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Lettrine 2 Uu détour d’un rayon de librairie, mon regard dévia vers un petit livre élégant d’apparence, sur lequel je lus: « Une invention nommée Jésus ». Tiens donc! Juste en dessous, le nom de l’auteur et le sous-titre: « L’existence de Jésus est une affirmation de foi et non d’histoire. » J’ai hésité. Vaut-il la peine d’être lu? Après tout, découvrirai-je peut-être des choses intéressantes, d’autant plus que son auteur affirme s’être appuyé sur les meilleurs travaux francophones dans le domaine du Jésus de l’histoire. Ce qui est, est-il nécessaire de le rappeler, plutôt rare chez les tenants de la thèse mythiste. Hop, embarqué!

* * *

P R É S E N T A T I O N

Références du livre: Nicolas Bourgeois, Une invention nommée Jésus, Bruxelles, éd. Aden, coll. « opium du peuple », 2008.

Description: 200 pages de livre, mise en page très aérée (33 lignes par page; nombreux titres et sous-titres qui génèrent de l’espace), 13 chapitres, cinq annexes, un lexique et une bibliographie. D’abondantes notes renvoient à des passages bibliques, des explications complémentaires ou à des travaux de spécialistes. Je vais succinctement passer tout cela en revue.

La première partie: deux chapitres sur les sources. Sources non chrétiennes: Suétone, Tacite, Pline le jeune, Flavius Josèphe, dont une annexe dédiée à ce dernier. Ensuite, l’auteur explique ce qu’est la Bible, Ancien et Nouveau Testament compris: date de composition et ce qu’elle représente pour les chrétiens; le canon, ses différentes parties, ses livres; la subdivision en chapitres et en versets, etc. Pour ce qui n’ont jamais vu de Bible.

La seconde partie: « Première lecture des évangiles: les problèmes historiques », composée des chapitres 3 à 5. Dans ceux-ci, l’auteur énumère des histoire « incroyables » et difficiles à croire, des contradictions, et termine en dressant un « inventaire de miracles ».

La troisième partie: « Deuxième lecture des évangiles: les symboles », occupe davantage d’espace: 5 chapitres (6 à 10). L’intitulé de cette troisième partie peut être trompeur, puisqu’il n’est vraiment question de symboles que dans le chapitre 6, à propos des nombres. Deux chapitres sont consacrés à l’influence littéraire de l’Ancien Testament (principalement) sur les évangiles et à leur rapport (« C’était écrit »). Deux autres chapitres touchent à l’interprétation des miracles et à la notion de Messie.

Enfin, arrivé à la quatrième partie, intitulée « Comment sont étudiés les évangiles », l’auteur estime en avoir fini avec son exploration des évangiles et se tourne vers ce que disent les spécialistes. Sont abordées la question de la liberté du chercheur catholique vis-à-vis des autorités officielles du Vatican (chap. 11), celle des arguments mis en avant par les spécialistes en faveur de l’existence de Jésus (chap. 12), pour terminer par la question méthodologique de la recherche sur le Jésus historique, principalement axée sur la définition et l’application d’un certain nombre de critères (chap. 13).

Dans les 5 (micro)annexes, on trouve deux pages qui résument le contexte historique, de Moïse (de Moïse!) aux années 132-35 de notre ère; un petit dialogue sur l’existence du père Noël qui a pour but de faire comprendre qu’il est impossible de prouver que quelque chose n’a pas existé; une discussion sur les références à Jésus chez Flavius Josèphe; deux témoignages tardifs sur Jésus (Thallus, Mara Bar Sérapion); trois extraits de sources antiques dont Tacite, Pline le Jeune et Mara Bar Sérapion.

L’ouvrage est complété par un lexique et une bibliographie commentée.

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1. UN BIEN MAIGRE VOLUME POUR UNE SI GROSSE AFFAIRE — SUR LA COMPÉTENCE DE M. BOURGEOIS****Le nombre des chapitres et des annexes peut faire penser à un ouvrage de 400-500 pages. Il n’en est rien. Toutes les parties énumérées, à quoi il faut ajouter l’introduction et la conclusion, sont comprises dans les 210 pages très aérées du livre. Autrement dit, le nombre de titres et de sous-titres dépasse de loin le nombre des pages… Cela suscite d’emblée une interrogation: l’auteur s’est-il réservé l’espace nécessaire pour exposer les problèmes soulevés et y répondre de manière efficace? De plus, il faut regretter qu’il n’y ait pas une ligne sur les éventuelles qualifications de l’auteur. Une recherche sur Internet révélera (source, message de l’auteur posté le 30 ou 31 mai 2009; voir aussi message du 3 juin 2009 à 17:56) que M. Bourgeois ne détient aucun diplôme ou grade académique relatif aux études néotestamentaires:

« Je n’ai aucun diplôme concernant le sujet qui nous occupe. Je suis effectivement un amateur. » Et il ajoute: « Cependant, il me semble que c’est évident, amateur ne signifie pas automatiquement incompétent. »

En d’autres termes, M. Bourgeois n’est ni exégète ni historien. Il ne faut pas se leurrer: la recherche sur le Jésus de l’histoire suppose un acquis important de compétences et de connaissances, que ce soit les langues bibliques, le contexte historique (politique, culturel, religieux, social), les questions littéraires, philologiques et théologiques liées aux sources, les méthodes appliquées dans le domaine de l’histoire de l’Antiquité ainsi que la connaissance de l’historiographie telle qu’elle se pratiquait à cette époque (voir p. ex. ceci). Sans porter de jugement a priori, la critique du livre que je propose révélera si M. Nicolas Bourgeois est un amateur éclairé ou une cymbale qui fait beaucoup de bruit pour rien.

* * *

Suite: Les sources posent-elles un problème particulier?

 

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