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TROIS PROBLÈMES D’ANCIEN TESTAMENT. 1: L’historicité des récits bibliques

23 Jan

Dans cette série d’articles, j’aimerais faire part d’un cheminement qui aura pour fil directeur les problèmes et les difficultés que j’ai rencontrés avec l’Ancien Testament. Le premier de ces problèmes est relatif à l’historicité des récits de l’Ancien Testament: quel rapport entretient la Bible avec l’histoire? Je raconte notamment comment j’ai évolué d’une position conservatrice évangélique vers une position critique. Ensuite, le second problème que je vais traiter est celui des passages difficiles de la Bible, souvent liés à la violence et à une image sombre de Dieu (disponible ici). Enfin, le troisième problème (en cours de rédaction) est celui de l’actualité de l’Ancien Testament pour aujourd’hui: le monde de l’Ancien Testament et les conceptions (y compris théologiques) qu’il renferme ne sont-ils pas d’un autre âge, archaïques, désuets? Trouve-t-on dans ces textes réputés « saints », « sacrés », « canoniques », des représentations erronées de Dieu? Si oui, quelles seraient les conséquences pour la foi chrétienne et notre rapport aux textes? 

Bien que j’aborde ces trois problèmes séparément, ils n’en demeurent pas moins intimement liés. J’ai toutefois l’impression, dans mon cheminement intellectuel, d’avoir progressé de l’un à l’autre par paliers. Ce qui veut aussi dire que le problème qui me taraude le plus actuellement est le troisième. C’est d’ailleurs à son sujet que je voulais écrire, mais ne parvenant pas à démarrer, j’ai décidé d’étendre mon exploration en amont. 

Quelques précisions: d’abord, en parlant de l’Ancien Testament, je ne prétends pas qu’il n’y a pas de problèmes dans le Nouveau, bien que je trouve quand même ce dernier moins problématique. Ensuite, en parlant « des évangéliques », je vise surtout l’une de ses tendances, calviniste ou plus exactement néo-calviniste, représentée par certains instituts et universités (voir ici), un milieu très axé sur les notions d’orthodoxie biblique et de saine doctrine (d’après la typologie du sociologue Sébastien Fath, Du ghetto au réseau, p. 303 et suivantes). Enfin, on n’oubliera pas que mon exposé prend ici la forme d’un témoignage, d’un parcours retravaillé a posteriori basé sur une perception forcément subjective et partielle.    

1. Dans le contexte évangélique

Le premier problème auquel j’ai eu à me confronter fut celui de l’historicité des récits bibliques. À une certaine époque, je baignais dans la phase évangélique de mon cheminement spirituel. Les auteurs que je lisais étaient des évangéliques convaincus, prêts à défendre fermement leurs positions face à la science et la critique biblique, toujours prompts à réaffirmer énergiquement la vérité de la Bible, Parole inspirée et infaillible de Dieu. Pour les évangéliques, la Bible ne dit pas seulement la vérité dans le domaine spirituel ou théologique, mais également dans celui de l’histoire. Pas question de mettre en doute l’existence d’Adam, Noé ou Abraham, ou bien de contester l’historicité du déluge universel et des dix plaies d’Égypte. Notons que le caractère extraordinaire ou invraisemblable d’un récit (s’il est interprété historiquement; pensons à l’arche de Noé ou à l’histoire de Jonas) ne constitue pas un obstacle en soi ni un frein dans l’affirmation de son historicité. Ajoutons que la question de l’authenticité des écrits bibliques est également importante et suit la même logique, qui est celle d’une saisie au premier degré des « données » bibliques: il suffit que la Bible dise ou laisse entendre que Moïse est l’auteur du Pentateuque pour que cela soit effectivement considéré comme tel historiquement. Les théories critiques actuelles ne peuvent que se tromper, elles qui affirment que la majeure partie du Pentateuque provient de plusieurs sources et fragments, composés et assemblés bien après l’époque supposée où Moïse aurait vécu.

Moïse reçoit les Tables de la Loi de la main de Dieu (détail). (infos: cliquer sur l’image)

2. Le récit biblique comme description et interprétation

Le présupposé fondamental qui sous-tend l’affirmation de l’historicité du récit biblique est l’équivalence établie entre vérité et historicité, ce que l’on peut schématiquement représenter comme suit:

texte <=> historicité <=> vérité

Un texte biblique est vrai à partir du moment où ce qu’il rapporte correspond à la réalité historique, à un événement qui s’est effectivement produit. Ce lien entre texte et événement est important, car cela garantit d’une certaine manière la vérité du texte. Ainsi, dans l’interprétation évangélique de la Bible, le texte biblique comporte toujours une dimension descriptive, factuelle. Une seconde dimension du texte est admise par les évangéliques, à savoir une dimension interprétative. Les auteurs bibliques ne sont pas neutres, ils expriment leur foi, leur théologie, ils sont engagés dans ce qu’ils écrivent. Ils peuvent de ce fait être amenés à modeler, structurer, schématiser, agencer leur récit de sorte à mieux faire ressortir leur message, leur enseignement, la vérité de foi qu’ils souhaitent transmettre. Cette dimension touche à l’aspect littéraire des récits bibliques. Cela admis, la dimension descriptive demeure toujours présente. Aussi importants soient le modelage ou la charge symbolique d’un texte, sa vérité implique aussi, sauf cas explicites comme les paraboles de Jésus, qu’il fasse référence à des faits historiques. Que les auteurs bibliques aient pu inventer des récits est inadmissible, voire scandaleux dans la mentalité évangélique. Il est également difficile de concevoir que la Bible puisse renfermer une littérature de genre mythique et légendaire, comparable à ce que l’on trouve chez les peuples environnants de Mésopotamie. La fiction, le mythe et la légende sont des notions péjorativement connotées chez les évangéliques, car synonymes de « fables » et de « contes de fées », genres littéraires indignes de la Parole de Dieu.

3. Remise en question

On dira donc qu’en contexte évangélique les récits bibliques sont historiques « par défaut » selon un présupposé de nature dogmatique lié à la notion de vérité. À partir de quand l’historicité de la Bible commence-elle à devenir un problème? Comment me suis-je rendu compte qu’il y avait un problème? Le simple bon sens est souvent de bon conseil: est-il possible que le reste du monde ait constamment tort et vous toujours raison? Peut-on sérieusement envisager qu’un complot international de biologistes, de paléontologues et de généticiens se soient tous mis d’accord, vouant leur vie au mensonge dans le but de défendre et de propager une pseudo-théorie de l’évolution, alors qu’il suffit de se fier au récit biblique de la création pour connaître la vérité? Je simplifie. Le terrain était toutefois favorable à ce que la question germe dans mon esprit. Au début, je m’associais volontiers à cette vision binaire, contestataire, d’après laquelle on trouve d’un côté le petit reste évangélique, fidèle et obéissant, et, de l’autre, le reste du monde (y compris les chrétiens gagnés par la décadence moderniste), terrain d’expression d’une nature humaine pécheresse et rebelle. Toutefois, je me suis vite aperçu des limites de cette vision du monde, entretenue à force de mauvaise foi et d’aveuglement

4. Chaque chose à sa place

Je me sentais intellectuellement à l’étroit. Il fallait que je me débarrasse de ce carcan et j’ai vu à quel point cela fut libérateur sur le plan de la raison. Petit à petit, au fil de mes lectures, je me suis fait à l’idée que Moïse ne fût peut-être pas l’auteur du Pentateuque et qu’il pût y avoir dans la Bible un genre littéraire de facture mythique et légendaire, sans que cela remette ma foi ou la vérité de la Bible en cause. Autrement dit, je n’étais plus obligé, parfois au mépris du bon sens et de toute vraisemblance, d’adopter ni de défendre telle hypothèse en rejetant toutes les autres car jugées « libérales » ou « modernistes », dans le seul but de préserver la vérité de la Bible. Il m’est aussi apparu que la recherche critique sur la Bible devait s’exercer librement, avec les méthodes et les outils adéquats, sans aucune contrainte théologique a priori. Je voulais appréhender la Bible, non pas comme je voudrais qu’elle soit, mais telle qu’elle est véritablement, telle qu’elle résiste à nos schémas et à nos idées préétablies. Assumer cela, c’était déjà pour moi concevoir autrement la vérité biblique et ce que signifie être fidèle à la « parole de Dieu ». Cela impliquait deux choses:

• Premièrement, distinguer les différents plan et les niveaux de discours, ce qui grosso modo est de l’ordre de la raison de ce qui relève de la foi. La confusion qu’opèrent les évangéliques se voit par exemple quand l’historicité de la Bible est pratiquement élevée au rang d’article de foi: il faudrait croire que les récits bibliques sont historiques. Or cela n’appartient pas à la foi d’en décider, mais à la raison, grâce aux investigations des historiens et des archéologues. Écartons un malentendu: il ne s’agit pas de distinguer pour séparer absolument, mais pour mieux concevoir une articulation entre le domaine de la foi et celui de la raison. Distinguer entre les plans entraînait pour moi de briser l’équation selon laquelle texte <=> historicité <=> vérité. En effet, je ne pouvais plus accepter de réduire la notion de vérité biblique à la simple vérité historique, et faire dépendre la première de la seconde. Il était tout aussi invraisemblable à mes yeux de maintenir coûte que coûte l’historicité de récits dont la facture littéraire démontre à elle seule le caractère fictif (Job, Jonas, Adam et Ève, etc.). J’ai assez vite reconnu que la vérité théologique pouvait être exprimée (même mieux dans un certain sens) par des récits de fiction ou des genres littéraires dont la préoccupation (première) n’est pas la description et le rapport de « faits ».

• Deuxièmement, il s’agissait aussi de me défaire de l’erreur fondamentale entretenue par les évangéliques qui consiste à identifier la Parole vivante de Dieu et le texte bibliqueIl faut résolument distinguer les deux, saisir l’écart qui les sépare, sous peine de tomber en pleine confusion théologique. La Bible est un témoignage humain multiforme rendu à la Parole vivante et agissante de Dieu (faut-il aussi rappeler que parler de « Parole » pour Dieu est une métaphore?); elle n’est « parole de Dieu » que de manière seconde, non en elle-même ni dans sa lettre, mais par l’action du Saint-Esprit dans le croyant (et la communauté ecclésiale) qui l’accueil et se met à son écoute (on ne parle pas de « Texte » de Dieu, mais d’une Parole adressée). Que ce témoignage soit « humain » implique aussi et forcément la part sombre de l’humain, dominée par de fausses conceptions de Dieu et encline à instrumentaliser le divin pour satisfaire ses propres intérêts (voir à ce sujet le deuxième volet: « Les textes difficiles »). Cela exclut définitivement toute identification possible entre texte et Parole de Dieu, ainsi que toute immédiateté dans l’application et l’appropriation de ce texte dans l’aujourd’hui de la vie chrétienne (on distinguera donc aussi « texte » et « volonté » de Dieu). Cela implique par contre la nécessité, d’une part, d’une interprétation critique, libre et en accord avec les exigences de la raison, et, d’autre part, d’un sain discernement éclairé par la révélation ultime de Dieu en Jésus-Christ. Ce n’est qu’à ces conditions et toutes précautions prises que l’on peut parler de la Bible comme de la « parole de Dieu », même si j’estime que l’expression est mauvaise pédagogue et source de malentendus, tant auprès du public chrétien que des incroyants. 

5. De la vérité historique à la vérité littéraire 

Alors que je remettais en question l’équation « vérité = historicité », j’ai découvert une autre approche de la Bible qui privilégie le caractère littéraire de celle-ci dans sa forme finale. C’est notamment le cas de l’exégèse dite « narrative », qui part du constat que la Bible est majoritairement constituée de récits (même quand ils ont une base historique) mettant en oeuvre des procédés et des codes similaires à ceux que l’on trouve dans la littérature: présence d’un narrateur, construction d’une intrigue, jeu et caractérisation de personnages, alternance entre dialogues et action, usage de structures formelles, d’éléments stylistiques et de jeux de mots, etc. Découvrir tous ces éléments dans un récit biblique, comprendre son « fonctionnement », est une aventure intellectuelle et spirituelle formidable car libératrice de sens. Quand bien même un texte ne serait pas historique, il n’en perdrait pas son sens pour autant. Au contraire, sa profondeur et ses richesses théologiques ne s’en trouveraient que davantage mises en valeur. Au dire de certains de mes interlocuteurs évangéliques, c’est un peu la crainte qui les saisit. « Si Job n’a pas existé, disent-ils en substance, s’il n’a pas réellement vécu ce que raconte le livre qui porte son nom, alors celui-ci perd de sa force et de sa valeur pour ma vie, qui elle, contrairement au personnage de Job, est bien réelle. » Fidèles à une pensée au premier degré, les évangéliques ont tendance à ramener le réel à « ce qui s’est historiquement produit ». C’est un réductionnisme comparable à celui que j’ai évoqué plus haut au sujet de la notion de vérité réduite elle aussi à la dimension d’historicité (sur cette question, je renvoie à mon article « Si Adam n’a pas existé…»). Le réel ne se limite pas à ce qui s’est historiquement produit, car ce serait du coup renvoyer dans la catégorie « divertissement » les plus grandes œuvres de la littérature mondiale (ou d’autres formes d’art) qui, tout en étant des œuvres de fiction, nous parlent de l’être humain, de ce qu’il est, de ce qu’il désire et espère. Il en va de même pour le livre de Job, comme l’explique Françoise Mies:

[…] même si l’histoire devait s’avérer fictive, elle garde un ancrage dans la réalité au moins de deux manières, en amont du texte et en aval. En amont, car la fiction est construite à partir de l’expérience vécue, même si c’est pour s’en distinguer ou pour la travailler. En aval, car en disant le réel à sa manière, elle rejoint l’expérience d’autrui, en l’occurrence du lecteur. (L’espérance de Job, Leuven, Peeters, 2004, p. 219-220)

Conclusion: le problème de l’historicité résolu?

Arrivés à ce stade de notre réflexion, quelques précisions s’imposent. Reconnaître et assumer que les récits bibliques ne sont pas historiques « par défaut », qu’il peut y avoir dans la Bible des récits sans assise historique qui s’avèrent être des créations littéraires, ce n’est pas ouvrir la porte à l’arbitraire, au n’importe quoi, ni courir le risque de voir tout s’écrouler comme par un « effet dominos ». « Si l’on se permet de douter de l’existence d’Abraham ou de l’historicité du livre de Jonas, expliquent les évangéliques, alors qu’est-ce qui nous empêche de douter de l’existence de Jésus ou de remettre en question sa résurrection? » L’erreur consiste ici à faire de l’historicité un principe abstrait, comme si on pouvait être pour ou contre l’historicité dans l’absolu. Or on ne fait pas de l’histoire en maniant des principes, mais en examinant des documents, en les comparants, en faisant des fouilles archéologiques, en analysant des données, etc., sans pouvoir à l’avance décider du résultat. Il faut ici sur cette question de l’historicité des récits bibliques avoir l’honnêteté et le courage de laisser aux exégètes, aux historiens et aux archéologues, faire leur travail avec les compétences qui sont les leures. Ce qui, bien entendu, n’empêche pas le débat et l’échange d’idées. La question n’est pas là. C’est une manière de voir les choses dans leur ensemble, un changement de perspective.

En arrivant où je suis, j’ai dû faire le deuil d’une attitude qui consistait à penser que tout est sous contrôle, validé par des preuves tangibles et sécurisé dogmatiquement. Comme si la foi était menacée de toutes parts et courait un danger constant. Cela résulte d’une méprise dont j’ai parlé plus haut, qui consiste à mettre la foi et la raison sur un même plan, à leur faire occuper un même espace, chacune revendiquant le terrain occupé par l’autre (beaucoup d’athées font la même erreur). En distinguant le plan de la raison de celui de la foi, on se libère d’une variété de faux problèmes, dont celui qui consiste à croire qu’elles s’excluent l’une l’autre ou qu’elles entretiennent un rapport d’« irréductible antagonisme » (cet article mériterait une petite réfutation!). Il peut certes exister des tensions entre les vérités de la foi et la réalité telle qu’elle est appréhendée par la raison, tensions qu’il serait illusoire de penser pouvoir/devoir résoudre. Elles peuvent par contre nous inciter à progresser dans la vie spirituelle, à écarter les fausses croyances asservissantes, en nous questionnant librement et sans entraves sur ce que nous croyons.

De ce point de vue, je peux dire que le problème de l’historicité des récits bibliques n’est plus un problème, du moins selon l’optique évangélique que j’avais au départ. Je ne peux plus revenir en arrière; le recours nécessaire (mais non suffisant) à l’exégèse historico-critique est un fait acquis. À partir de là, d’autres questions inédites se sont profilées en cours de route. Et donc, avec ces questions, de nouveaux problèmes, et non des moins embarrassants! Mais c’est ce qui nous fait avancer, non? Certains diraient même que c’est passionnant!

>>> Deuxième volet: « Les textes difficiles » <<<

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26 réponses à “TROIS PROBLÈMES D’ANCIEN TESTAMENT. 1: L’historicité des récits bibliques

  1. penseesdunemusulmane

    23 janvier 2014 at 13:58

    Article très intéressant!

    Je ne considère personnellement pas la Bible comme historiquement fiable, cependant, n’est-ce pas un peu contradictoire d’avoir ce livre comme référence tout en réduisant certaines histoires à des fictions dont on peut tirer une leçon?…Ce serait pour moi inconcevable d’appliquer la même chose au Coran. Le caractère « fantastique » de certaines histoires ne va pas nécessairement contre la raison. Et il y a de nombreuses choses sur lesquelles les historiens se trompent ou qu’ils n’ont pas encore découvert. Les recherches sont humaines et donc forcément limitées. Encore aujourd’hui on découvre des choses sur Terre qu’on n’avait encore pas réussi à voir, malgré l’avancée des technologies, les satellites, etc.

    Mais bon il est vrai aussi que nous n’avons pas tout à fait le même rapport avec le Coran (qui est selon nous la parole de Dieu directement) que vous avez avec la Bible (récits écrits par des humains).

    En tant que musulmane, je considère que la Bible comporte des erreurs historiques et factuelles (ne venant pas de Dieu bien sur mais des humains qui ont écrits les textes ou bien qui sont apparues au fil des années) mais je ne remettrais jamais en cause l’existence des prophètes et leurs missions sur Terre. Je comprends votre position, mais la ligne vers l’incroyance est quand même vite franchie…

    C’est peut-être pour cette raison que je m’entends en général très bien avec les chrétiens évangéliques 🙂

     
    • Georges Daras

      24 janvier 2014 at 00:42

      Bonjour,

      Merci pour votre commentaire. Je ne pense pas que l’on puisse généraliser en disant que « la Bible », désignée ainsi dans son ensemble, n’est pas historiquement fiable. C’est au cas par cas, cela dépend des récits, des genres, des époques, etc. Et puis il y a aussi des degrés d’historicité et de fiabilité. Il faut également préciser que le but premier de la plupart des récits bibliques n’est pas d’être « historiquement fiables », ce qui correspond à la quête d’un historien moderne limitée à un aspect des choses.
      Ensuite, qu’un récit soit une « fiction » ne veut pas dire qu’il est « réduit » ou qu’on le réduit. Cela fait simplement partie d’un genre littéraire qu’il faut interpréter et comprendre d’après ses propres caractéristiques. Pareil quand vous dites que le « caractère ‘fantastique’ de certaines histoires ne va pas nécessairement contre la raison », ce qui se justifie selon moi par le fait que ce « caractère fantastique » peut être une forme d’expression de la raison.
      Ensuite, par rapport au Coran, vous semblez oublier qu’il fait souvent référence aux récits bibliques, des récits aussi bien légendaires que mythiques, sur lesquels le Coran brode librement. La fiction est donc elle aussi présente dans le Coran, même si c’est de manière dérivée. L’islam est porteur de ses propres mythes et légendes. De même qu’il existe toute une légendologie qui s’est développée autour du personnage de Muhammad dans la tradition (Hadith, Sira). L’islam n’échappe pas donc pas à la critique, comme vous semblez le penser.

      Au plaisir de vous lire,
      Georges

       
      • penseesdunemusulmane

        24 janvier 2014 at 13:57

        Justement, ce que je disais c’est que de mon point de vue, ce ne sont pas des fictions mais des faits qui se sont réellement passés. On retrouve dans le Coran les mêmes récits que dans la Bible (à quelques nuances près) parce que ces histoires ont réellement eu lieu, c’est en tout cas ce que je pense et je ne pense pas que les historiens aient assez d’arguments pour dire le contraire.

        D’ailleurs d’un point de vue musulman, le Coran ne brode pas sur les histoires bibliques mais rétablit les faits tels qu’ils se sont réellement passés (mais çà bien sur, vous ne serez certainement pas d’accord avec moi 😉 )

        En ce qui concerne les hadiths c’est un peu différent puisqu’ effectivement il y a du tri à faire dedans (ce qui a donné lieu à toute une science pour tenter de distinguer le vrai du faux).

        Bref, j’espère ne pas vous avoir vexé, ce n’était pas mon intention.

         
      • Georges Daras

        24 janvier 2014 at 18:44

        Bonjour,

        Ne vous inquiétez pas, vous ne m’avez pas vexé. Je me rends compte de la distance énorme qui nous sépare dans l’approche des textes. Nous évoluons dans des « paradigmes » différents, d’où à mon avis l’impossibilité de discuter et de débattre sur le sujet abordé ici.

        Cordialement,
        Georges

         
  2. serviteur souffrant

    26 janvier 2014 at 14:15

    « Or la Révélation est une histoire , un processus dans le temps: à la fois une intervention de Dieu dans l’histoire, et une manifestation au sein de l’histoire même. Elle est rendue nécessaire par la Faute, dont la mythologie est l’héritage et la punition,l’errance mais aussi l’exode, l’amorce du chemin du retour. C’est pourquoi il est normal et obvie de chercher dans la Révélation vétéro-testamentaire la clef et le point de départ de la mythologie » Xavier Tilliette- la mythologie comprise: Schelling et l’interprétation du paganisme.

    Le mythe dit vrai et la conscience mythique « serre au plus près la réalité humaine » (Gusdorf).

    L’histoire et la Révélation par le écrits légendaires, les formes littéraires, les mythes, sont associées. « Le mythe dit VRAI et aucun mythe ne résiste à une analyse causale rigoureuse ou à une interprétation sémantique serrée. Le sens du mythe frappe directement l’intelligence dans toute sa vigueur sans que celle-ci ait à s’activer considérablement. On n’a pas à essayer de comprendre ou expliquer un mythe , on a seulement à le vivre. Le mythe parle , mais il ne répond pas, c’est à nous de lui répondre par nos actes ». (Yves Larochelle-une philosophie de la motivation.).
    « Un comportement humain calqué sur l’agir de Moïse dépasse largement en valeur éthique le jugement moral d’un simple observateur rigoureux des dix commandements. A travers le cheminement de Moïse , l’Exode démontre, de façon paradoxale par rapport à l’image très forte des tablettes des dix commandements, que l’éthique ne se résume pas à un exercice de légalisation, mais que c’est un travail continuel de maturation, d’écoute et d’action volontaire. Le récit mythologique biblique n’est pas une argumentation morale mais un exemple qui demande un effort personnel et une compréhension commune » Yves Larochelle.

    Si on veut essayer de vivifier l’esprit de la lettre , pour éviter de sombrer dans le doute que peut propager l’exégèse historico-critique et de l’archéologie biblique minimaliste, il sera nécessaire de passer par l’interprétation de la symbolique mythique et mystique qui pourra être une base éthique religieuse commune.

     
  3. Patrick de Saint Guilhem

    11 février 2014 at 17:25

    Bonjour, J’apprécie vos bons sentiments, mais il me semble que, sans vous en rendre compte, vous renversez la pensée chrétienne en voulant sauver la Bible des historico-critiques en suggérant une interprétation de sa « symbolique mythique et mystique ». Ce n’est certes pas nous qui allons « vivifier l’esprit de la lettre » comme vous le proposez… en lui donnant une interprétation symbolique dense, mais c’est notre accueil de ce qui s’y dit vraiment, à savoir une réelle expérience de Dieu et de la vie de l’Esprit. La preuve en est: les millions de croyants qui y ont trouvé la vie et une nourriture pour leur relation au Seigneur et à la communauté croyante depuis tant de générations. Ceux-là n’ont pas eu besoin d’imaginer une interprétation symbolique des réalités dont parle la Bible. Il va surtout falloir revenir à la simplicité de la lecture… Soyez forts et audacieux comme dit le Seigneur à Josué (1, 7). Cordiales pensées.

     
    • serviteur souffrant

      17 février 2014 at 22:05

      La simplicité de la lecture littérale et la lecture symbolique du Mystère sont contingents. Certains font l’expérience sensible de ce qui s’y dit et n’ont besoin de rien d’autre (et leur nombre ne forme pas une preuve!!). Combien seront-ils encore quand l’analyse historico-critique aura balayer la mythe-histoire judéo-chrétienne ? Car déclaré que le récit de la Genèse est d’allure mythologique et symbolique unique avec un fond d’histoire sumero-persanne c’est déjà faire un choix d’une compréhension qui n’est pas simplement littérale !

       
      • Patrick de Saint Guilhem

        19 février 2014 at 23:19

        Pardonnez-moi, mais votre message ci-dessus est un peu obscur. Que signifie « contingents » à la fin de votre première phrase? D’autre part croyez-vous vraiment que l’histoire biblique est une « mythe-histoire », j’imagine que vous voulez dire une histoire mythique, ou bien est-ce une manière de dire que l’historico-critique se trompe en s’imaginant « balayer » l’histoire du peuple de Dieu qu’elle considère comme mythe (pas toujours d’ailleurs entre nous). Votre dernière phrase enfin n’est pas très claire. Je vous rappelle en tout cas une petite règle fondamentale que les historico-critiques eux-mêmes font mine d’accepter (sans la tenir en compte, car elle les dérange): la conception de l’histoire chez les auteurs de la Bible n’a rien à voir avec la conception des modernes – du moins les exégètes « modernes » qui en sont resté au dix-neuvième siècle allemand quand au concept de l’histoire. Par contre elle est confirmée par la réflexion sur la philosophie de l’histoire de la part des historiens de métiers qui travaillent à travers le monde. Ne souffrez pas trop que je vous le dise… 🙂

         
      • serviteur souffrant

        20 février 2014 at 22:35

        Ces deux lectures font partie de la même classe de compréhension des textes saints. Elles ne peuvent être séparées.
        J’ai repris à G.Van der leeuw(anthropologue chrétien)le terme mythhistoire(croisement du mythe et de l’histoire)qu’il a proposé pour désigner la révélation et qu’il pense pouvoir mieux désigner par le mot symbole.
        Comme dit Gusdorf » Le scandale ici est qu’un événement dans l’histoire(la vérité éternelle manifestée dans le temps) prétende échapper l’histoire , et juger l’histoire ». C’est n’est effectivement pas la même conception que pour les historiens modernes.C’est « le christianisme qui a fourni le modèle de la philosophie de l’histoire » G.Gusdorf.
        Seule la foi pourra attester du miracle de l’histoire du Mystère ,et même si ce terme choque je proposerais une foi mythique dans le sens d’une acceptation du Mystère et de sa manifestation intelligible expérientielle, existentielle et symbolique.
        « la mythologie consiste à maintenir l’idée d’éternité dans la catégorie du temps et de l’espace » Kierkegaard.

         
      • Patrick de Saint Guilhem

        21 février 2014 at 08:56

        Cher ami, Je reprends depuis la dernière phrase que vous citez. L’éternité n’est pas une idée. Dieu non plus. Il est un Dieu vivant dans une histoire vivante qui ne se limite pas à quelques cartes postales du passé… et encore moins aux réductions caricaturales et souvent fantaisistes à laquelle procèdent les mythes pour mettre un peu d’ordre dans les tensions de la vie. Mettre la mythologie historique des exégètes (pas des historiens sérieux dont j’ai cité quelques travaux) ou de vrais mythes entre Dieu et vous, cela ne vous permettra jamais de suivre Jésus, seulement de raccrocher votre foi à ce que vous pouvez devant l’illusionnisme de l’exégèse contemporaine qui vous panique. La Bible dit l’histoire parce quelle parle de l’histoire de la vie, la vraie vie, celle du Royaume des Cieux. Elle n’invente jamais, elle va dans la profondeur et l’essentiel des événements de l’histoire. Je vous souhaite en vous quittant définitivement de revenir à la simplicité de la foi, n’ayez pas peur de croire naïvement au Seigneur.

         
      • serviteur souffrant

        21 février 2014 at 11:37

        Définitivement le Royaume des Cieux (terme d’histoire « spacialisée » ou allégorie symbolique? ) est parmi nous, en nous et hors de nous. Pour être plus simple , parlons du Royaume de la Joie, la vraie Joie(comme le dit Jésus) du message des Écritures, celle qui ôte toute vanité et toute résignation dans cette vie là.
        Cela n’est pas facile à vivre dans la vraie vie, mais c’est vrai que beaucoup y arrivent simplement,

         
    • Patrick de Saint Guilhem

      19 février 2014 at 22:01

      Désolé, j’ai été débordé et en partie absent de chez moi.
      Prier dans la présence de Dieu vous semble apparemment tout à fait possible, mais penser dans la présence personnelle de Dieu – ce que les auteurs de la Bible et les pères de l’église ont fait justement et qui rend leurs textes imperméables aux méthodes exégétiques inventées en Occident – cela vous semble apparemment une étrangeté. Si vous déniez à Dieu de pouvoir éclairer et guider votre raison, et que vous la voulez indépendante de lui, vous n’irez effectivement pas très loin, même dans le domaine de la foi, croyez-en un « vieux » qui a vu tant de maîtres historico-critiques et autres suivre ce chemin et perdre la foi vivante qui était d’abord la leur en suivant l’approche que vous préconisez et en se croyant intelligents.

      Je vous réponds plus en profondeur dès que j’ai un moment, soit vendredi soit en début de semaine prochaine.

      Que le Dieu de la Vie vous préserve de vous laisser piéger par l’orgueil de la raison autonome. Il vous a créé avec elle non pour que vous la sépariez du reste de votre vie, de votre affectivité et de votre corps, mais pour que tout votre être soit uni dans le service du Dieu un.

       
  4. Benoit

    5 mars 2014 at 20:55

    Bonsoir Georges,
    Je viens de découvrir ton article passionnant. Il tombe à pique dans la conversation que je suis en train d’avoir sur le blog http://www.scienceetfoi.com
    Je me suis permis de te citer et de renvoyer vers ton article. Tu verbalises admirablement plein de choses dans lesquelles je me retrouve. Merci!

     
    • Georges Daras

      6 mars 2014 at 10:54

      Bonjour Benoît,

      Cette visite inopinée m’est tout à fait agréable! 😉 Je vois que ça discute ferme de ton côté! C’est en tout cas une belle expérience collective. Tu es bien sûr libre de me citer, tu es même invité à le faire, ça me fait plaisir. Du coup, je vais venir voir comment la discussion évolue! Autre chose: Je ne sais pas si tu as eu l’occasion de récemment faire un tour dans ma page présentation, j’ai ajouté un petit quelque chose qui permet de faire un peu mieux connaissance. 😉 À bientôt!

       
  5. Enganyor

    12 avril 2014 at 10:53

    Bonjour,

    Je trouve formidable de s’intéresser à la remise en question de « l’équivalence établie entre vérité et historicité ». Car il semble qu’elle arrange beaucoup de monde. Aussi bien les contradicteurs de la foi biblique, que les pouvoirs religieux et les attitudes qui s’imaginent être fondamentalistes.

    Avec cette équivalence, nous sommes au contraire dans la négation de la démarche spirituelle authentique, car le mythe entre nous et Dieu dans tout ça c’est bien celui de l’existence de l’objectivité forte qui a été alimenté par la philosophie et que la recherche scientifique d’aujourd’hui remet en question.

    Les mots « mythes », « symboles », ont pris sous cette influence des connotations tellement opposées à leur sens premier, qu’on sera vite taxé d’incrédule. Synonymes d’imaginaire, d’invention, de faux, de leçons de morale, il y’a au contraire une science du symbole à laquelle on se confronte depuis la lecture personnelle de la Bible. L’appropriation/intériorisation du contenu du symbole, du signifié, achève de donner accès d’une manière très concrète à un niveau de réalité et de sens supérieur à ce que l’historicité peut prétendre.

    Qui se priverait d’un tel trésor, pour en rester à une quête du visible par l’histoire et les moyens d’observations humains, quand Jésus dit « Heureux ceux qui croiront sans avoir vu » ?

    Le véritable fondamentalisme, serait d’abandonner tout scientisme, et de revenir à une démarche mentale libre de tout formatage de ce type. Seulement, l’homme moderne affectionne ces choses là car il pense posséder par son éducation une science infuse qui lui ouvre la clé de la compréhension des écritures.

    Le seul remède et le seul retour à la simplicité d’enfant, serait non pas de continuer de croire mentalement en nivelant par le bas la réflexion scientifique au nom de la crédulité, mais la sortie pur et simple de ce schéma qui est totalement étranger à la Bible. Concrètement, l’ascèse mentale s’emploie à identifier ces mécanismes et structures de la pensée, à les dénoncer pour s’en défaire comme on se défait déjà des addictions et mauvais désirs.

     
    • serviteur souffrant

      13 avril 2014 at 14:06

      « L’appropriation/intériorisation du contenu du symbole, du signifié, achève de donner accès d’une manière très concrète à un niveau de réalité et de sens supérieur à ce que l’historicité peut prétendre.
      Qui se priverait d’un tel trésor, pour en rester à une quête du visible par l’histoire et les moyens d’observations humains, quand Jésus dit « Heureux ceux qui croiront sans avoir vu » ?

      Voilà une phrase qui devrait être dévoilé à tout croyant et non croyant car toute mythe-histoire religieuse ou philosophique ou politique révèle d’un sens universel des modalités de l’évolution consciente qui tend à l’asymptote mythaphysique du symbole absolu et parfait du Sens de la Vie: La Joie et le Bien « Éternel » que personne ne pourra jamais atteindre ni voir !

      Alors que chacun ayant foi dans sa mythe-histoire par sa filiation ou ses convictions ou par la grâce entraîne une radicalisation de l’histoire pour accréditer le mythe , il serait nécessaire d’accéder, par le mythe symbolique et signifiant -qui dit dire le Vrai dans chaque mythe-histoire- au rendu concret du Sens de l’Histoire Universelle et de la Conscience intérieure, en somme du Sens de la Vie.
      Et, par delà la diversité de l’historicité et de leurs différentes réalisations concrètes, les mythe-histoires pourront alors vraiment commencer à se parler sans se combattre. Utopie mythique ?

      Que le Christianisme soit la dernière mythe-histoire qui clôt cette période mythique est indéniable, sa puissance motivante est incomparable et cette motivation passe par une impuissance du rationalisme intellectuel pour comprendre le don et l’altérité.
      Seuls la « faiblesse de notre esprit » et de notre psyché(âme-à l’image de Dieu) peuvent donner « accès d’une manière concrète à un niveau de réalité et de sens supérieur » et cela est possible par l’infusion ou la résonance intérieure des paroles de Jésus (analogie symbolique) et par l’action motivante concrète dans le monde extérieur.

       
  6. Cedric

    1 mai 2014 at 22:14

    Je suis surpris et à la fois ravi de constater que j’ai eu un cheminement similaire : venant d’une église évangélique, j’adhérais aussi à une historicité totale de la bible. Mais comme toi Georges, je me sentais mal à l’aise avec certaines explications fumeuses qu’on donnait pour essayer de justifier de manière acrobatique ce qui ne pouvait pas être justifié comme cela.
    Et puis j’ai lu le livre de I. Finkelstein -la Bible dévoilée- et ça m’a fait d’abord un choc. J’avais le sentiment de m’être laissé berner pendant des années. Finalement, c’était une prise de conscience qui a fait mal, mais qui m’a ouvert l’esprit. Appeler la bible « parole de Dieu » me dérangeait quelque part, c’était là un raccourci que je ne souhaitais plus faire. Comme Calvin, je proclame qu’elle est « une chose morte, sans aucune vigueur ». La parole de Dieu, c’est la rencontre du discours de la bible, avec celui de l’Esprit Saint qui parle dans notre coeur. Alors oui, dans la bible, des choses se contredisent, des passages sont allégoriques, mais je trouve après tout que c’est encore mieux. Je découvre une Bible beaucoup plus riche et passionnante. Dieu n’est pas enfermé dans quelques pages, il est bien au delà de cela. Cette transition spirituelle a ravivé ma foi pour ma part et m’a donné la passion pour la Bible 🙂 Merci Seigneur !

     
    • Georges Daras

      3 mai 2014 at 13:28

      Bonjour Cédric,

      Merci pour ton commentaire et ce témoignage éloquent (on peut se tutoyer). Il y en a qui face aux difficultés résistent, se cambrent et ripostent, et d’autres qui ont cette « prise de conscience » comme tu dis et qui se voient contraints à repenser leur manière de voire les choses en profondeur. Je suis heureux que tu aies progressé dans la bonne direction, vers une émancipation et une passion ranimée pour la Bible. – Georges –

       
  7. jpeg

    10 mai 2014 at 20:40

    Finalement pour un évangélique quelle serait la différence si le texte au lieu d’etre inspiré par Dieu était dicté par Dieu. Je me permets de mettre un lien sur un article de Mathieu Richelle et de voir à quel point l’inerrance peut tenir du numéro d’équilibriste et pourtant Dieu sait que j’aime beaucoup le sieur Richelle, qui à mon avis sera un jour prochain traité d’apostat…

    http://www.lafree.ch/item/3095-no%C3%A9-et-le-d%C3%A9luge-le-regard-de-matthieu-richelle-sp%C3%A9cialiste-de-la-bible

     
    • Georges Daras

      16 mai 2014 at 00:38

      Merci jpeg pour ta pertinente remarque et pour l’article en lien. Comme toi, je tiens Richelle en haute estime. Comme toi, j’ai vu dans l’article comment il rogne d’un côté, il rogne de l’autre, c’est stylisé par-ci, c’est stylisé par-là, MAIS il est tout à fait probable que Noé ait historiquement existé (on sait que l’option inverse est inenvisageable pour les évangéliques, alors pourquoi revenir là-dessus, comme si ça allait changer quelque chose).

       
  8. Cédric

    21 mai 2014 at 08:50

    L’opinion des évangéliques conservateurs et étroits est actuellement majoritaire mais elle n’est pas forcément immuable. Je crois en la progression des progressistes 😉 La doctrine scellée par les conférences de Chicago n’est pas tenable. Il est bien possible que l’équilibriste se ravise avant de continuer son numéro encore longtemps. Peut être que les conservateurs toléreront en leur sein des progressistes ou alors ce sera une crise et une scission chez les évangéliques, ce qui les affaiblirai considérablement. Personnellement, je suis évangélique et n’éprouve aucune difficulté -à part supporter le regard de travers de certains- à vivre pleinement ma foi en m’épargnant de confondre Dieu avec la bible. Mais là, il y a un chemin à parcourir…

     
    • Georges Daras

      22 mai 2014 at 10:29

      Oui, l’évangélisme classique ou conservateur est majoritaire en francophonie (France-Suisse principalement; je n’inclus pas les pentecôtistes et les charismatiques, très nombreux, mais moins à cheval sur la « saine doctrine »). Les lieux de formation (Vaux-sur-Seine, Aix-en-Provence, etc.) et le monde éditorial évangélique francophone en témoignent. Aucun progressiste n’est traduit en français; il ne semble même pas y avoir de débat sur la question; on réédite de vieux livres sur l’inspiration et l’autorité de la Bible (par ex, qui date de 1967!); on traduit l’une des théologies systématiques les plus conservatrices (ici).

      Pourquoi un tel état de fait? Peur d’une division? En même temps leur conception particulière de la Bible constitue un des fondements de leur identité et de leur pensée. Comment changer d’orientation sans renier du coup tant et tant d’auteurs et de livres présents dans les librairies évangéliques et les centres de formation? Difficile.

       
  9. Lio

    14 janvier 2015 at 13:02

    Bonjour Georges !
    ça fait déjà un moment que je suis ce que vous faites sur le site et j’apprécie vraiment l’état d’esprit. Premièrement, je tenais à vous féliciter car vous osez parler de la tension qui règne dans le milieu évangélique concernant les questions d’ « inerrance », d’ « infaillibilité » de la Bible. Je suis moi même évangélique et ce sont des questions qui me reviennent SANS CESSE car j’essaie de garder une honnêteté intellectuelle vis-à-vis de moi-même et vis-à-vis de Dieu et ça ne se révèle pas toujours facile. Je me retrouve de plus en plus à assister à des cultes évangéliques où je ne suis plus du tout d’accord avec la façon de lire et/ou d’interpréter certains passages bibliques utilisés et je dois bien avouer que c’est pesant car parfois, le choix semble être : accepter la Bible entière sous la forme « Bible == parole de Dieu sans erreurs aucunes, et cela à tous les niveaux » ou… se taire et écouter car je redoute les réactions des gens si je leur exprimais mes réserves… (et je précise bien que cela ne concerne pas toutes les églises évangéliques, et heureusement d’ailleurs). Dans l’un de vos commentaires, vous avez parlé de la façon dont vous constatiez que Mathieu Richelle (dans l’article qu’a proposé « Jpeg ») « rogne de l’autre, c’est stylisé par-ci, c’est stylisé par-là ». Votre commentaire m’a fait sourire car je peux me voir moi-même dans cette description. C’est vrai qu’il y a beaucoup de fois où je cherche seulement à maintenir le château de cartes debout pour maintenir l’équation que vous avez mentionnée (texte historicité vérité). Votre tout dernier commentaire m’a aussi fait réagir : oui, je possède la théologie systématique que vous citez. Et quand je la lis pour me renseigner sur des points de doctrine, certaines fois je ne souscris tout simplement pas et je me dis : « c’est une conclusion intellectuellement paresseuse bien qu’elle maintienne effectivement l’équation… » Et j’éprouve cette espèce de crainte (finalement mal placée ?) au fond de ma tête qui dit : »attention au libéralisme ! attention au libéralisme! ». Le grand mérite de votre article est qu’il permet de se rendre compte qu’on peut rester « évangélique », en prenant la Bible très au sérieux, en étant toujours chrétien (croire que jésus est mort et ressuscité, avoir une relation avec Dieu, etc…), continuer à avoir la Bible comme référence de la vie chrétienne SANS POUR AUTANT tomber dans un libéralisme à la Bart Ehrman par exemple, et finalement devenir athée, ou n’être plus chrétien que de nom, en ayant finalement tellement remis en question la Bible qu’on lui aurait enlevé toute son essence…
    Dans mon parcours, Je m’intéresse beaucoup à Peter Enns actuellement. Je dois encore lire le commentaire en 2 parties que vous avez écrit concernant « inspiration and incarnation ». J’ai également vu qu’il a écrit un dernier bouquin « the bible tells me so » concernant justement ces questions d’inerrance, infaillibilité,etc… Le sous titre du livre en dit long : « Why Defending Scripture Has Made Us Unable to Read It ». Avez vous eu l’occasion de le lire ? Si oui, qu’en pensez vous ?
    J’ai encore quelques questions 😛 : quels ouvrages conseilleriez vous pour commencer à s’intéresser à l’approche critique du texte biblique ? Des livres de Thomas Römer ? La bible dévoilée de Finkelstein ? Où démarrer ? Tout cela est encore assez nouveau pour moi et ça va être un changement très profond dans ma façon de concevoir la Bible elle même. C’est pour cela que je me permets de demander.
    En tous cas, continuez avec ce site. Avec « ScienceetFoi », vous êtes des voix nécessaires sur la toile dans le contexte chrétien actuel et je vous remercie pour vos ressources 😉 Elles permettent ENFIN d’aller plus loin et de ne pas rester bloqués dans des dilemmes de foi (c’est en même temps des remerciements à l’équipe de science et foi : benoit, marc, bruno, pascal, roger, david , antoine).
    Lio

     
    • Georges Daras

      29 janvier 2015 at 19:44

      Cher Lio,

      Je prends enfin la peine de vous répondre! Un grand merci pour ce partage qui est aussi un témoignage de votre part (qui m’a aussi fait sourire :)), et un encouragement à persévérer dans ce que je pense être un chemin de vérité.

      À propos de Peter Enns, je n’ai pas lu son dernier livre que vous citez. Vous comprendrez pourquoi je ne me suis pas jeté dessus quand vous aurez lu (ou peut-être est-ce déjà fait?) les deux volets que je consacre à son Inspiration & Incarnation. Même si je salue son entreprise, je trouve qu’il reste dans le fond toujours attaché à des idées trop conservatrices. S’il y a un progrès dans l’acceptation des sciences bibliques critiques (même si je trouve que cette acceptation est à la fois partielle et ambiguë), la réflexion théologique n’est pas au rendez-vous. Il veut à la fois être critique et profondément évangélique, ce qui est antithétique. Enfin, je vous laisse découvrir pourquoi dans les articles que je lui ai consacré, surtout le deuxième. Sentez-vous libre de commenter et d’échanger sur votre propre appréciation.

      Parallèlement à Enns, j’ai assez bien apprécié un autre auteur évangélique, Kenton Sparks, dont notamment ses livres God’s Word in Human Words et Sacred Word, Broken Word. On y trouve, surtout dans le premier, une bonne critique des méthodes déployées par les évangéliques pour « défendre » leurs positions conservatrices. Toutefois, de nouveau, les réponses théologiques apportées par l’auteur ne me conviennent pas. Il faut croire que je suis un difficile…

      Vous me demandez quelles lectures je pourrais vous conseiller. J’ai longtemps cherché des réponses dans les livres, je le fais encore aujourd’hui. Je suis souvent déçu, car ce que je cherche en fait c’est des réponses « toutes faites », la facilité en quelque sorte. Je me rends compte au fil du temps que les meilleures réponses que je puisse trouver sont celles que je vais moi-même élaborer, non plus en les puisant toutes achevées dans un livre, mais en m’aidant de ces derniers pour bâtir mes idées, mes pensées, mes raisonnements. C’est ce que je vous conseille d’avoir comme état d’esprit, c’est ce que je m’efforce de faire même si ce n’est pas facile. Fermons la parenthèse.

      Que pourrais-je vous conseiller sur les méthodes historico-critiques? Je n’ai pas de référence en la matière. Il y a des livres qui expliquent ce que sont ces méthodes, il y en a d’autres qui mettent en oeuvre ces mêmes méthodes. Il y a aussi l’histoire de ces méthodes, d’où elles viennent, comment elles sont nées, etc. Ce qui est utile également, c’est de se familiariser avec les différentes approches des textes bibliques, par ex. l’approche de l’exégèse narrative. Il existe des ouvrages introductifs à ces lectures. Un bon livre auquel je pense à l’instant est celui d’Elisabeth Parmentier, L’Écriture vive. Elle présente diverses approches de manière approfondie, en proposant à la fois une évaluation personnelle (les « pour » et les « contre »). Pour ce qui est d’une approche critique de l’histoire biblique, je pense à Jean-Louis Ska, Les énigmes du passé. C’est à la fois court et pédagogique. En ce qui concerne le rapport entre la Bible et l’histoire, je conseillerais Philippe Abadie, L’Histoire d’Israël entre mémoire et relecture (table des matières dans le lien; l’auteur participe à une émission consacrée à l’histoire d’Israël). Il y a aussi un livre en anglais qui explique ce que sont les méthodes historico-critiques, un livre que je n’ai pas encore eu l’occasion d’acheter, à savoir, John Barton, The Nature of Biblical Criticism. Du même auteur, plus court et accessible, The Bible: The Basics. Sur les méthodes elles-mêmes, voir peut-être le petit guide de David R. Law, The Historical-Critical Method: A Guide for the Perplexed.
      J’ai aussi de nombreux liens dans ma page Bibliothèque. Sur l’approche critique du Pentateuque, voyez par exemple l’histoire que retrace Thomas Römer: La formation du Pentateuque selon l’exégèse historico-critique.
      Sur les méthodes d’interprétation de la Bible, voir encore Biblical Exegesis. A Beginner’s Handbook (3e éd.).
      Voilà quelques exemples. Regardez et dites-moi ce que vous en pensez. Précisez si nécessaire ce que vous recherchez comme livres, j’essaierais de vous guider.

      À bientôt!

      Georges

       
  10. Lio

    16 février 2015 at 14:55

    Merci pour ces suggestions ! Je vais me pencher sur tout ça au fur et à mesure. Le chemin est long mais ça en vaut la peine. Je n’ai pas pour l’instant besoin de préciser, votre réponse est suffisamment claire.
    À bientôt !

     
  11. Didier Millotte

    1 novembre 2016 at 20:21

    Merci Georges pour cet article. Comme toi, et d’autres, j’ai aussi fait un chemin de questionnement et de prise de conscience similaire, partant des convictions évangéliques jamais questionnées, jamais contredites, répétées sans être étudiées, pour aboutir à des connaissances, des compréhensions, des prises de consciences plus précises, plus juste, plus intelligentes, plus cohérentes avec le réel et les contextes historiques et linguistique des textes. J’ai écrit quelques courts articles sur mon blog sur la question des mots, des contextes, des genres littéraires : http://didiermillotte.blogspot.fr/2016/09/la-question-litteraire.html

    Dans ton article, tu parles de raison et de foi. Ne confondons-nous pas la foi et la croyance ? Je considère que la foi c’est de la raison. Quand un scientifique, un archéologue, un paléontologue découvre quelque chose, on y donne foi, c’est-à-dire qu’on comprends que cela est vrai. C’est très différent de la croyance. Ainsi, donner foi aux Ecritures, la Bible, c’est en comprendre le sens dans le contexte. Les évangéliques sont bien souvent dans la croyance plutôt que dans la foi, tout comme d’autres groupe religieux, croyant que tel texte signifie telle chose sans en avoir fait une étude sérieuse, solide et approfondie.

     

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