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Les symboles

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J’entame dans ce volet la troisième partie du livre qui est consacrée aux symboles.

Troisième partie: « Deuxième lecture des évangiles: les symboles ».

Il n’est pas inutile de citer la thèse générale que l’auteur tente de démontrer dans cette partie et qu’il place en exergue:

En comparant l’Ancien et le Nouveau Testament, nous allons découvrir la nature de Jésus. Il n’est pas un personnage réel, il n’est pas non plus un personnage inventé de toutes pièces, il est un personnage biblique. C’est dans la Bible que les Chrétiens ont découvert Jésus et d’après la Bible qu’ils ont construit sa biographie. – (p. 53)

a) « La symbolique des nombres » (chap. 6)

Dans ce chapitre, l’auteur parle de la symbolique des nombres et fait quelques rapprochements avec l’Ancien Testament. Je vais faire trois observations:

♦ L’utilisation des nombres dans le Nouveau Testament est une « manie » alors que les récits sont « avares de détails » (p. 54).

♦ Certaines chronologies (p. ex. les « trois jours », p. 55) sont symboliques. M. Bourgeois m’assure dans une correspondance privée que le symbolisme numérique n’est pas la raison pour laquelle il considère certaines chronologies comme « fantaisistes » (ibid.). Soit! Je m’en tiens à sa parole, bien que le livre engage naturellement dans cette voie.

♦ Certains nombres (p. ex. les 153 gros poissons pêchés par l’apôtre Pierre en Jn 21.11) ont une signification cachée connue par les seuls « initiés ».

25. COMME DE COUTUME, M. BOURGEOIS MÉPRISE SES SOURCES****Nous retrouvons le ton dépréciateur réservé à tout ce qui n’est pas au goût de l’auteur. En voici un florilège (p. 54-55, je souligne): il arrive « curieusement » aux récits évangéliques de « regorger de nombres »; on retrouve une « manie du chiffrage »; certains nombres « reviennent étrangement souvent »; certaines chronologies symboliques du Nouveau Testament sont « fantaisistes ».

Il n’y a aucune raison de traiter les récits de la sorte. Qu’il y ait dans les écrits bibliques une importance donnée aux symboles numériques n’est ni « curieux », ni « étrange », et ne résulte d’aucune « manie ». Il ne reste vraiment plus rien de la bonne résolution que s’était donné M. Bourgeois de tenter de comprendre ses sources même si elles ne correspondent pas à ses idées préconçues. Il préfère visiblement se laisser aller à dire n’importe quoi, et à faire feu de tout bois pour la cause mythiste qu’il veut promouvoir. Encore une fois, M. Bourgeois isole sa proie pour mieux se jeter dessus. Ce qu’il présente comme « étrange » et « curieux » l’était-il vraiment dans le contexte historique et culturel de l’Antiquité? La Bible est-elle vraiment la seule à faire usage de nombres symboliques? L’auteur n’en dit rien, et on le comprend. Alors quoi? Est-ce à moi de faire le travail à sa place?; de rendre droit ce qui est tordu et de combler les trous de ce que M. Bourgeois ignore ou préfère ignorer? J’ai bien peur d’en être obligé. Cependant, je n’ai pas le temps nécessaire pour consacrer à cette question. Dans l’attente, je peux toutefois faire l’une ou l’autre remarque.

♦ M. Bourgeois isole encore une fois un aspect des écrits bibliques, sans jamais le considérer et le mettre en relation avec l’ensemble.

♦ Cette dépréciation du symbole, qu’il soit numérique ou pas, résulte manifestement chez M. Bourgeois de cette persistante idée que les évangélistes auraient dû faire de l’histoire documentaire. Nous n’avons pas besoin d’y revenir (voir notamment ici et ici). Il n’y a absolument aucune raison de mépriser les données symboliques si elles sont comprises et interprétées comme telles. Si les évangélistes ont utilisé des nombres symboliques pour donner un surcroît de sens à leurs récits, en quoi cela dérange M. Bourgeois?

26. DES TEXTES « ÉSOTÉRIQUES » ET DES CHRÉTIENS « INITIÉS »: QU’EST-CE À DIRE?****Poursuivons. Le terme « initié(s) » revient plusieurs fois à propos des 153 poissons, du « chiffre de la bête » (« six cent soixante-six », cf. Ap 13.18) et ce que l’auteur nomme erronément « la fin de la seconde multiplication des pains » (Mc 8. 14-21; je souligne), alors qu’il s’agit d’un autre récit dans lequel Jésus fait référence à la seconde multiplication des pains (Mc 8.1-10). Bref. Ce sur quoi je veux attirer l’attention est l’utilisation que l’auteur fait du terme « initié(s) », qu’il ne définit nulle part. Il faut aussi relever l’adjectif « ésotérique » (p. 59) pour qualifier ces textes « porteur[s] d’un sens caché » (ibid.). Le second est beaucoup trop vague, et, en outre, tellement chargé de toutes sortes de traditions et d’idées philosophico-maçonnico-religieuso-cabbalistiques, que l’allusion qui en est faite par l’auteur n’aide pas à comprendre, mais induit au contraire en erreur. Le premier terme est, lui aussi, un terme qui renvoie à un certain type de religiosité et à des cercles spécifiques qui lui sont rattachés. Nous pensons par exemple au gnosticisme et aux religions à mystère. Le terme d’« initié(s) » convient-il aux croyants chrétiens, ne serait-ce qu’aux croyants issus de la tradition johannique? Je ne pense pas, sauf si son utilisation est préalablement définie, ce que ne fait pas M. Bourgeois. En tout cas, il n’y a pas trace dans les évangiles, ni dans le reste du Nouveau Testament, d’une quelconque « initiation » à un sens caché des textes, qui serait réservé à un rang d’« initiés ». Il est clair cependant que les auteurs néotestamentaires s’adressent à des auditoires plus ou moins « initiés » aux récits et enseignements de l’Ancien Testament, c’est-à-dire qui ont une certaine connaissance et pratique de ce corpus au fondement de l’identité juive. Il suffit à présent de faire deux remarques:

♦ Ce surcroît de signification que recèlent les textes, qui peut effectivement ne pas être immédiat, est d’un caractère second par rapport à ce que signifie et « cache » l’œuvre et la personne de Jésus reconnu comme Christ. S’il y a un révélateur du Père et de ses desseins pour les hommes, c’est bien Jésus; s’il y a un lieu où sont cachés des trésors de sens et de significations, ce ne sont pas les textes, mais bien Jésus. La production littéraire des premiers chrétiens est tout entière consacrée au dévoilement de ces réalités, cachées évidemment aux non-croyants, mais révélées dans la foi de tous ceux qui croient (cf. Jn 1.18; Mt 11.25-26; Col 2.2-3; 1Co 1.18-31; Hb 1.1-2).

♦ Certains des symboles numériques rencontrés font davantage office d’énigmes et de devinettes, qui requièrent sagesse et intelligence (Ap 13.8), plutôt qu’une prétendue « initiation ». Évidemment, de nombreux passages, et même des écrits entiers (Apocalypse), ne peuvent se comprendre qu’à la lumière de l’Ancien Testament, la Bible des premiers chrétiens. M. Bourgeois qui n’est ni un chrétien du premier siècle, qui n’a pas comme référence de vie la Loi et les Prophètes et qui n’est pas de culture judéo-hellénistique antique, aura effectivement plus de mal à pénétrer dans les écrits du christianisme primitif. La question est: M. Bourgeois se donne-t-il cette peine, ou bien se contente-t-il de livrer ses impressions, de préférence au détriment des sources qu’il survole et en faveur de la thèse qu’il énonce en couverture de son livre?

27. À VOULOIR FAIRE FEU DE TOUT BOIS ON S’Y BRÛLE LES DOIGTS****De plus, l’auteur rapporte quelques données discutables. Par exemple: puisque « Paul écrivit à sept églises », cela signifierait que Paul s’adresse à l’Église entière (p. 56), le chiffre sept symbolisant la totalité. Parmi ces sept lettres, l’auteur mentionne celle aux Galates. Or, Paul ne désigne pas ici une église particulière, mais plusieurs églises qui se trouvent en Galatie (voir Ga 1.2). De plus, à la fin de la lettre aux Colossiens (4.16-17), Paul demande à ce que cette même lettre soit lue dans l’église de Laodicée, et qu’en échange soit envoyée aux Colossiens une autre lettre que Paul avait adressée aux Laodicéens. Non seulement on a affaire à des lettres « circulaires », mais, si l’on y tient, le nombre de lettres passe de sept à huit (avec Laodicée). M. Bourgeois ne donne pas l’indication de la source où il a puisé un symbolisme aussi douteux n’ayant par ailleurs rien à voir avec le Nouveau Testament. Ce manque d’indication de sources est récurrent. M. Bourgeois énonce des idées qui ne sont pas les siennes; il aurait été souhaitable d’en indiquer la provenance.

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Suite: Les influences littéraires minent-elles l’historicité des évangiles?

 

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