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Lytta Basset: Dieu au-delà de nos représentations

01 Avr

citation basset

Sainte colère. Jacob, Job, Jésus, p. 208

* * *

Commentaire

De quels textes bibliques il est ici question? Ou plus exactement: qu’est-ce que j’inclus moi, personnellement, dans ces textes bibliques au sujet desquels « on se demande si… »? J’y vois, par exemple, des passages difficiles de la Bible qui présentent une image brutale et violente de Dieu: un Dieu qui condamne à mort ceux qui transgressent ses lois; un Dieu qui extermine et punit les humains à coup de fléaux et de maladies; un Dieu qui commande l’extermination de populations entières, etc. Tout cela se trouve dans la Bible (voir ici). Alors, je m’interroge: ces textes véhiculent-ils une image fidèle de Dieu? Ce Dieu auquel je crois, en qui je me confie et avec lequel je veux cheminer jour après jour, a-t-il pu proférer les propos et commettre les actes qu’on lui prête?

Cet extrait du livre de Basset m’a rejoint au cœur de mon questionnement; il a fait écho aux intuitions qui me traversaient et qui me disaient: Non, Dieu ne peut pas être comme ça, je ne le reconnais pas. Comment se fait-il que les textes bibliques, au lieu d’être un témoignage rendu à Dieu, puissent obscurcir à ce point son image, le déformer, le caricaturer, et ainsi faire obstacle à sa révélation? Je me doutais bien de la réponse. L’homme a été créé « à l’image et à la ressemblance » de Dieu selon Gn 2, mais force est de constater que le Dieu de la Bible emprunte largement aux êtres humains, à leurs « représentations du divin ». Mais alors, que pouvons-nous savoir de Dieu, que pouvons-nous encore dire de lui?

Ce qui m’avait interpellé dans la citation de Basset, c’est qu’elle induit implicitement une distinction, un écart, entre le « Dieu de la Bible » − celui des textes et de nos représentations − et le « Dieu de la foi » (pour ainsi dire) − qui est au-delà de tout discours, le Vivant, le Tout-Autre, Celui-qui-est (Ex 3.14). Mais cet écart, cette distinction, n’impliquent pas séparation. Au contraire, Basset parle de Dieu comme d’un acteur impliqué qui, d’une part, se laisse dire par les hommes et se compromet au risque de se faire défigurer, et qui, d’autre part, loin de rester passif ou indifférent, « lutte constamment pour se faire identifier ». Les résonances christiques et évangéliques me paraissent évidentes. Ne voit-on pas Jésus incessamment lutter contre l’incompréhension des disciples et l’incrédulité de ses contemporains?

Dieu « pratiquait cette douceur, écrit Paul Beauchamp, de revêtir lui-même […] notre violence en attendant qu’il en soit victime dans la chair de son Fils jusqu’à la mort » (cité par Wénin, p. 65-66).

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5 Commentaires

Publié par le 1 avril 2014 dans Citations à méditer

 

5 réponses à “Lytta Basset: Dieu au-delà de nos représentations

  1. Xavier

    10 avril 2014 at 11:25

    Bonjour,

    Je crois qu’il y a une tentation de laquelle il faut absolument se garder: celle de rejeter ce qui nous déplaît dans la parole de Dieu pour que l’image qui y est donnée « colle » à ce qui nous convient. Ainsi, Marcion, hérétique notoire du IIème siècle (je crois) voulait que l’Église rejette l’Ancien Testament pour les mêmes raisons qui font dire à Lytta Basset que l’image de Dieu dans ces livres ne seraient pas « convenable ».

    La vérité, c’est que si nous avons la foi, alors nous croyons que Dieu dit quelque chose de Lui dans ces livres, même difficiles. Bien sûr, il y a une clé d’interprétation, qui est Jésus lui-même. Il y a aussi l’autorité de l’Église, seule compétente pour dire comment lire les Saintes Écritures.

    Pour ma part, la « violence » de Dieu dans l’Ancien Testament me révèle une chose fondamentale: Dieu ne tolère en aucune façon le péché. AUCUN péché ne tient devant Lui et le pécheur endurci ne saurait jouir du bonheur et de la béatitude éternels. Ces précieuses vérités, tellement oubliées de nos jours où on se plait à penser Dieu comme un papa gâteau incapable de « prendre les armes » contre le mal. Mais non! Dieu est le « Seigneur des armées ». Il est le Saint par excellence, réprobateur du mal et du péché, et défenseur du pauvre et de l’innocent.

    Certes, il y a comme une pédagogie divine dans la Bible, et on voit le visage de Dieu qui s’affine de plus en plus, selon la compréhension que le peuple d’Israël en a eu. Et c’est en Jésus-Christ que l’image de Dieu la plus parfaite nous est donnée. Mais pour autant, n’oublions pas que Dieu se révèle aussi dans l’Ancien Testament. Tâchons alors de comprendre ce que Dieu veut nous dire plutôt que de rejeter ces textes ou de faire des considérations douteuses sur une séparation entre le « Dieu de la Bible » et le « Dieu de la foi » (considérations qui me rappellent les spéculations sur le « Christ de l’Histoire » et le « Christ de la foi »). Notre foi, justement, s’enracine dans la Bible. Un dieu déconnecté des Saintes Écritures ne serait qu’une idole forgée par nos soins pour satisfaire ce qui flatte nos idées préconçues sur Dieu.

    Bref, soyons humble devant Dieu et devant la Révélation qu’Il fait de Lui-même. Et arrêtons de nous croire la mesure de la vérité.

    Cordialement,

     
    • Georges Daras

      10 avril 2014 at 20:03

      Bonjour Xavier,

      Merci pour ces quelques réflexions. Vous avez raison de rappeler cette tentation à laquelle il ne convient pas de céder. Néanmoins, je trouve l’accusation du dieu forgé « selon nos convenances » un peu facile, car on pourrait d’un côté verrouiller toute critique et légitimer de l’autre tout et n’importe quoi.

      Ensuite, vous parlez de Dieu qui ne tolère pas le péché. D’accord, mais est-ce que cela légitime pour autant toutes les actions violentes qu’on lui prête, exterminations systématiques et autres condamnations à mort d’êtres humains?

      Enfin, vous parlez de « pédagogie divine ». Et je demande: qu’est-ce que Dieu apprenait à son peuple en lui commandant de massacrer des populations entières?

      Bien cordialement,
      Georges

       
  2. Enganyor

    12 avril 2014 at 09:33

    Bonjour,

    Ce n’est pas la première chose qui me vient à l’esprit en lisant cette citation de Lytta Basset.

    « Dieu au-delà de nos représentations » n’est en rien une innovation qui viserait à faire le tri dans ce qui nous convient dans les écritures. Il est la remise en question nécessaire de la toute puissance du mentale et de la pensée discursive, qui a toujours existé dans l’attitude de la pensée hébraïque et chrétienne orientale. Une domination à laquelle s’est malheureusement soumise l’occident à terme en faisant du rationalisme de la renaissance un présupposé à toute interprétation des écritures.

    C’est grâce à cela que la transcendance et le mystère de Dieu devraient être préservés et empêchent toute fabrication d’idoles aussi bien matérielles que mentales. On comprend alors très bien l’importance de se libérer de ces idoles, puisqu’une représentation de Dieu figée et limitée à la compréhension humaine, fini par déformer notre perception de la réalité.

    C’est à cause de ce fait qu’on est obligé de faire du concordisme, de partir à l’assaut de l’archéologie et tous les domaines de la connaissance pour en faire des canaux qui permettront de chasser le doute par de la psychologie douteuse et des ambiances charismatiques. C’est à cause de ça, qu’on a vu s’élever l’opposition entre fondamentalisme et libéralisme, alors que ni l’un, ni l’autre ne peuvent correspondre à la démarche des premiers chrétiens.

    Tout serait beaucoup plus simple avec une foi ancrée au-delà du mental. Il n’y aurait plus à faire tout ces efforts et on aurait plus de temps pour se rapprocher d’une majorité de non-chrétiens qui ne sont pas touchés par les méthodes d’évangélisation actuelles. Le doute cartésien deviendrait un précieux allié pour purifier l’intelligence, chasser les idoles et aiguiser la Parole. On cesserait de le confondre avec celui de l’ébranlement, du désarroi, de l’hésitation, de la peur.

    Pour Maître Eckhart qui a su le rendre en occident, et a été source d’inspiration pour Luther ainsi que des anabaptistes, les mouvements piétistes, Dieu au-delà de Dieu est une proximité absolu et radicale dans la relation à lui qui est pur esprit. On ne peut plus rien dire, à part ce qui est déjà dans la Bible et connu de tous, mais à un niveau de réalité qui ne laisse plus de place à l’abstraction, aux jeux du mental et des émotions. Cela devient physique et concret, transgresse les catégories de la matière/esprit, à en dépasser l’entendement ordinaire.

    Dans cette perspective, la question de la violence de Dieu est relative à l’homme. Dieu est absolument non-violent. Dieu use de la force, mais n’use de la violence à aucun moment, puisqu’il va jusqu’à la croix. Il n’intervient pas dans sa toute-puissance pour forcer l’ordre des choses et éradiquer le péché comme à coup de baguette magique : « Non, dit–il, de peur qu’en arrachant l’ivraie, vous ne déraciniez en même temps le blé. »

    La violence de l’homme se retourne contre lui-même et Dieu pendant ce temps se tient en principe de la réalité, comme régulateur de cette violence auto-infligée par l’homme pour évoluer sans violence vers une issue et un contexte propice à la venue de Jésus-Christ. Et là encore, toujours pas de violence, il mettra le salut dans l’homme qui a la foi pour que cet homme le trouve en lui-même. Ce sont simplement les lois de l’évolution, de la transition sociale et la constitution de réseaux et stratégies de survie, qui sont à l’œuvre dans l’histoire du Proche Orient. Israël doit subsister en optimisant son rapport à ces lois d’une façon intelligente, et finalement avec une violence relative par rapport au reste de l’humanité, en faisant parfois preuve d’un génie singulier.

     
    • Georges Daras

      13 avril 2014 at 16:16

      Bonjour,

      Merci pour votre riche commentaire. D’abord, le titre n’est pas le plus important. Je l’ai choisi après-coup simplement pour donner un titre, tout en sachant qu’il ne comporte rien de révolutionnaire. Ensuite, je conçois que la citation de Basset puisse résonner autrement en vous qu’elle ne le fait en moi et de la manière dont je me la suis appropriée. Enfin, je voulais aussi réagir à une tendance assez commune me semble-t-il qui consiste à interpréter les textes bibliques objectivement comme s’ils nous « décrivaient » Dieu et son action: Dieu fait ceci, Dieu fait cela, Dieu dit telle chose, etc. Face à cette tendance je veux mettre en avant la notion de « représentation » (les « représentations du divin » dans la citation de Basset) au sens large qui inclut le sujet dans sa propre situation, sa vision du monde, ses expériences, son contexte historique et culturel, etc., mais aussi les moyens qu’il met en oeuvre, en l’occurrence le médium littéraire.

       
  3. raphaël

    4 août 2016 at 11:47

    Philosophies, convictions et expériences, suscitent autant de vérités personnelles qu’il existât d’hommes…
    Les soumettre aux autres relève de l’orgueil et de la vanité , la vraie humilité demeure dans le silence qu’impose l’incohérence de toutes les circonstances .
    Même Dieu participe à cette réalité intemporelle en brillant par son absence et dans notre liberté de le façonner à notre guise ou celle de nous façonner à sa guise ..
    Seul le jour du trépas révélera..
    C’est une triste lapalissade qui nous est offerte, un sombre choix garant d’un gâchis ou d’une aubaine.
    Fût-ce acceptable si l’égalité des chances et les raisons de croire équitables ..
    Raphaël

     

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