sur la parole de dieu ; dire que Dieu ne veut pas servir de référence, tout simplement. Le mode d’organisation est à réaliser par les hommes et les femmes (oui… « et les femmes »). Et, en général (mais pas toujours), Dieu respecte ces choix.

    L’organisation reste d’ordre humain. Ce qu’il y a au dessus découle de l’introduction des commandements : « Ecoute, Israël »… : c’est l’écoute et le peuple.

    Mais qu’est-ce que écouter, qu’est-ce que le peuple ? là… c’est à Dieu de dire… ce sont deux choses qui dépassent l’organisation d’ordre humaine, en tous les cas.

    Cordialement.

     
    • Georges Daras

      26 août 2012 at 17:08

      Bonjour Boulipoticap,

      Merci pour ce premier commentaire! Je réponds avec un peu de retard…

      Je ne pense pas adopter l’image du « guide », mais je suis d’accord sur le problème: les différences entre le guide et ce que l’on observe. C’est un sujet d’exploration qui me passionne.

      Je vous rejoins dans votre première approche: l’émerveillement et l’humilité. Sauf qu’il ne s’agit pas ici des Écritures et leurs problèmes, mais de contempler l’univers et le monde naturel avec ses splendeurs autant que ses fascinantes terreurs. Je ne vois pas comment je pourrais m’émerveiller ou répondre par l’humilité à un massacre de population ou à une sanction divine particulièrement odieuse. Rappelons-nous aussi que face à ses amis, c’est Job qui a été désigné comme celui ayant correctement parlé de Dieu (42.7-8). Peut-être que certains récits bibliques ont aussi pourrait-on dire été rédigés par des amis de Job, et qu’il nous appartient d’explorer une autre voie, celle d’après laquelle il nous sera dit que nous avons bien parlé de Dieu.

      Je vous rejoins également dans votre seconde approche. J’ajouterais en mes propres mots que nous sommes en marche vers le Royaume de Dieu et que nous sommes des pèlerins sur terre. Mais bon, là on quitte le sujet de l’article qui ne va pas aussi loin.

      Cordialement,
      Georges

       
  2. Iscuryc

    25 août 2012 at 11:51

    Ce n’est pas tout à fait de cette façon là que j’ai trouvé une attitude cohérente vis à vis du Dieu biblique. Cela dit je ne peux que saluer l’héroïsme et la rigueur de l’auteur. Non seulement il s’attaque à une question d’une grande envergure, mais il entend faire en même temps le « sale boulot » de se justifier auprès d’un protestantisme profondément idéologique, matérialiste et rationaliste.

    Si ces comportements divins sont troublants, ils le sont dans le cadre d’une foi dualiste qui rationalise le mal, la violence et fini par prêcher un dieu auteur moral de crimes, de guerres religieuses, et de la souffrance en ce monde. L’athéisme et le scepticisme desquels je vient, sont alors pertinents et ont leur mot à dire. N’ayant pas la patience de l’auteur, je suis souvent tenté comme Klaas Hendrikse ou Maurice Zundel de jeter le pavé dans la marre en disant « votre Dieu est un faux-dieu qui n’existe pas ».

    J’opterais donc plutôt pour une issu par l’existentialisme ou la mystique. Le cœur du problème est pour moi bien plus dans le vide spirituel ambiant. L’herméneutique christocentrique existe au sein même du Nouveau Testament et a continué d’être celle des églises traditionnelles. Loin d’être une recette toute faite, cette lecture oblige à un moment donné de s’aventurer au-delà du texte et des évidences. Par contre, comme c’est d’avantage de l’ordre de l’intuition, aussi bien l’exégèse universitaire que la doctrine figée sur le mode christocentrique me semble sans intérêt.

    Daniel Bourguet dans son livre « Prions les Psaumes » donne un exemple de cette herméneutique traditionnelle en citant Jésus pardonnant ses ennemis, avec Ephésiens 6:13-18 argumentant que la violence et la guerre doivent concerner ce qu’il y’a de mauvais en nous. Aussi bien pour la Loi, que pour tout ce qui dérange, dans l’Ancien Testament il est possible de dire que Jésus opère un passage de l’extérieur à l’intérieur, et que c’est finalement ça l’essence du Nouveau Testament. La révélation de Dieu qui est esprit, et comme le dit Maurice Zundel un « pur dedans » (il considère que les 3 hypostases de la Trinité sont esprit).

    On peut trouver beaucoup d’autres exemples. Si le fondamentalisme prenait vraiment le Nouveau Testament au mot, le temps de les peser, et posait de vraies questions sur la façon dont les auteurs se réfèrent à l’Ancien Testament, le créationnisme ne serait plus d’actualité depuis longtemps : « Car Dieu, qui a dit : La lumière brillera du sein des ténèbres ! a fait briller la lumière dans nos coeurs pour faire resplendir la connaissance de la gloire de Dieu sur la face de Christ. » (2 Corinthiens 4:6). Jésus lui même ne doit plus être « connu selon la chair ». (2 Corinthiens 5:17). Curieusement, les références attribuées à des annonces prophétiques de Jésus en tant que Messie n’obéissent pas nonplus à l’herméneutique du prosélytisme envers les juifs, qui ne sont pas dupes pour s’apercevoir de la supercherie.

    Bien que le pentecôtisme puisse apporter de l’importance à l’Esprit-Saint, il demeure issu d’un méthodisme en manque de verticalité, et improvise une spiritualité trop portée sur l’extérieur. Ce phénomène n’a donc que peu de choses en commun, voir est en totale contradiction, avec les grandes intuitions spirituelles qui ont traversé l’histoire du Christianisme chez les pères du désert, les hésychastes, Maître Eckart, Jean de la Croix…etc.

    On gagnerait à relire Jacques Ellul au sujet de la « La foi au prix du doute », pour qui le rapport au texte biblique qui favorise le mieux l’expérience du Dieu réel, ne peut pas être de l’ordre de la croyance, et donc celle du fondamentalisme, puisqu’elle n’hésite pas à mettre en doute la Bible jusqu’à obtenir une parole vivante. On s’aperçoit alors que dans cette démarche de foi et de sens, le théisme a besoin de l’athéisme et que les deux se complètent. Les poser séparément conduit aux impasses actuelles.

     
    • Georges Daras

      28 août 2012 at 16:04

      Bonjour Iscuryc,

      Je ne pense pas qu’il soit utile que je « réponde » à votre remarque. Je me contenterais de vous remercier pour ces réflexions riches et instructives, parsemées de références et ouvertes sur la tradition chrétienne bimillénaire.

      Cordialement,
      Georges

       
  3. gakari1

    5 septembre 2012 at 18:37

    Merci Georges pour ce résumé et ces commentaires.

     
    • Georges Daras

      5 septembre 2012 at 20:02

      Merci Yannick pour ce message.

      PS: Pour l’information, je suis en train de préparer une critique du livre que Benoît avait conseillé sur son blog (Peter Enns, Inspiration and Incarnation; cf. l’image dans la colonne de droite de mon blog). J’annonce dès à présent que je ne partage pas l’approche théologique de Enns, fondée sur l' »analogie incarnationnelle ». Ça promet!

      Au plaisir!

       
  4. Marc

    12 novembre 2012 at 21:57

    Moi quand j’ai lu le livre de Enns cet été, j’ai pensé « je me demande bien ce qu’en pensera Georges » parce que je le trouve bien équilibré malgré sa bravoure face à la culture évangélique traditionnelle, et plutôt bien argumenté aussi.

    Donc j’attends ta petite critique et j’espère pouvoir prendre le temps d’y répondre.

    A+

     
    • Georges Daras

      12 novembre 2012 at 22:09

      Bonsoir Marc,

      Merci pour ton message. Moi aussi j’attends avec impatience de terminer ma critique!, car elle est bien avancée, mais je n’arrive pas à la finir et à rédiger un texte final cohérent. Je dois surtout faire preuve d’humilité et revoir mes exigences éditoriales, car à force de vouloir tout dire on fini pas ne plus rien dire du tout!

      À très bientôt, j’espère!

       
  5. Robert Culat

    13 février 2013 at 22:27

    Merci pour ce texte. En 6 ans de séminaire JAMAIS on n’a pu aborder une seule fois les textes choquants de l’Ancien Testament! Et obtenir une esquisse de réponse à ce qui nous choquait dans la Bible. J’ai toujours été à la recherche, en vain, d’un ouvrage en français qui prenne au sérieux ces objections et tente d’y répondre! Si vous en connaissez un dites-le moi! A propos de la violence de Dieu connaissez-vous le livre de Jean-Marie Muller: Désarmer les dieux? Il parle du judaisme, du christianisme et de l’Islam. J’ai dans ma bibliothèque un livre de Wright nommé l’éthique de l’Ancien Testament. Je ne l’ai pas encore lu. Le connaissez-vous?

     
    • Georges Daras

      14 février 2013 at 00:40

      Bonjour,

      Merci pour votre commentaire. Je partage votre désarroi. Bien souvent, on se limite à constater les problèmes sans pouvoir donner de réponse satisfaisante. Au pire, on n’en parle pas et on fait comme s’il n’y avait pas de problèmes (ce qui semble avoir été le cas dans votre séminaire). Mais ils sont là, dans la Bible, celle qui est acclamée comme « parole de Dieu ». J’ai longtemps cherché des réponses, de la matière à réflexion. Ce que j’ai surtout trouvé, je l’explique au point 2 de l’article (en petits caractères), c’est une littérature savante vulgarisée, honnête sur les obscurités de la Bible, qui se contente de les décrire et de les expliquer en fonction de leur contexte historique. Toutefois, tout cela ne répond pas au trouble et aux questions que cela pose au niveau de la foi en Dieu (je vous renvoie de nouveau au point 2 où j’exprime cela).
      ___________________

      J’en viens à votre requête. Malheureusement pour ceux qui ne lisent pas l’anglais, c’est en cette langue qu’il y a le plus de livres sur le sujet à ma connaissance. Celui qui prend vraiment le problème à bras le corps est celui d’Eric Seibert auquel j’ai consacré mon article (une partie « Présentation » et une autre « Appréciation »). Si vous ne lisez pas l’anglais, ce n’est pas la peine que je propose d’autres livres. Je peux éventuellement le faire si vous le souhaitez.

      Je connais le livre de Christopher Wright, mais je ne l’ai pas lu, et je ne l’ai d’ailleurs pas en ma possession. Je peux toutefois vous dire (à partir d’un autre livre qui en parle) que Wright est un évangélique et que, en tant que tel, son approche est conservatrice, peu critique envers les textes bibliques tout en versant dans l’apologétique (justifiant par exemple le massacre des cananéens par Josué). Cela dit, il mériterait quand même votre attention pour ce qu’il pourrait vous apporter, mais aussi pour favoriser une réflexion de par la manière dont vous pourriez réagir face à certaines de ses idées avec lesquelles vous ne seriez pas d’accord.

      En français, il existe le livre de Thomas Römer, dont je parle dans un autre article: Dieu obscur. Cruauté, sexe et violence dans l’Ancien Testament. Le livre est certes éclairant, mais insuffisant car essentiellement descriptif et historique.

      Dans un autre registre, je peux vous proposer le livre de Lytta Basset, Sainte colère. Jacob, Job, Jésus. Vous pouvez lire mon commentaire sur Amazon: ici. C’est une autre approche plus spirituelle, plus méditative (mais dense et exigeante), qui peut éclairer certaines zones d’ombre.

      Ensuite, je peux encore citer:
      Dieu est-il violent?, de Giuseppe Barbaglio (je ne l’ai pas lu).
      – Un livre collectif: Divine violence. Approche exégétique et anthropologique.
      La violence dans la Bible.

      Il faut dire sur ces livres qu’ils ont pour objet principal les écrits bibliques. Il ne s’agit pas d’un traitement théorique sur le problème philosophique et théologique du mal et de la souffrance.

      Enfin, pour vous donner un bon aperçu de ce que vous pouvez trouver comme réponses à vos questions en français, je vous envoie vers ma bibliothèque numérique. Vous trouverez une section « Bible et violence » tout en bas de la page que j’ai consacrée à l’Ancien Testament. De très bons auteurs francophones y sont représentés.

      Si ces lectures ne me satisfont pas vraiment et que je suis allé voir du côté anglophone, c’est parce qu’elles ne me semblent pas prendre assez de hauteur et traiter le problème de manière approfondie en rapport avec certaines thématiques théologiques comme par exemple celle de la révélation. Que peut-on dire sur la manière dont l’Ancien Testament témoigne de Dieu? Quel est ce Dieu qui commande l’extermination de peuples entiers? Que fait-on de ce Dieu-là? Comment l’articuler avec le Dieu de Jésus-Christ? Comment l’articuler avec ma foi? Pourquoi paraît-il si proche de ce qui se faisait de manière générale dans le Proche-Orient ancien (temples, sacrifices, prophéties, Dieu guerrier, etc.)? Pourquoi les auteurs bibliques ont-ils parlé ainsi de Dieu et qu’est-ce que cela entraîne comme conséquences au niveau de ma lecture de la Bible et de la manière dont je la reçois dans la foi? Etc. Toutes ces implications ne me semblent pas sérieusement abordées dans les ouvrages francophones.

      Cordialement

      PS: Je ne connais pas le livre de Jean-Marie Muller. Il peut être intéressant, mais je pense que les meilleurs livres sur le sujet ne pourront émaner que de personnes qualifiées en la matière, à savoir des exégètes et théologiens, de préférence chrétiens, puisqu’ils sauront ce qu’est une foi en quête d’intelligence.

       
      • Robert Culat

        14 février 2013 at 11:01

        Jean-Marie Muller est un pacifiste. Son livre est une interpellation lancée aux responsables religieux pour les interroger sur une éventuelle utilisation belliqueuse des textes sacrés.
        Que pensez-vous d’un texte d’évangile qui peut faire lui aussi problème? Matthieu 15, 21-28?

         
      • Georges Daras

        14 février 2013 at 12:35

        Merci pour les précisions à propos de Muller. Vous me mettez l’eau à la bouche. J’ai d’ailleurs trouvé une présentations détaillée du livre dont vous m’avez parlé: ici. Je le lirai volontiers à l’occasion.

        Quant à Mt 15.21-28, pour en dire ce que je pense, je devrais l’étudier et voir ce qu’en disent les exégètes. Mais je n’ai malheureusement pas le temps de m’y consacrer tout de suite. D’ailleurs, il existe un parallèle à ce récit chez Marc 7.24-30, ce qui veut dire que l’on trouvera des éléments d’analyse dans les commentaires consacrés à l’évangile de Marc. Je viens de consulter ma bibliothèque numérique et j’ai vu qu’il y avait un article (j’espère pas trop technique) de l’exégète Jean-Noël Aletti sur ce passage de Marc: ici. Vous y trouverez peut-être des éléments de réponse et d’explication (avec des renvois à d’autres écrits sur ce passage).

        Cordialement

         
      • Robert Culat

        14 février 2013 at 11:12

        Je viens de trouver ce lien… que je lirai!
        http://www.bible-service.net/extranet/current/pages/987.html

         
  6. Shinran

    1 septembre 2013 at 00:20

    En lisant les deux parties de ton article, je me suis posé une question que tu as bien récapitulé dans ta conclusion: « La question qui se pose est comment et jusqu’où est-il possible d’entreprendre une lecture christocentrique des Écritures. »
    Dans ton cheminement personnel, es-tu arrivé à une réponse?
    Bien à toi
    Shinran 😉

     
    • Georges Daras

      1 septembre 2013 at 13:28

      Hello!,

      Je pense qu’en gros une telle lecture est en effet possible. La réponse reste évidemment à être précisée, sachant que nous sommes bien sûr limités dans les réponses que l’on donne au sujet de Dieu et de la foi. C’est ce qu’a tenté Seibert dans son livre, et je pense qu’il a posé de très bonnes bases. C’est dans sa continuité que je pense humblement m’inscrire.

       

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